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HISTOIRE
DE lEAN CALVIN
InH). ALF. Louis Pf.RRIN ET MariNET. me d'Amboise, 6, Lyon.
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JEAN CALVIN |
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d'après |
LE PORTRAIT ORIGINAL |
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Conservé |
à la Bibliothèque de Genève. |
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BLIÉE
Réé.^ltée avec une l ... DE BÈZE, par
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HISTOIRE DE LA VIE
MOEURS, ACTES DOCTRINE, CONSTANCE ET MORT
DE lEAN CALVIN
Jadis minière de Geneue
RECUEILLY
Var m, Hlh%pSzME HE%JMES 'BOLSEC
Doâeur Médecin à Lyon PUBLIÉE A LYON EN lf77
ET
Rééditée avec une Introdudiion, des extraits de la Vie de
Th. de BÈZE, par le même, & des Notes à l'appui
Tar éM. Lovis-F\zA3^(;ois CHcASTEL
Magillrat
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N. SCHEURING, ÉDITEUR
M DCCC LXXV
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AVIS AU LECTEUR
Le volume que nous lui préfemons allait être livré à l imprejfton au moment oii zM. Chajlel fut furpris par la mort. Sa famille & fes amis croient remplir un pieux devoir envers lui en donnant à cette œuvre la publicité à laquelle la dejiinait fon auteur.
"Dans la nouvelle réimprejfion de la Vie de Calvin, par BoLSECj que contient ce volume, on a apporté le plus grand foin à maintenir au texte fa pureté originale f et à conferver, fans aucune altération, l'orthographe , le tour naïf & les vieilles exprejions de f époque. On a reproduit très-fcrupuleufement l édition de Lyon de i')'J'J.
L'Editeur,
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INTRODUCTION
^yI^^01{SCIU'0CN^ veut apprécie?- un homme qui a exercé fur fon époque une grande influence, il faut î étudier, non-feulement fous le rapport de fa per- fonne, defes habitudes & des faits de fa vie, mais encore fous celui des conféquences que fa fcience , fes opinions &fesfyjlè- mes ont pu entraîner après eux.
Tour le premier point de vue il faut confulter fes con- temporains, cejî-à-dire ceux qui, ayant vécu avec lui & l ayant connu aujjl intimement quil a été pojfihle, ont écrit fur lui, fans avoir la volonté ou fe trouver dans la nécejfîté d être fes apologifles ou fes déiraéîeurs.
Tour le fécond, il faut au contraire recourir à ceux des auteurs modernes qui, examinant tout ce qui a été dit ou fait avant eux, réfument tous ces travaux & prononcent un Jugement motivé définitif.
Cejî ce que nous allons faire pour Calvin.
Celui qui a répandu le plus de lumières fur cet homme, celui de fes contemporains qui, Tayaut vu de près, a été f objet d abord de fes faveurs & enfui te de fa haine & de fes perfécutions, ceJî Bolsec.
Calvin était mort en ij'â^; & en i ^//, fes cendres étant à peine refroidies, fa biographie par 'Bolfec paraiffait. Très Sun fiècle plus tard, les feéîateurs de Calvin ont traité cette biographie de libelle & de recueil de calomnies; mais, lors de fon apparition, elle ne fut t objet £ aucune attaque. Il ny avait que trei-^e ans quêtait mort cet homme qui avait laiffé tant de partifans & de gens intérejfés à le prôner, & néan- moins fon biographe a pu écrire les faits qùil a articulés J ans recevoir aucun démenti de fes contemporains. T) ans fon livre il y a beaucoup de pajfages qui font en oppofition avec la vie de Calvin écrite par 'Bèie, ami, continuateur & fuccejfeur de Calvin; mais thijloire a admis la plupart des dires de 'Bolfec comme incontejlables.
Le temps a réhabilité 'Bolfec aux dépens de Bèie & autres apologijîes de Calvin. Un Genevois, qui a fans doute lu dans les archives de fa ville natale ce livre rouge, auquel Bolfec renvoie le leéîeur pour prouver la vérité de ce quil avance, rend un éclatant hommage à la bonne foi d'un hijiorien accufé pendant deux fiècles, & furtout par Bayle, d'être un odieux pamphlétaire. « La plupart des faits racontés par le « z^édecin Lyonnais, dit f. -24. Galiffe, font parfaitement
« vrais (i); je ne crois pas quil ait fciemmem memi, « comme les panégvrijies de Calvin tont fait fur prefque ce tous les points & le font encore, jj
En comparant tous les écrits & monuments hiftorîques qui fe rapportent à Calvin^ on arrive à cette conclufion forcée : quil y a beaucoup plus de véracité dans Tefprit du vindicatif 'Bolfec que dans le panégyrique de 'Bèie, difciple & fucceffeur du réformateur Calvin. V^us pouvons même ajouter, avec zM. le doâeur Galije fis, quon fe fait difficilement une idée de la prodigieufe quantité de faujfetés, réfutées par les protefiants eux-mêmes, que les réformateurs Calvin & de 'Bè^e ont trouvé moyen (TentaJJer fur leurs viùlimes; & 'Bolfec en était une.
Des auteurs modernes, confciencieux & éclairés, tels que zMzM. Jules 'Bonnet & cAdolphe Franklin, mais qui s'en font trop rapportés à une opinion généralement accréditée & qùils nom pas jugé à propos de vérifier, ont parlé de ï ouvrage de Bolfec comme étant un libelle, un pamphlet. TJ autres, qui partageaient la même opinion, excufaient néanmoins T auteur; parce quil était paffionné &• avait de trop jufies (S* fortes raifons de Tètre & de haïr tout ce qui concernait Calvin (2). Cependant lun deux ajoute : que les réfutations modernes
(1) Notices généalogiques, tome « gnages de Théodore de Bèze 84
m, p. 547. « de Calvin contre lui (Bolfec), parce
(3) « Mais, dit J.-A. Galifîe, t. IH, « qu'ils l'ont perfécuté d'une nia-
o p. xviij, de l'ouvrage précité : J'ad- o nière fi infâme »
« mettrai encore moins les témoi-
IV
des accufanons les plus graves de fon livre prouvent que t auteur avait pu fe tromper de bonne foi; & que, quant à fes détails fur les événements de i^^y, il nef que trop vrai quils coïncident fur beaucoup de points avec les documents offi- ciels, ce qui s'explique par le fait que fauteur vivait alors fur le territoire bernois. éMais on ne peut nier quun réqui- fitoire contemporain, auffi grave que celui de 'Bolfec , fur des faits fi intimement liés à Thifoire de Genève, ne foit en harmonie fur plufieurs points avec T indignation générale de toute la Suiffe & des autres pays voifins contre les magijîrats calvinijîes de ï époque.
Comme nous venons de le dire, il efl ^habitude î appeler pamphlet ï ouvrage publié par 'Bolfec & même de le confi- dérer comme un libelle fans valeur hiforique. Lorfquon aura lu les notes & documents que nous avons réunis, on fe con- vaincra pourtant que fur le plus grand nombre des points la véracité de fon livre efl complètement établie ; & que, s il y a eu contre lui un déchaînement aufjl général, cela efl dû uniquement au nombre & à î habileté de fes adverfaires, qui étaient irrités de voir Calvin., leur dieu & leur idole, def- cendu par lui de fon piédefal.
Enfin, de nos Jours, nombre d'écrivains, de croyances, d'écoles & de doéîrines diverfes, ont apprécié Calvin & fon œuvre avec toute l'impartiale liberté que notre fiècle a fait prévaloir en ces matières. tN^us ferons paffer les plus importantes de ces appréciations fous les yeux du leéleur.
oiinfi, par la réunion de toutes ces opinions, avec le
récit de 'Bolfec convenahlemem annoté, ï homme & le fyjième feront univerfellement jugés ; & toute perfonne de bonne foi faura à quoi s en tenir fur Calvin & fur fa religion prétendue réformée.
Cet homme avait de grandes facultés intelleâuelles, mais de cœur, point. cÀuffi, foit amour-propre, foit ténacité dans f es idées & haine du catholicifme (i), il ne reculait devant aucune conféquence. Ceux qui fe font dits f es fuccef- feurs, nom hérité que defes défauts & nullement de fes qua- lités; & Calvin ne pourrait reconnaître pour fes difciples des gens dont toute la religion confijle de nos jours en une philo- fophie honnête & terre à terre, légèrement teintée de chris- tianifme (2). éMais fi les héritiers de Calvin nom pas continué fes principes religieux, ils ont fuccédé du moins à fa bile & à fa foif du pouvoir . cAuJJl fon na quà confulter les divers monuments de thifloire religieufe à Genève depuis le XVI^ fiècle jufquen 18^2, pour fe convaincre de T intolé- rance haineufe avec laquelle la Compagnie des Tajieurs & les autorités civiles de cette ville en ont toujours agi envers les Catholiques (3). Quon life la vie admirable à^^A.. Vuarin,
(i) Si l'on s'en rapporte aux pièces (3) Pour n'en citer qu'un feul
imprimées dans le cours de ce volu- exemple, en 1809, le Confeil d'Etat
me, & que nous croyons férieufes, la de la ville de Genève rendit un édit
Inaine de Calvin contre le catholicif- contre les Apoftats (ceux qui quit-
me n'avait eu pour caufe que les dé- taient la P. Réforme) portant • que les
ceptions de fon ambition. « citoyens &. bourgeois, lorfque, con-
(2) Les catholiques ont une croyan- « tre leurs ferments, ils auront chan- ce, mais les proteflants n'ont que des « gé de religion, feront déchus de opinions religieufes. a tous leurs droits & prérogatives de
écrite par MM, Martin & FLtURY_, on fuivra pas à pas & avec détail tous les dénis de jujîice, faux-fuyans, manque de parole, perfécutions dont fe font rendus coupables la vénéra- ble Compagnie des Tajleurs & le pouvoir genevois contre des concitoyens qui, à leurs yeux, avaient l impardonnable tort d'être catholiques. On y voit fe développer toutes les rejfour- ces qu emploie une intolérance fyjlématique pour arriver à j es fins (i). cAu refle, îhiftoire tout ^r\x.\kxQ. prouve que le pro- tefiantifme, fi âpre à revendiquer pour lui la liberté des cul- tes & la tolérance, ne fe réfigne guères à les refpeder lorfquil efi maître, & quil nef forte de crimes qiiil nait commis pour arriver au but quil voulait atteindre. Car, ainfi que font dit zMzM. zMartin & Fleury : le caraéière difiinélif de la 'Réforme ejî de s'entendre facilement avec toutes les négations du Chrifiianifme, & de garder fans trêve & fans compromis fes profondes & irréconciliables averfions contre le Catholicifme. oiufft, comme on fa toujours obfervé.
o la cité, & bannis â perpétuité, foas diiïantes contre la révocation de l'E-
« peine de la vie, avec défenTe de les dit de Nantes U la perfécution des
« retirer dans notre ville &. terre religionnaires en France. Son intolé-
« d'icelle, à peine de mille écus d'à- rance était plus odieuTe & plus
a mende. » cruelle; & en outre, plus tard, il ne
Le 26 novenabre 1685 (un mois &. connailTait que i'oppreffion brutale
demi après la révocation de l'Edit des confciences, à une époque où la
de Nantes, qui eft du 22 oflobre de tolérance régnait au fein de la France
la même année), le Confifloire de- catholique.
mande formellement au Confeil d'E- (i) Voir, dans ce volume, la note
tat le renouvellement de l'Edit de que nous avons mife fur l'Union Pro-
1609 contre les apoftats. Il poufTait tejiante. en même temps des clameurs étour-
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la tolérance protejîame, là où elle préfide aux réfolmions de lEtat, peut fe réduire à ces deux mots : lEglife catholique ejl libre j fous la condition exprejfe & fine quâ non quelle fera toujours^ partout & abfolument aiïervie (i).
Celaejî jî vrai & fi généralement reconnu, que zM. cAncil- lon, auteur protejiant, dit dans fon Tableau des Révolu- tions du fyflème politique de l'Europe, tome III, p. 8} : « Une parfaite égalité avec les catholiques neût pas même « fatisfait les religionnaires (vers i^âo). C^on feulement ce ils ne voulaient pas être ajjervis; ils voulaient être les ce maîtres & ne voyaient la liberté que dans la domination ce de leur culte & la ruine de leurs ennemis, n
Quon life la lettre adrejfée le i6 avril 182c à lord Tenderden, chef de la jujîice en oAngleterre , par le démo- crate Cobbett, on verra quen c4ngleterre, fous le règne (/'Elisabeth, de i^^8 à 160 j, les perfécutions que ton a exercées contre les catholiques dépaffent en cruautés & en atrocités tout ce quon a pu reprocher à ïinquifition d'Efpa- gne.
c4u rejle, il ejî reconnu que toujours & partout les hugue- nots auraient volontiers fupprimé la liberté de confcience. Th. de 'Bèie a dit en termes formels : Libertas confcienciis diabolicum Dogma. (Epift. Theol. i.)
(1) A Genève, les mots Protef- religieufes, mais démolition de l'édi-
tantifme, Calvinifme, ne veulent pas fice catholique, négation, anéantiiTe-
dire énonciation de certains princi- ment des traditions du pafTé. pes, affirmation de certaines tliéories
Vllj
Quant à Calvin, fes opinions à ce fujet font ajj'ei con- nues (l).
Les Genevois, fes fucceffeurs, ont, prefque Jufquà la fin du XVIW fiècle , fuivi fes traditions & manifefié leur into- lérance, même en matière littéraire. En JÔOO, le 26 avril, le Confeil de Genève décrétait défenfe d'imprimer les Eflais de Montaigne, & cela fur la requête des minifires (Grenus, fragments biographiques) 5 & en lyô^, /'Emile de J.-J. Rouiïeau fut condamne à être brûlé par la main du bour- reau, oiuffi T^ujfeau renonça-t-il alors à fon ingrate patrie, dans fa lettre adreffée à zM. le premier fyndic Favre, en date de zMotiers-Tr avers, du 12 mai, même année.
^T^ous avons le plaifir de compter, parmi nos amis, nom- bre de Calvinifies ou Luthériens, dont nous faifons le plus grand cas, à la croyance près pourtant; mais nous devons avouer que nous avons aujjl connu des Calvinifies auxquels on peut appliquer ce que (iM. Emefi %enan (Vie de Jéfus, page 327) *^'^ ^^-^ Tharifiens : « C était en général des a hommes dun efprit étroit, donnant beaucoup à ïexté- a rieur, d'une dévotion dédaigneufe, officielle, fatisfaite & ic afiurée d elle-même (2). jj
(1) Le Calvinifme n'a prefque plus (2) Il y a déjà plus de deux fiècles
de foutien nulle part ; c'efl une pa- qu'un calvinifle diflingué parmi fes
pauté qui n'a eu qu'un jour ; c'efl une coreligionnaires &. qui, les voyant de
fefte éteinte, morte de fa haine pour près, avait pu les apprécier & s'était
les autres fefles. (P. Leroux, art. ar- converti, difait : « Il n'y a calviniRe
minianifme, de l'Encyclopédie nou- qui n'ait une haute opinion de foi-
velle.) même 84 qui ne crut devoir perdre
IX
c/ifais fi 'Bolfec /erre Je vives lumières fur la vie & la doéirine de Calvin, f on rravail neji pas fuffifanr à un aurre point de vue, à /avoir : celui des dérails fur cerraines parries & de certe précifion des fairs, relie quelle doir réfulrer dune érude férieufe des documenrs conremporains & officiels.
La ville de Genève a éré le rhéârre de la plus grande par- rie de la vie de cet homme, &, chofe étonnante, depuis fa mort & prefque Jufquà nos Jours, fa mémoire y a éré fobjer, en apparence du moins, d'un férichifme & d'une idolànie mille fois plus ahfurde que la prérendue adorarion des faims & des images, invenrée par des gens diffidenrs d- ignoranrs pour tartribuer aux Carholiques, qui nadorenr que TDieu. cAntérieurement à iSjo, les auteurs qui fe fonr occupés de Thijloire de Genève ont prefque toujours écrit avec un but arrêté d avance; &, fans confulter les fources réelles, ils fe font bornés aux légendes partiales & erronées des 'Bonivard, des Froment & autres écrivains de même valeur. Il en eji enfin qui ne fe font fait aucun fcrupule de fauffer & de tronquer, en les citant, les textes originaux qui ne cadraient pas avec leurs idées préconçues.
Tarmi ces hiftoriens, fi ton en excepre Gaurier qui a publié d excellentes notes fur îhifioire de Genève de Spon,
beaucoup s'il était obligé de fe chan- monnaie fi riclie &. fi précieufe qu'elle
ger avec un autre ; il fe figure que efl capable de payer tout le monde,
quand la nature le fit, elle travailla s'il fe trouvait à l'encan. » (De Rou-
fur la plus parfaite de fes idées, 8s. vrai. Abomination du Calvini/me.
fe perfuade que fon éminence efl une Paris, 1650, i vol. in-4*, page 328.)
doni elles font [unique mérite, il nen ejl aucun dont le tra- vail ne fourmille d erreurs & qui nait entretenu fes concitoyens dans des rêveries fans fondement : ils parlent avec un aplomb ridicule des anciens Genevois, de ce qùils ont fait & de ce quils ont penfc à î époque de la T. T{éforme,fans en rien [avoir & fans pouvoir y rien comprendre . zMais il seji trouvé un Genevois qui, s' étant par goût livré à f étude de ÏHifloire & furtout à celle de fa patrie, a voulu t étudier de première main & dans fes fources, y a confacré une partie confdé- rable de fa longue vie & de fa fortune, a vifité toutes les archives qui pouvaient lui fournir des lumières, confulté les documents & pièces officielles & les livres les plus rares en Italie, en France, en Hollande, en cAngleterre, en cAllemagne & même en T^uffie, sejl rendu familiers tous ceux qui ont été aéîeurs dans ïhifloire de Genève du XVP fècle, & aurait pu raconter non feulement leurs allions, mais tropfouvent, hélas! leurs motifs; & cet homme a pu affirmer, fans crainte d'être démenti par autres que par les ignorants & par ceux qui, fâchant la vérité, étaient décidés à ne pas [admettre, que la liberté, [indépendance & la T. T^eforme exijlaient à Genève avant [arrivée des T{cformateurs français , & que ce fut préci- fément ce qui les y attira ( i ) ; que les Genevois étaient de
(i) Les faits &. les dates le prou- jurait entre les mains des magiflrats
vent furabondamment. La liberté de la communauté d'obferver les
perfonnelle était acquife aux Gène- vieilles libertés & franchifes locales,
vois de temps immémorial. Tout tandis que ni les magiflrats ni les
prince-évêque, entrant en fondions, citoyens ne faifaient de ferment à
véritables Trotejianrs avant d avoir entendu parler de Calvin; quils fe laijfèrent malheureufement éblouir par l'étalage dune érudition extraordinaire, mais que, dès que f on carac- tère & fa dodrine fe furent dévoilés, dès que fon fyjième d efpionnage & de délation, dans lequel il était appuyé par les réfugiés français, eût fait fentir fes trijîes effets, le peuple îi eut plus pour lui d! autre fentiment que celui de la haine la plus profonde & d'une crainte trop jujîifiée.
Ce Genevois prit la plume pour faire connaître la vérité, avec pièces en main impofer flence à ceux qui n étaient que les échos des chroniqueurs falariés du XVI^ fiècle, & éclai- rer les hommes de bonne foi qui défraient favoir Fhijîoire vraie, lors même quelle froiffait leurs fentiments & leurs préjugés, oiuffî, fâchant sabjîenir de juger ce quil ignorait, s appliquant à bien favoir ce qui tintéreffait fpécialement, il étudiait tous les documents, même les moins importants en
l'évêque. En 1526, après une lutte pie, confulté en confeil général, fe de plufieurs générations, les Gène- déclarait officiellement pour la Re- vois conquirent, par l'alliance avec J'arme. Les réformateurs Viret, Faret Berne & Fribourg, leur indépendance & Froment avaient jufqu'alors prê- poUtique & mirent fin aux droits peu ché à Genève les idées de Luther, fondés en titres, mais très-réels de Vers la fin de 1536, Calvin vint à fait, que la maifon de Savoie s'était fon tour & ne tarda pas à innover arrogés dans leur ville. — Ce fut dans fon fens, Chaffé pour rébellion l'alliance Bernoife qui fit germer, dès & défobéilTance par les magiflrats 1528, les premières idées de réfor- de 1558 (parce qu'il compromettait me; en 1532, les doélrines de Luther l'alliance avec la SuifTe), il fut rap- étaient prêchées dans Genève; en jielé en 1541 par fes partifans, vic- 1535, la majorité des habitants était torieux à leur tour, & dont la plu- proteflante & prononçait la déchéan- part furent fes viiflimes plus tard, ce de l'évêque ; en mai 1 5 5 6, le peu-
Xlj
apparence, qui pouvaient (aider, cejî-à-dire non-feulement les regijlres & les correfpondances du Confeil d'Etat, mais auffi les papiers de famille & furtout les procès criminels. Il tenait plus à dire de bonnes chofes quà les bien dire, quoique habi- tuellement il obtint, fans s'en douter, ce double réfultat.
Il était devenu plus injîruit que perfonne de Thijloire de fa patrie; aujjl s était-il cru obligé de ïenfeigner par fes ouvra- ges, &cefl ce quil a fait. Il ii a jamais rien avancé qu il ne fût à même de prouver juf que dans [es moindres détails. Il ejl le véritable fondateur, pour Genève, de /'école moderne d'ex- ploration hiflorique.
Cet homme laborieux, injiruit, & qui ri écrivait que parce que fa confcience ïy pouffait pref que malgré lui, eji M. Jac- ques-Auguftin Galiffe, repréf entant de îune des plus anciennes familles patriciennes de Genève, du très-petit nombre de celles {il n'y en a plus qiiune douiaine qui exijîent encore^ dont î établiffemem remonte au-delà du XVP fiècle.
Il comptait parmi f es ayeux les principaux réfugiés pour la Religion, français & italiens ; fa pofition civile & fa for- tune lui donnaient une indépendance complète, garantie que ne préfentent pas la plupart des écrivains calvinijles de ce fiècle , pref que tous eccléfiajliques & fans antécédents dans le pays.
Il était né à Genève le y avril ly/ô; & ilefi décédé le i ^ décembre jS^j à Florence, où il s était retiré pour trouver une tranquillité que f es concitoyens, intolérants par fyjlème, refuf aient à fa vieilleffe, refpeâable à tant de titres.
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o4uJlî, pourquoi avait-il dans fes écrits dijféqué publique- ment certaines perfonnalités réputées inviolables & mis en relief certains faits que Ton sobjlinait à ignorer? "Pourquoi n avait-il pas eu une foi ajfei vivace dans le caraâère évan- gélique des Réformateurs français à Genève, pour quelle réfijlât à la leéîure des innombrables procès criminels, qui, à taide du bourreau, contribuèrent au triomphe momentané de leur fyjième religieux apolitique? Tourquoi avait-il pensé que les bûchers & les échafauds étaient les armes de la répreffion & non celles de la perfuafon? Tourquoi avait-il voulu, lui Trotejlant, montrer à fes concitoyens quils auraient pu, fans Vaide de Calvin, conferver & développer cette indépendance politique & religieufe quils avaient cru fe donner avant lui, & leur prouver que les hommes auxquels ils sont rede- vables de ce prétendu bienfait, étaient loin de mériter les mauvais traitements & les indignes calomnies des Calvinifles acharnés à leur perte?
cAprès avoir publié, avant de quitter f on pays, 1//1 Voyage en Italie, en anglais, & nombre de brochures fur des fujets hijtoriques ou d'aâualité, deux volunîes de Matériaux pour l'hiftoire de Genève, trois volumes de [Notices généalogi- ques fur les familles genevoifes & des Lettres lur le Moyen-Age, il laijfe en manufcrit une Hilloire de Genève, depuis les premiers temps jiifquau milieu du XVP fiècle, cejl-à-dire Jufquà la confommation de la prétendue l^éforme calvinijle. Ce ferait de beaucoup ce qiion aurait de plus conf- dérable, de plus confciencieux & de plus national fur ce
XIV
fujei; mais, d'après ce que nous avons entendu dire, cette hijîoire aurait befoin dètre retouchée, abrégée & même con- tinuée & augmentée en certaines parties. On ne peut que défi- rer quune main habile fe livre à ce travail & fajfe bientôt jouir le public des fruits de recherches aujji vajles & aujji impartiales (i).
Ve fon ouvrage les Notices généalogiques, nous avons extrait quelques articles qui viennent corroborer ce que 'Bol- fec avait avancé, ou qui fervent (£ éclairciffements à fon ouvrage ; fi nous avons fait ces emprunts, cefi que nous favons, comme nous lavons déjà dit, que zM. Galiffe s ap- puie toujours fur T évidence ou fur des pièces authentiques, & quainfi on peut avoir une confiance aveugle dans fes afiir- mations.
zM. f.-'B.-G. Galiffe, qui fuit avec une rare difiindion les exemples de fon père dans les études hifioriques, furtout celles du XVP fiècle, a fait déjà plufieurs publications importantes , qui font la preuve nonfeulemem d'un talent réel, mais aufjl dun amour éclairé & fans bornes pour la vérité. Il a continué les Nonces généalogiques des familles genevoifes dans un quatrième volume, publié la Vie de Befan- çon Hugues, libérateur de Genève, /'Armoriai hiflorique genevois, le Procès d'Ami Perrin & de Laurent Maigret dit le IVIagnifique, fous le titre de Quelques Pages d'hif-
(i) Les matériaux lailTés par M. Galiffe père rempliffent 12 volumes in-folio &. jo à 40 volumes in-4°.
XV
toire exacle, 6* celui de Pierre Ameaux & de fes incidents, fous le nom de Nouvelles Pages d'hiftoire exaéle.
// faut efpérer qùil ne fe bornera pas à ces travaux, & que les amateurs de fhijloire vraie & rigoureufe obtiendront de lui de nouveaux titres à leur reconnaiffance .
Lorfquon lit les ouvrages de éM. J.-'B.-G. Galiffe fils, on ejî étonné de la maffe énorme de faits qui y font conden- fés, du nombre de quejlions quil fouVeve ou quil effleure, foit générales, foit perfonnelles ; & tout cela empreint du fceau incontejîable de la fcience, de la vérité & de la bonne foi. cAuJJî, pour confirmer des faits que nous voulions certi- fier, avons-nous fait de nombreux emprunts à fes ouvrages : mais nos extraits font tous textuels ; puis, comme on doit rendre à tout Seigneur tout honneur, nous déf gnons tou- jours f ouvrage & la page d'oïl ils font tirés; & quand nous ne faifons quune analyfe ou extrait, en émettant des détails que nous jugeons inutiles pour la fin que nous nous propo- fonSj nous ne manquons pas de le mentionner , ne voulant rendre perfonne refponfable de notre travail. tH^us ne dou- tons pas que, fî nos indications parviennent à des perfonnes qui ne connaiffent pas encore les ouvrages du profeffeur Galiffe, elles ne leur donnent t envie de les confulter; nous ne pouvons que les engager à en faire une étude approfon- die ; elles y trouveront à coup fur la firiâe exaciitude de la vérité hifiorique.
Dans l édition, publiée en 1^82, de la vie de J. Calvin par 'Bolfec, on avait ajouté celle de Théodore de 'Bè-^e par le
xvj
mêrjie aiireur ; il en a été de même dans ïédition publiée à Genève en iSj^. C^'Qous ne croyons pas devoir fuivre ce dou- ble exemple ; d'abord, la vie de Théodore de 'Bè\e, publiée par 'Bolfec en 1^82, fe trouve nécejfairement fort incomplète, puifque de 'Bèie à vécu Jufquen 160^. En outre, cette vie, qui ne contient que j6 pages dans l'édition de Genève, de 18 J^, en a les 22 premières employées a ï examen de cer- taines quejlions théologiques alors en difcujjîon & fans inté- rêt aâuel. T)ans ce qui fuit, il y a i^ ou i ^ pages qui font confacrées à compléter la vie de Calvin, aujfl les publions- nous textuellement. Quant au refte, foit environ ^0 pages, qui fe trouvent employées à faire connaître le libertinage à double fin, les débauches même féniles de de 'Bèie, T opinion que Ion doit avoir de fes écrits poétiques ou religieux, de fes fermons, de fes perfidies, de fes perfécutions contre fes contradiéîews, de fes provocations à des révoltes dont il fe tenait par prudence perfonnellemem éloigné, nous avouons que nous avons trouvé ces détails trop dégoûtants ou trop peu intéreffants pour les mettre fous les yeux de nos leéîeurs. T)e 'Bèie efi d'ailleurs un perfonnage trop fecondaire pour quon s en occupe longtemps.
Il nous fuffira de dire que Calvin fit recevoir de 'Bè'ie mi- nifire, malgré Toppofition de tous les autres, qui, au dire de Florimond de l^'mond (^i), dépeignaient a ce prieur fre'ié, frifé, mifie poupin, faifant encore le damoifeau, de diverfes
(i) Hijîoire de la naijance de l'héréjie de cejîède, page 1048.
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couleurs; ils Tenroollaiem par leurs vers dans les vieilles bandes d amour, même en celles dont fenfeigne parlait pour devifes des armes écarrelées qui montraient à demi la figure de r aigle ravijfant Ganymède (l). »
Ceux qui regretteront notre abjlention pourront fe confoler en allant prendre connaijfance de cette vie de de 'Bè'ie dans les bibliothèques publiques, oii on la trouve encore.
'Bayle, dans fon Diélionnaire hiftorique, s'appuie fou- vent fur de "Bè^e pour contejier les affertions de 'Bolfec ; & Senebier, dans fon Hiftoire littéraire de Genève^ tome I, p. i8], dit que la vie de Calvin, faite par Théodore de 'Bè'ie, ejl peu exaâe à divers égards, & il en cite plufeurs exemples.
zMais, comme notre publication nef pas une œuvre départi ou de fpéculation, mais une aâion confciencieufe & défn-
(i) On a erquiffé le portrait de de Bèze dans plufieurs écrits, compofés par des proteflants qui ont connu de Bèze perfonnellement. Nous nous bornerons à citer le luthérien Tilnnan Hesusius, voici ce qu'il en dit: « Théodore de Bèze ne s'eft pas con- tenté de mener une vie lubrique, &. de contaminer fa jeunefTe de vilaines Si infâmes amours, adultères, & mef- chancetés en rimes facriléges, pour plus aifaiment en guife d'un pour- ceau manifefter au monde fon or- dure. Qui ne s'étonnera, dit-il ail- leurs, de l'incroyable impudence de ce monftre, la vie duquel orde 8t in-
fâme eR connue de toute la France par fes épigrammes plus que cyni- ques. Et, néanmoins, vous diriez, à l'ouïr parler que c'eft quelque fainl homme, un autre Job, ou l'un de ces autres anachorètes du défert, voire plus grand que faint Paul, ou faint Jean, tant il trompette partout fon exil, fes labeurs, fa pureté & l'admi- rable fainfteté de fa vie. »
Nous pourrions, à l'appui de celte appréciation de de Bèze, citer les opi- nions du miniflre Launay, du jurif- confulte Baudoin &. de divers autres auteurs proteftants.
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rérejfc'e, nous y Joignons, en outre, tous les documents ou ren- feignements que nous avons pu nous procurer pour faire luire la vérité fur Calvin. cAprès leur leâure, on ne pourra plus nier que, fur la plupart des faits, 'Bolfec ne foit d'accord avec Thijloire véridique & les travaux éclairés de la critique moderne.
C^ous avons penfé que le public ferait fatis fait de trouver dans notre volume le portrait de ïhomme que nous avons pris à tâche de faire apprécier. tNj)us connaijfons nombre de médailles ou gravures qui donnent au Réformateur des traits entièrement différents. Cette diverfité nous arrêtait. tN^s recherches nous ont mis sur la voie des réfultats que zM. 'Bla- vignac a obtenus, & confgnés dans les Mémoires & documents publiées par la Société d'hifloire & d'archéo- logie de Genève, tome VII, pages i^ & fuiv. Il tient pour certain (& il ejl juge compétent^ quil riexijîe que deux monuments, tous deux confervés à la bibliothèque publique de Genève, qui peuvent être confidérés comme reproduifant authentiquemem & à des âges différents le portait de Calvin. tN^us ne croyons pas pouvoir mieux faire que de fuivre les indications de zM. 'Blavignac, & nous donnons la copie exade & fidèle de tun d'eux, qui a déjà fervi de modèle pour une reproduâion faite fous la direéîion d'auteurs conf- ciencieux.
Je ne penfais pas à publier cette nouvelle édition, lorf- quen 1862 zM. 'Bungener, minîjîre du faim Évangile à
XIX
Genève, vint à Lyon (l), faire dans léglîfe évangélique deux fermons fur Calvin, fêtais ahfent & ne pus y ajfijîer : je le regrettai vivement, tout le monde connaît les talents de controverfe religieufe & defâion littéraire de zM. 'Bungener, écrivain affei dijîingué dans fon parti. éMais ce font préci- fement ces talents que ïon redoute le plus pour les travaux cfhijftoire exadle. oiuffi nos doutes étaient graves aufujet de la lumière qii il pouvait apporter à fes auditeurs lyonnais, d autant plus que, la partialité la plus confiante étant une des faces de fon caraâère, on pouvait s'attendre à ce que, natu- rellement, elle fût pour lui la caufe des plus grandes méprifes. éM. 'Bungener, de même que la plupart des auteurs hijîo- riques calvinijies modernes, ni était du refle connu, foit par la leéîure de quelques-uns de ses ouvrages, foit par les comptes-rendus dans les Journaux graves &férieux de f époque contemporaine, foit enfin par le jugement que fai trouvé porté fur lui dans la féconde des admirables Lettres d'un folitaire du Jura à Tabbé Mermillod fur la polémique hif- torique & religieufe du Proteftantifme à Genève (Bro- chure in-8° de j^^ pages, chei Sfarc zMehling, imp. lib., Corraterie, à Genève 18^8) (2).
<^ais je îiai vraifemblahlemem pas perdu pour avoir
(i) Lugdunum pulchra urbs ni- Confultez également les Annales
mium vicina Genevae. Pratum Claudii catholiques de Genève, tome I", pa-
Prati, page 8i, i vol. petit in-8. ges 533 & fuiv.; tome III, pages 3oo
Pari/îiî, M DC XIV. &. 5 16 ; tome IV, p. 287 ; tome V,
(a) Voirfurtout, furM. Bungerer, page 331; tome VIII, pagejiS;
les pages ^, 6, 32 Si 33. tome IX, page 67.
XX
attendu j car lorfquon a eu fuffifammem colporté ces fermons en divers lieux, on les a imprimés, fuivani î habitude, avec corredions & augmentations, pour que tout fût confervé de ces élucuhrations fi précieufes (i). tNj>us pouvons voir maintenant fi î impartialité y règne, car cefi la qualité la plus rare dans les ouvrages des minifires genevois. Leurs écrits font toujours pajfionnés, agrefftfs & haineux contre le catholicîfme ; de forte que, fi ton veut trouver de la vérité & de la Jufiice hifiorique dans des auteurs de ce pays, il faut prendre les ouvrages trop rares de éMzM. Galiffe père & fils, Faiy, Gaullieur, Gremy & Ernefi ^H^aville, qui, a t exception de ce dernier pourtant, ne font pas minifires du faim Evangile.
Une Etude faite aâuellement par un miniftre genevois fur Calvin efi curieufe à lire & à étudier, fi toutefois elle ne laiffe pas beaucoup à défirer fous le rapport des fciences théologiques & hifioriques & des études férieufes, le pré- Jugé religieux & tefprit defede étant trop fouvent confidérés comme fufiifants pour y fuppléer. tH^anmoins, le travail imprimé de zM. 'Bungener, bien loin de me détourner du projet de faire une nouvelle publication de (ouvrage de 'Bol- fec, n a fait que m'y confirmer.
(i) Ces fermons ont paru fous le sultez fur cet ouvrage ; Quelques ■pa-
litre de : Calvin, fa yie,fon œuvre 6* ges à'hijloire exaâe, par M. Galiffe
fes écrits (Paris, Cherbuliez, 1862, fils, pages 127 &. suiv., où il eft
1 vol. in-i2 de 468 p.), & ont eu apprécié à fa juste valeur, une féconde édition en 186}. Con-
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Calvin, cet homme trijlemem fameux, nejl plus quun fait hijlorique; & on le fait bien à Genève, qui depuis fort longtemps nef plus calvinife, oîi la réforme ri offre plus un corps de doârine & oîi le profeffeur de théologie, nommé par la vénérable Compagnie des Tafeurs & approuvé par le Confeil d'Etat, enfeigne & imprime publiquement que le Calvinifme n efl point le Chriftianifme. cAffurément, fi Calvin revenait aujourd'hui fur la terre il fe refuferait avec indignation & raifon à admettre les minifres de ÎEglife de Genève {i') pour f es defcendants , eux, qui devenus Sociniens ne reconnaiffem plus la divinité de Jéfus-Chrif, & mérite- raient à f es yeux, plus que zMichel Servet (2), le trifie fort qiiil fit éprouver à ce malheureux. On peut confulter à ce fujet, les ouvrages de cMzM. cAmpeytai, zMalan & autres, qui, pour ce motif, fe font fép ares de IEglife de Genève.
(i) Qi_ie l'on fe rappelle le fameux CLOPÉDIE, qui montre quelle
pafTage de J.-J. Rouffeau, dans fa était la religion exiflante à Genève,
deuxième lettre de la Montagne : au milieu du xviii" fiècle.
« O Genevois, ce font de fingulières Voir dans ce volume, la note fur
« gens que meffieurs vos miniftres ; la Prédestination.
■ on ne fait ni ce qu'ils croient, ni ce (2) En janvier 1 866, M. Couvriez,
u qu'ils ne croient pas, on ne sait pas miniflre du faint Evangile, profeffeur
o même ce qu'ils font femblant de de théologie à Genève, s'exprimait
« croire. Leur feule manière d'affir- ainfi : La fcience feule ell le drapeau
« mer leur foi efl d'attaquer celle &. la bouffole du proteflantifme. Au-
« des autres. » Cette phrafe de J.-J. jourd'hui, il ne s'agit plus de croyan-
Rouffeau a foulevé des clameurs, ces bibliques ou traditionnelles d'au-
mais la fuite des événements, même cune forte. Ceux qui en veulent n'ont
de nos jours, a prouvé combien il qu'à paffer dans les rangs du Catho-
avaitraifon. Voir auffiTart. Genève, licifme. [Ga-^ette de France, n" du
inféré par d'Alembert dans l'E N C Y- 8 février 1866,)
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En provoquant le fuppUce d un Socinien, Calvin prouvait que lui-même ne tétait pas. D'ailleurs, fa feéîe profejfait alors la croyance à la divinité du Verbe, doârine conjîgnée dans la confejfîon de foi rédigée en i^^6 & adoptée par les calvinijhs des autres pays . Leur liturgie, leurs catéchifmes y étaient conformes (i).
En iJ$J-> le rédaâeur de la Nouvelle Bibliothèque Ger- manique fin-j2, (Amjlerdam, IJ20, p. 4-4-9J, Formey, calvinijie lui-même, répétait Taffertion, que depuis longtemps le Sociniafme avait gagné le pays de Vaud, & le propos très- répandu : Il femble aujourd'hui qu'on fafTe amende hono- rable aux mânes de Servet.
Le troifième anniverfaire féculaire de la mort de Calvin (ly mai 1864.J a été t objet de nombreufes publications élc- gieufes par les perfonnes intéreffées à Genève à la gloire du grand homme. Ce bruit nejl pas rejlé fans protejîation ; mais nous ne connaiffons que deux brochures qui ont été publiées dans ce but. La première, intitulée : Calvin à Genève, a ^^pages in-8° ; ï auteur , que nous croyons catholique, prend la qualité de citoyen de Genève, mais rejîe anonyme. Cefi une analyfe rapide, divifée par chapitre & d'une manière rationnelle, de quelques-uns des ouvrages que nous avons confultés.
La féconde, de 128 pages in-8°, qui a pour titre : Calvin à Genève, quelques pages de fa vie, à l'occafion du 309' anniverfaire de fa mort, par un Genevois, a étéattri-
(i) Grégoire. Hifîoire des feâes religieufes, tomelV, p. 56,
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buée par des journaux à zM. 'Ducommun, chancelier £ Etat à Genève. Ceft une plume protejlanie, mais confciencieufe , indépendante & qui ne cherche que la vérité. Ce Jîmple & court expofé anéantit d'unfeul coup tous les travaux apolo- gétiques de zM(S^T. 'Bungener& tutti quanti. (iMais quel que foit le mérite de cet opufcule, ce nejt quune brochure; &, en attendant qu on publie un ouvrage complet, s' appuyant fur les mêmes faits & contenant un tableau hijlorique plus étendu, on peut craindre que ce mince volume, fi tant efl qiion lui donne ce nom, ne foit pas confervé par tous comme on devrait le faire. Il eji déjà rare, on fe le procure difficilement; dans quelques mois il fera introuvable, de même que tant Vautres que Ton a fait dif paraître; mais, comme la plupart des faits quil contient, fe retrouvent dans nos notes, nous penfons que celles-ci pourront en partie fuppléer à la perte de cet opufcule . ^H^tre intention n a jamais été d'écrire une vie de Calvin; d'autres, avant nous, s en font occupés mieux que nous ne pourrions le faire. tNj)us avons laijfé de côté tous les points de cette vie que 'Bolfec a omis, ou auxquels il na pas fait allufion. D^ous bornons nos annotations à prouver que 'Bolfec a dit la vérité fur la plupart des points, & nous gardons le filencefur ceux où les renfeignements nous manquent. cA f ap- pui de fa véracité, nous citons des auteurs calvinifies, graves & férieux; notre préfente publication lieft quune jufiifi cation de la plupart des affertions de 'Bolfec. Si nous ne nous étions pas renfermé dans ces limites, notre travail aurait eu une étendue trop confidérable, ce que nous avons voulu éviter ;
XXIV
cejl la feule explication des lacunes fur des points impor- tants qui exijlem dans nos annotations , & que ton pourrait nous reprocher, fi ï on ne fe rendait compte de notre plan.
cAinf, ce livre nejl qu un recueil de documents pour e'clair- cir quelques points de la vie d'un homme qui eut malheureu- fement une valeur réelle , mais qui ne mérite point le piédef- t al fur lequel on ta élevé, & où quelques perfonnes, poujfées par leurs préjugés ou leurs intérêts, veulent le maintenir.
Quant à nous, qui écrivons fans haine ni amour, qui ne prenons pour guide quune rigoureufe impartialité , nous n avons que réuni des matériaux qui déjà ont été en partie mis en œuvre & avec talent, mais que nous produifons de nouveau pour tinjfruâion & t édification de ceux que leurs études & leurs occupations empêchent de les aller chercher à leurs fources . En d autres termes, nous n avons voulu recher- cher que le modefie rôle d'un compilateur férieux & de bonne foi.
C^ous allons faire, au préalable, diaprés la note inférée par Gauthier dans /^Hiftoire de Genève de Spon, le récit des perfécutions que 'Bolfec éprouva à Genève.
L araire de 'Bolfec fe paffa de la manière fuivante. Il faut [avoir £ abord que, le Jour de la femaine oii elle eut lieu, le fermon de ce jour était expofé à la cenfure publique dans le temple; de forte quil était libre à tous les auditeurs depropo- Jer après le fermon, au minifire qui avait prêché, leurs doutes ou difficultés, oiinfi^ Saint-André, pafieur de tEglife de
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JuJ[y, prêchant un jour de congrégation dans le Temple de Saint-Tierre, &, noyant pas traité la matière de la TrédeJIi- nation au gré de 'Bolfec qui était préfent, celui-ci, le fermon fini, prit la parole & foutint que c était un fentiment faux, pernicieux & dangereux de dire que "Dieu a déterminé, dans fon confeil éternel, qui font ceux quil veut sauver, & qui font ceux quil veut damner ; quen difant que Vieu a prédef- tiné à la vie ou à la mort éternelle, ceux quil a voulu, on le fait auteur du mal; qùon donnait par là occajîon aux méchants (faccufer la "Divinité de leur damnation, puifquils pouvaient dire quy ayant été prédejîinés par un Vieu tout-puijfant , il ne dépendait pas d'eux de T éviter. Il finit fon difc ours par une exhortation quil fit au peuple de fe garder d'une doc- trine fi fauffe & fi fcandaleufe.
Calvin était arrivé pendant le difcours de 'Bolfec , il r écouta fans f interrompre & fans fe faire voir. cAprès que 'Bolfec eut tout dit, il parut & lui répondit de point en point ïefpace d'une bonne heure, & outre une infinité de pafiages de [Ecriture fainte quil allégua, il en cita tant de faim oiugufiin, quil femblait quil les eût étudiés tout le Jour, ce que chacun admira. Il ajouta pour conclufion ■ Et plût a Dieu que celui qui a voulu citer faint Auguflin, en eût vu quelque chofe de plus que la couverture ! Farel, qui était alors venu faire un tour à Genève, fit une remontrance fuccinéle, pour confirmer le dire de Calvin & pour montrer que c était à tort quon leur imputait une erreur.
<:Après que Calvin eut pris la parole pour réfuter le dif-
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cours de 'Bolfec, un auditeur de la jujlice inférieure qui avait été préfent à cerre fcène, irrité contre 'Bolfec, qui fans doute avait mal ménagé f es termes en parlant contre la doc- trine reçue, le fit mettre en prifon ; quand il y fut, les zMinifires lui propofèrent par écrit dix-fept articles fur la matière qui avait fait lefujet de la difpute,poury répondre : ces articles étaient fignés par les zMinifires tant de la ville que de la campagne, dont voici les noms : Jean Calvin, cAhel Toupin, tNjcolas des Gallards, François 'Bourgoing, 'Raymond Chauvet, zMichel Cop, Jean Fabri, Jacques 'Ber- nard, Thilippe de Ecclefia, zMalifié, Jean Teirier, Saint- oindré & Jean Baldin.
Boljec répondit à chacun de ces articles. Les éMinifires répliquèrent. 'Bolfec perfifia dans fes fentiments & propofa auffi, à fon tour, des quefiions par écrit à Calvin, auxquelles celui-ci répondit fuivant fon fyfième. Cette dif pute fut fuivie dune autre de vive voix dans les prifons, pendant deux jours confécutifs, en préfence du zMagifirat, devant lequel com- parurent Bolfec d'un côté, & Calvin avec fes collègues de f autre. Les aéles en furent rédigés par écrit, & envoyés, à la prière des éMinifires, aux Eglifes de Zurich, de Berne & de Bâle, pour avoir leurs fentiments fur cette affaire, avant que le zMagifirat ne portât un jugement définitif.
En attendant leur réponfe, le Confeil avait ordonné que Bolfec ferait élargi de prifon, à condition de ne point dogmatifer & fous caution ; mais celui-ci, rien ayant point
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trouvé, fe vit dans la nécej/tté cfj rejier ajj'ei longtemps ( l ) . Les réponfes de Zurich, 'Berne & Bâle étant arrivées, elles furent communiquées à 'Bolfec, qui répondit qiiil foufcrivait volontiers & acquiefçait de tout fon cœur à ce quelles contenaient . Elles étaient les unes & les autres dans le Cens de celle de 'Berne, dans laquelle les Tajleurs de fEglife de cette ville s exprimaient fur le fujet dont il s agit, avec une retenue & une fagejfe qui leur fait beaucoup d honneur.
(i) Pendant fon féjour dans fa prifon, il fut adoucir par la poéfie les longues & trilles heures de fa captivité.
Voici des vers de Bolfec, qui font un touchant témoignage de confiance en Dieu, au milieu des perfécutions dont il fut l'objet :
Mon Dieu, mon Roi, ma force & ma fiance.
Mon feul appui & ma feule efpérance,
Vers moi, ton ferf, qui réclame ta grâce,
Tourne tes yeux 8c montre-moi ta face I
Charité dort & cruauté m'ailîége,
Pour me tenir en fes filets & pièges ;
En prison fuis, en meurtrier inique.
Comme méchant, qui à tout mal s'applique ;
Privé de biens 8c d'amis je demeure j
On va criant ; Toile ! Toile ! qu'il meure 1
Oh! durs aflauts, oh! cruelles alarmes,
Qui font mon cœur tout confumer en larmes !
En mes travaux l'entendement j'élève,
Confidérant que je fuis de Genève,
Qui a chaffé les abufeurs papilles,
Sorboniqueurs 8c les autres fophiftes ;
Et toutefois pour la parole pure
De Jéfus-Chrift, en Genève j'endure.
Ami chrétien, réponds, eft-il licite
Dire que Dieu, induit, néceffite
L'homme à pécher î Comment fe peut-il faire,
Vu que péché lui eft fi fort contraire !
Et puis David les iniques menace.
Car Dieu ne veut que le péché fe fafle...
Dieu tout-puiflant quoique fort 8c robufte
Ne peut vouloir chofe qui ne foit jufte ,
Iniquité ne peut valoir juftice,
Ni la vertu peut défirer le vice ;
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Il femhle que des lerrres de ce caraéîère, & qui ne refpi- r aient que la tolérance ^ auraient dû adoucir dans Genève les efprits à t égard de 'Bolfec; mais, celui-ci n ayant point voulu revenir de fes fentiments , les minijîres vinrent à bout par leurs repréfentations au (SMagiJIrat, de faire prononcer contre lui, de dejfus le Tribunal, une fentence de condam- nation .
Selon zM. Fa^y, on eût puni de mon 'Bolfec, fans f in- tervention des Eglifes fuijfes, qui obtinrent quil ne ferait qù exilé; heureufement pour lui, Jî ÏEglife de Zurich demandait qiion punit de mort î hérétique, les Confijîoires de 'Berne & de B aie furent pour la tolérance & les moyens de douceur, & laifjèrent entrevoir qùils prêchaient eux-mêmes la doârine de taccufé. Tel était auffi le fens de la lettre adreffée par les zÂTagiJîrats de Berne à ceux de Genève ( i ) ;
En Dieu ne font deux contraires enfemble, Car toujours Dieu à foi-même reflemble. Eft-il befoin que tant on fe travaille Pour recouvrir le froment fous la paille. Opinions ne font que zizanies : Ce font abus, pour que je les renie ; Et s'il convient devoir laifler ce monde, Je fuis tout prêt, mais que de foi j'abonde 1 Sus donc, mon cœur, reprend vigueur & force, Chafle douleur & de chanter t'efforce ! Louange à Dieu, qui pour ton falut veille 1 Il eft pour toi, quelque mal qu'on te veuille ; Chafle tes pleurs, jette douleur amêre, Pour louer Dieu, pour invoquer ton Père!
(i) Les feigneurs de Berne, prefTés les miniftres à s'abflenir de tout dé-
par les miniflres genevois de s'expli- bat fur ce fujet. « Que vos miniftres
quer fur la doétrine de la prédeflina- faffent le femblable , écrivirent-ils
lion, éludèrent ce point, &. invitèrent aux feigneurs de Genève, & que do-
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& ceci ejl étautant plus remarquable que les lettres genevoifes paraijfaient calculées pour arracher aux Suijfes la condamna- tion de cet infortuné, en le peignant des couleurs les plus /ombres. Calvin fit fon pojfible peur que les letties des églifes de 'Berne & de Bâle ne fujfent pas communiquées à Faccufe, mais ne put [obtenir (i).
Bolfec eut donc la vie fauve, & le Confeil rendit contre lui la fentence fuivante (i^ décembre l^ii) •
« C\pus, Syndics, à la pourfuite du Lieutenant criminel, contre toi, Hierofme Bolfec, il appert, que tu tes élevé avec une trop grande audace dans la fainte Congrégation ; tu as propofé une opinion contraire à la doclrine évangélique ; on ta fait voir par la parole de Dieu & par les avis des Eglifes que tes fentiments font faux ; tu ne las pas voulu reconnaître, ainfi tu es digne d'une punition grave. U^an- moins, nous voulons agir avec douceur & commuer ta peine :
refnavant fe defpourtent de compo- c'est pourquoi il écrit à Bullinger, en
fer livres contenant fi hautes chofes janvier 1552 : « Hieronimus ifte in
pour perfcruter les fecrets de Dieu, perpetuum exilium publico judicio
à notre femblant non néceffaire, qui ejeflus eft. Atrociorem panam nos
donnent occafion dételles chofes U expetere falfo quidam maledici fpar-
qui plus détruifent que édifient. » Jerunt & Jluhe creditum ejî.r> Si on
C'était une condamnation indirefte l'avait cru, c'eft que l'on connailTait
de la doftrine de Calvin. {Lettres bien Calvin & ce dont il était capa-
françaifes de J. Calvin, t. II, p. ble. 39.) La fcène du fermon critiquée par
(i) Calvin n'ayant pu obtenir une Bolfec eft du 16 oftobre 15^1, fe-
condamnation plus févère contre Ion Bèze; la fentence du banniffe-
Bolfec, voulut aux yeux du public ne ment eft du aa oflobre fuivant, it le
pas en avoir demandé davantage ; banniffement eut lieu le lendemain.
XXX
ainfi nous te bannijfons à perpétuiré du territoire de Ge- nève (l). 3J
'Bolfec était très-aimé à Genève, quoiqu'il ny fût que depuis quelque temps; & bien des gens le regardaient comme plus /avant que Calvin & dune meilleure doârine, comme on voit par une férié de procès dirigés contre f es fedateurs ; auffi fon injujie condamnation faillit-elle occafionner une émeute. Ce fut encore àfonfujet que Calvin perdit à jamais taffedion dun de fes plus puiffants ^ meilleurs amis y îune des célébrités du refuge, Jacques de 'Bourgogne, feigneur de Veygi & de Falais, qui devait la vie aux foins médicaux de Bolfec (2).
Bolfec, après fon bannijfement, s était réfugié à Thonon, où. il exerçait la médecine. Calvin ïy pourfuivit de fa haine & de fa vengeance (3). o4 force d'intrigues auprès des fei- gneurs de Berne, il parvint à le faire chaffer de cette ville &
(i) Nous renvoyons à l'extrait du aux feigneurs de Berne qu'on fafTe
procès de Bolfec, tel qu'il a été taire leurs ennemis qui crient & tem-
donné par Gaberel, pages 207 à 222 pètent contre eux, Sinommément Jé-
du 2' volume de fon Hijioire de rofme Bolfec, lequel pour fes erreurs
l'Eglife de Genève. avait été banni de la ville de Genève.
(2) La lettre écrite par Calvin à Dans une autre lettre, en date de
Falais, en 1^52 {Lettres financières fin mars 185 5 (même ouvrage, t. II,
de Calvin, t. I", p. 563), jette une p. 36), les plaintes contre Hierofme
vive lumière fur les circonflances de Bolfec, médecin de Tonon, furent
leur rupture, dont le procès de Je- renouvelées,
rôme Bolfec fut l'occafion. Ce fut par fuite de cette lettre que
(}) Dans une lettre écrite de Ge- les magiflrats Bernois, voulant vivre
nève, le 4 octobre i$H {Lettres en bonne intelligence avec les Gene-
françaises de Calvin, t. 1", p. 441), vois, expulfèrent Bolfec, & non pour
Calvin et fix miniflres demandent autre caufe.
xxxj
repoujfer de plujîeurs <:(7;nm«/2a«/e>proteflantes. Le médecin lyonnais finit par ouvrir les yeux; il vit par fa propre expé- rience comment les réformés fuiffes traitaient la liberté de confidence. Témoin des intrigues, du fianatifime, de Tefipion- nage, des cruautés dont Genève était le théâtre, & des hor- ribles vengeances commifies au nom de la religion par un defi- pote, dans une ville quil avait rendu fion eficlave, 'Bolfiec prit en dégoût la prétendue T{éfiorme, & chercha enfin en France un refuge dans le Catholicifme, au fiein duquel il était né.
HISTOIRE
DE LA VIE.
MOEVRS, ACTES,
DOCTRINE, CONSTANCE,
ET MORT DE IeAN CaLVIN,
iadis miniilre de Geneue.
Kecueilly par z/vT, Hierofme Hermès Toîjec. V odeur zMedecin à Lyon.
Dédié au Reuerendiffime Archeuefque , Conte de l'Eglife de Lyon, & Primat de France.
A LYON, PAR IEAN PATRASSON,
deuant faind Antoine.
M • D . L X X V 1 I . Auec Priuilege.
Authoris ad Ledorem.
lamdudum Latiii, & filui Jatis : Exeo îamdem Et loquor îmrepidus 'Beiœ commenta reuincens Falfa quitus fanéîum Chrijli deturhat oiiile. J^tere doéirînce patrum veterum optimè leâor. Telle nouos impojlores qui toxica melle Fucato ohducunt. Cur vincit opinio verum?
A TRESREVEREND
PERE EN DIEV MONSEIGNEVR
-MONSIEVR PIERRE d'ePINAC
Archeuefque, & Conte de Lyon,
Primat des Gaules, Salut &
parfaide félicité.
Les excellens orateurs femblent auoir prins plus de plaïfir, Mon trés-Reuerend Seigneur, à exercer leur art, & éloquence en défendant les accufez : que accufer les vicieux, & coulpables. Et de toutes les avions de Ciceron ne font venues à noflre cognoijfance aucunes accufations finon cotre Verres citoyen Romain qui auec vne exceJJJue auarice, & débordement de voluptez fenfuelles, auoit adminiflré le gouuernement de Sicile. C'eJÎ auffi vn prouerbe commun en la bouche de plufteurs qu'il ne faut médire d'vn fourd : par lequel mot fe peut entendre l'abfent, & le pafé de ce fiecle. On peut encores fur ce pro- pos adioufîer le commun di6l. loue après la mort. Mais cela bien entendu nefignifiepas qu'il faille louer toutes perfonnes trefpajfees : Mais feulement celles qui en leur viuant ont fait aôîes dignes de louange plus que la célébration de leurdittes a6les ne doit ejîre en leur viuat. tant pour euiter l'efpece de flaterie, que pour attendre liffue : eflant la fin le couronement, O' approbation des chofes bien, ou mal commencées. Or ie ne doute point qu'aucuns ne trouuent
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maunais qu'après la mort de lean Caluin minijîre de Geneue i'aye defcouuert plujîeurs Jtens a6îes vicieux contre ce que Théodore de Beze fon difciple, Ù" fuccejfeur en à efcrit en fon prologue au com- mentaire d'iceluy Caluin fur le Hure de lojue. Mais i'aye de quoy me défendre contre tels mefdifans ajfauoir la fentence de Platon : Ojt'vn perfonîiage vicieux efîimê vertueux Ù" exalté en dignité, porte plus de détriment en vne republique que beaucoup d'inutiles, ou pernitieux congneux tels qui font. Pour ce conftderat le grand malheur aduenu en France, ir pais circonuoifîns d'infinis pauures idiots legiers d'efprit, & inconjîans partis de l'obéiffance de la vraye, & fainèh Eglife : Ù' de la do£îrine des pères anciens pour fe vouer à la fecle d'iceluy Caluin, abufez Ù" fedui6ls par les iaferies, Ù" menfonges dudit efronté Théodore de Beze qui l'exalte en genre de fainSleté de vie, de do6lrine, Ù" vertus fur tous les prophètes de Dieu, les Apoflres, ù" difciples de noflre Seigneur lefuf-Chrifi : Ù" leur fuc- ceffeurs fmceres doôîeurs de l' eglife, ie n'ay peu me cotenir enfilence. Ains pouffé du mefme zèle, & efprit qui m'incita à refifler, & con- tredire publiquement à la fauffe doSirine d'iceluy Caluin en fa pren- fence, ù" au confpe6i de toute leur affemblee, ou congrégation en Getieue l'an i^p. l'ay maintenant efîé contrainB de mettre la main à la plume pour obuier, Ù" réfuter, les menfonges dudiôî de Beze trop preiudiciables à la gloire de Dieu, Ù" édification de l eglife de noflre Seigneur lefuf-Chrifl : par lefquelles il veut affirmer vn tres-vicieux miniflre de Sathan auoir efîé vn fincere, Ù" excellent feruiteur de Dieu. Or t'appelle Dieu en tefmoin que ie n'ay efié induiôî à efcrire contre le di6l de Beze les très énormes vices Ù" vie d'iceluy Caluin pour haine, ou maleuolence particulière que ie leur porte : mais pour le zèle de vérité, Ù" de l'honneur de Dieu : aufji pour la compaffton que ïay de la ruine Ù' perdition de tant de pauures idiots abufez. Semblablemeîit que ie n'efcry chofe aucune en ce traiôlé qui fait contre ma confcience : mais félon vérité approuuee par tefnoignages d'efcrits
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de la main mefme d'iceluy Caluin.par relation de perfonnages dignes defoy, Ù' félon que i'ay veu de mes yeux, & touché de ma main, la de long temps i'ay voulu mettre ce mien opufcule en lumière mais tous les moyens m'ont ejîé ojlez, car il femble que l'ancien ennemy de Dieu, Ù" de vérité a fai6i tout effort à m'empefcher : me fufcitant fi grand nombre d'aduerfaires qu'il ma ejlé force de le fupprimer iufques à prefent ioinôi que les deuots, & dédiez à la feôîe Caluiniane : outre les embufches & entreprinfes de me mettre à mort, m'ont fai6î, & font inceffamment la guerre . tafcJiant de me rendre odieux à toutes fortes de gens : non feulement par efcrits pleins d'inueôîiues, ?norfu- res, ù" impojîures defquelles Hz font manifefie profejjïon, Ù" ont la pojfejjion : mais encores fordement par deffbubs terre efcriuans à leur confederez les lettres defquels m'ont fouuent efté communiquées. De manière que fi la main de Dieu ne m'euft tenu ferme : Ù" la proui- dence ne m'euft préparé des perfonnages infignes en foy, Ù" charité pour m'ajftfter, Ù" fecourir, ie ne doubte point que ie ne fujfe englouty en vn gouffre de defefpoîr en mes calamitez. Or d'entre tous ceux defquels i'ay receu confolation, Ù" fecours en mes affliSlions, Ù" neceffitez iefens en mon efprit, & apertement ie le confejfe de bouche, combien i'ay d'obligation à voftre clémence & libéralité. Mais pour retourner à mon propos defirant inaintenant h la requefte, & follici- tation de plufieurs miens bons Seigneurs Ù' amis mettre en lumière ledi6i Hure de la vie, mœurs, Ù" mort dudit Caluin à la gloire de Dieu, à la confufion du père de menfonge, & defes miniftres : auffi pour la confirmation des vray s fidèles : is' redu6lion des pauures abu- fez fi plaift à Dieu leur en faire la grâce, ie ne voy perfonnage a qui ie puijfe, ou doiue plus dignement dédier ce mien opufcule, Ù" a la proteâîion de qui ie le doiue recommander que à vous mon Seigneur qui entre les autres pafteurs de France eftes illuflre en nobleffe defang, de doftrine, Ù" de bon zèle enuers la gloire de Dieu, Ù" l'édification del'Eglife. le vous fupplie donc tresbenin Seigneur d'accepter ce mien
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petit prefent, félon vojire accoujîumee heneuolence, Ù" que par vojîre faveur il puijje venir à la veiie, Ù' auoir entrée entre les hommes de ce fiecle, à la confujton de tousfes aduerfaires ; ains plujlojî des enne- mis de Dieu, Ù" de vérité, l'audace, témérité, & inquietitude defquelz tefpere bien tojî veoir réprimée, Ù" renuerfce par la puiffance infinie, fapience imperueftigable, iuflice incomparable , Ù' inénarrable bonté de ce grand Dieu. Auquel après mes très -humbles ù" finceres recom- mendations h voz beneuolences ie prie
Tresreucrend Monfeigneur, vous donner en longue, Ù" faine vie, mul- tiplication de toutes félicitez Ù' benediclions tant corporelles que fpirituelles . A Lyon ce 24 luin 1 ^'yy.
D. V. S. Serviteur plus humble &Jincere.
Hierofme Hermès Bolfec. Dod.
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AV LECTEVR
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Amy lecteur raifon eft vn don excellent baillé fingulierement à l'homme fur tous animants pour fe conduire en toutes fes penfees, defirs, 2c acHiions en ce monde corruptible. Tout homme qui laiffant cefte guide pour fuyure opinions eftranges; incontinant eft deceu & tranfporté en infinies follies, & s'efgare en vouiëtez quafi inhumaines, & brutales. Ce que les fages con- fiderateurs des chofes naturelles & avions humaines ont bien obferué en ceux qui abandonnent raifon & vraye fcience, pour fe vouer & addonner à fedes particulières : Car ilz fe laiffent tellement aueugler & lier que plus aifemêt ilz fouflfrent le détri- ment de leur propres biens temporels, &■ la perte de leurs pa- rens & amis : voire de leur honneur mefme, que la deftrudion de leur fede & des maiftres ou autheurs d'icelle. Plus font induids à faire chofes lefquelles oncque Antiochus Epiphanes ou pire côtempteur de Dieu n'a iamais cômis. comme furpre- nant villes & chafteaux, brullant, pillant, Se faccageant temples de monafteres, defrobant vaifTeaux d'or, & d'argent, auec orne- ments confacrez au feruice diuin : Tuant & maffacrant perfon- nages illuftres en dodrine & vertus le tout d'vn zelle indifcret pour la conferuation & exaltation de leur fede & maiftres lef- quels ils tiennent pour perfonnes plus diuines que humaines. Pour cefte caufe i'ay mis ce traidé en aduant affin que par la ledure d'iceluy chafcun puiffe entendre combien fe font for-
uoyez du vray chemin de vérité ceux qui fe font vouez à la do(flrine Caluiniane & ont lediâ: Caluin en eftime de vray ferui- teur & prophète de Dieu. le n'attens moins qu'vne refponce de quelcun de ladide fed;e contrefaifant vn Paffauantius ou Matagon de matagonibus. Mais le fay peu de conte de leur mo- queries batelleries & impoftures : efperant fi Dieu me maintient en fa grâce & me donne vie que répli- que ne leur faudra de mon cofté. Vfe donc amyable & beneuole lecteur, de ce mien petit labeur, Dieu foit auec toy & t'accom- pagne de fon faindlEfprit. Amen.
HISTOIRE DE LA VIE,
Mœurs, Aéles, Doctrine, Confiance & mort de lean Caluin iadis Miniftre de Geneue.
1{ecueilly par <^f. Hierofme Hermès "Bolfec. Dodeur (^Médecin à Lyon.
CHAPITRE PREMIER.
Entre tous les malheurs introduisis en ce monde par le père de menfongc, & autheur de péché après la cheute des premiers parents, Iherefie à plus apporté de troubles, (éditions, & diuifions en tous teps & aages. Ce monftre horrible, & très pernicieux <5c engendré d'orgueil, <5c d'ignorance. Et l'heretique participe de ces deux commcs de l'es deux proches parents, & progeniteurs. Car tous hérétiques font fuperbes, orgueilleux, & prefumants de foy plus de bien & vertu qu'il ny en a en effe6l iufques à mefprifer tous autres qui ne font de leur fede mcfmes leur porter haine. Ilz font oultre plus ignorants fe repaif- fans, & contentans de l'opinion laquelle ilz ont fiché en leur cerueau, de laquelle ilz ne peuuent cftre détournez ne
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par raifons aucunes ramenez à la lumière de vraye rdence & cognoiflance de vérité. En tous temps & faifons ce père de menfonge, ennemy de paix, & trâquillité s'eft efforcé de troubler, & corrompre IVnion des efprits humains & cacher la fincere cognoiflance de vérité. Mais pour ne m'arrefler fur les diuerfes feéles des philofophes, & fcrutateurs des chofes naturelles : laiflfât auffi les diuer- fes fortes d'idolâtries mifes par luy entre les payens. ie diray feulement pour cefle heure des fedes qui ont efté fufcitees entre ceux qui ont faicl profefllon de la rehgion chreftienne. Quand à la nation ludaïque Egefippus au- theur très ancien & chrellien efcrit y auoir efté fept fedes diuerfes. aflTauoir lefTeens, Galileens, Hemerobap- tifles, Mafbutheens, Samaritains, Saduceens, & Phari- fcens qui tous eftoyent diuifez d'opinions & ennemis. Depuis la réception de la loy Euangelique plufieurs héré- tiques fe leuerent par fuafion diabolique, defquels le dict Egefippus tefmoigne auoir efté le premier vn euefque Theobutus, qui commença à troubler les Chrefliens & la paix de feglife par proportions faulfes & vaines opi- nions. Enfuyuirent après aucuns qui leuerent Therefie contre la confubflantialité, & coëternité du verbe diuin auec le père, nians abfolument, & d'autres couuertement la nature diuine en lefuf-Chrift : de cefle fedle furent chefz principaux Cerinthus, Arteme, Paule Samofatene, ôc après Arius . Depuis vn Carpocrates & quelques fïens adherens enfeignerent vne cômunauté de tous biens entre les Chrefties, voire des femmes, mefmes & intro- duirent vne licentieufe confufion de fenfuels defirs, & voluptez charnelles, laquelle fecle encores en ce temps à releué Sathan par les Anabaptifles. Tiercement Ebion &
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Tes complices cnfeignerent robferuation des cérémonies Mofaïques eflre neceflaires en la loy Euangelique ce qui apporta très grad trouble en TEglife. La quatriefmc fecle fut excitée par Bafilides, Marcion & Mânes qui difputans de la caufe de péché affermoyent eftre deux commence- mens cÔtraires & coëterncls bien & mal : lumière & ténèbres fouftenoyent aufîî la necefllté Stoïque en toutes aclions humaines bonnes & mauuaifes. En cinquiefmc lieu vint Therefie de PeUagius qui attribua aux bonnes œuures & mérites le falut^ & la confecution de la vie éternelle. S'y entremeflerent plufieurs membres deSathan magiciens & enchanteurs qui par leur delufions abuferent grand nombre de fimples idiots les deftournans de la tby en lefuf-Chrift : auec grand nombre d'autres fantaftiques cerueaux qui femerent plufieurs queflions & opinions fin- la procédure du laincl Eiprit : fur 1 inuocation des fiaincfls ; fiar la prière pour les trefpaffez & plufieurs telles vaincs controuerfes.
C&3i«liP
CHAPITRE H.
Mais il Temble qu en noz jours lediél ennemy de Dieu, & dVnion chreftienne ayc ramafTé la plus part defdiéles herefies&faufles doélrines défia de longtemps réfutées, & condamnées : & a remis en vne ville de Geneue par Jean Caluin de Noyon, homme entre tous autres qui furent onc au monde ambitieux, outrecuydé, arrogant, cruel (i), maling, vindicatif: & fur tout ignorant (2)
(1) Calvin, que des panégyriftes ignorants ont repréfenté conrime l'apôtre de la démocratie, était d'une dureté extrême à l'endroit des hom- mes d'une condition non libre. Dans un Avis, cenfé émané des Docteurs du Confifloire, mais de la main &. au cachet de Calvin (1546), celui-ci compte au nombre des crimes où la torture est applicable d'emblée, non- feulement au prévenu, mais à fes complices fuppofés & même aux té- moins, il. où il efl permis de recevoir le témoignage de perfonnes intesta- hles &. réputées infâmes, les crimes &. délits des ferfs contre leurs fei- gneurs.
Les autres cas, rangés dans cette catégorie de rebut, font : les faux monnayeurs, les brigands, les for- ciers & les devins. Le tout efl appuyé de force citations latines. Les pa-
négyrifles de Calvin le placent pref- que auffi haut comme juriconfulte que comme théologien ou réforma- teur, ils ont raifon au point de vue de l'érudition ; mais cet efprit ferein, libre de paffions & de préjugés, &. ce fentiment d'équité relative, qui font le tempérament du magiftrat judi- ciaire, lui faifaient totalement dé" faut, furtout à Genève, où il interve- nait dans les procès bien moins commejurifconfulte que comme juge, &L juge dans fa propre caufe. Auffi n'efl-ce pas dans les fafles judiciai- res de cette ville qu'il faut vouloir chercher les preuves de fes « talents &L de fes connaiffances admirables » en pareille matière. Il efl d'ailleurs évident que les auteurs eccléfiafli- ques proteflants qui ont exalté avec tant de confiance fes apoflilles &. fes (2) Voir il la page 14 ci-après.
^3 comme i'efpère cy après vrayementôc viuementdemonl-
avis aux procès criminels, n'en ont pas lu ou tout au moins pas compris le premier mot; ils fe feraient fans cela bien gardés d'en parler. J.-B.-G. G ALI F F E. Quelques pages.
Jamais la torture n'a été appli- quée d'une manière plus atroce & plus illégale, même dans les procès de femeurs de pefle & de forciers, que dans les procès de 1555. C'efl dans ces procès que l'on trouve à di- verfes reprifes cette recommandation du fameux avocat & jurifconfu'.te G...C... &. de fes collègues fran- çais : « Torturer l'un pour en arra- a cher des indices contre les autres, o 81 leur déclarer qu'on ne cefTera CI de les torturer que lorsqu'ils au- « ront confeffé ce qu'on leur deman- 0 de, » (c'efl-à-dire 'aveu delà pré- tendue confpiration contre les réfu- giés français & les magiftrats qui les fouten aient).
Selon les anciennes franchifes ge- nevoifes, « l'application de la torture o à Y accufé devait faire l'objet d'une « fentence interlocutoire, délibérée B & rendue comme la fentence dé- u finitive elle-même »,& cette règle prévalut encore pendant* les pre- miers temps de la Réforme, mais, dès avant 1555, les magiflrats, ap- puyés par les jurifconfultes français, juges & parties comme eux dans ces affaires, torturaient qui bon leur femblait & comme ils voulaient, fans autre règle que leur volonté.
Calvin n'était pas au befoin moins abfolu pour l'ufage de la torture.
Dans un Avis de fa main &. fcellé de fon cachet (i 5^5), » il recommande a d'obtenir des preuves indirefles a contre les accufés, en mettant à K la torture ceux que l'on fuppofe » être leurs complices, & de con- o damner les premiers fur ces dépo- « fitions, lors même que la torture « ne leur arracherait aucun aveu. » Comme les anciennes lois de Genève défendaient expreffément une telle procédure, le dernier paragraphe de cet Avis recommande aux Magiftrats de « s'affranchir de ces entraves par o une exception tirée de leur puif- « fance abfolue. » Même ouvrage, p. 109. Non content de repréfenter Calvin comme l'apôtre de la démocratie pure &. du fuffrageuniverfel, ces der- niers panégyrifles ont imaginé de reprocher aux Genevois l'état de chofes diamétralement oppofé qui fuivit fon œuvre, laquelle, difent-ils, aurait été tout autre fi l'on avait voulu fuivre fes avis. Le fait efl, qu'au contraire, toutes les entorfes données fucceffivement à l'ancienne Conftitution démocratique de Ge- nève, furent l'œuvre diredle du Ré- formateur, & fes panégyrifles des fiècles derniers l'en ont loué haute- ment ; aujourd'hui que le vent fouf- fle à la démocratie permanente, les amis de Calvin ont compris qu'il fallait carguer les voiles en confé- quence. Du refle, nous renvoyons en toute confiance, fur ce fujet, à l'ex- cellente Introduâion hijiorique que
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trer : nonobftantque foit contre Topinion de plufieurs qui afTez mal diligemment ont prefle & confideré fa doélrine, & font abufez par les menfonges, & babils fardez de Théodore de Beze fucceiïeur dudiél Caliiin en l'admi-
M. le juge Flammer a placée en tête de fa dernière publication : Lois pé- nales d'injîruàiion criminelle & de police, &., du canton de Genève.
Même ouvrage, p. 122.
a Calvin a moins fondé une Eglife qu'une République chrétienne. L'é- lément de l'autorité, la soumiffion de l'individu à la communauté, delà communauté elle-même à un dogme, a débordé partout dans fon œuvre; l'intérieur, le fpontané, l'individuel, qui ont la première place dans la religion, ont prefque difparu de la Tienne.» Alexandre Vinet.
0 En politique, l'œuvre de Calvin devait nécelTai rement aboutir à l'a- riflocratie, partant du principe qu'il n'y a dans ce monde qu'un petit nombre d'élus, prédeRinés à tout jamais, choifisdès le commencement entre tous les pécheurs, il arrive à la profcription de la malTe du peuple Celui qui fe croit plus imbu de la doflrine calvinifle, fe croit plus près de fon falut, plus rapproché de Dieu, bien fupérieur au rede des hommes. Il ne pouvait donc fortir d'une telle religion qu'une république arifto- cratique, dans laquelle tout vient d'en haut, par l'effet d'un don parti- culier de Dieu, & rien d'en bas ou du peuple proprement dit. Voilà pour- quoi Calvin évita toujours l'applica- tion du principe de la fouveraineté
du peuple qui lui était antipathique ainfi que le prouvent tous fes écrits.»
E.-H. Gaullieur. Genève de- puis la conjlitution de cette ville en République. i8$6, un vol. in-8", p. 78.
(2) a M. Bungener a dit quelque part, dans fon cours au fujet de l'écrit de Calvin contre l'aftrologie judiciaire « qu'un auteur du XIX' fiè- 0 cle ne parlerait pas de ce fujet « avec plus de mépris; que Calvin « avait devancé fon époque en toute « chofe; que ce qu'on croyait neuf tt fe trouve dans fes œuvres depuis « trois cents ans, te. ». Cette opi- nion eft précifément l'oppofée de celle de tous les grands hifloriens, qui s'accordent à dire que fi jamais quelqu'un fut l'homme de fon fiècle (avec fes qualités &. fes faibleffes), ce fut précifément Calvin. Il était de l'époque d'être fuperftitieux (?), &. Calvin, qui ne faifait jamais rien à demi, le fut à un point dont on ne fe fait aucune idée. C'ell précifé- ment ce qui l'excufe en prouvant fa fincérité. Prétendre le contraire, c'efl non-feulement montrer qu'on ne connaît pas le premier mot du caraftère de Calvin, mais c'eft en- core en faire néceffairement un vé- ritable monRre d'iniquités. »
J.-B.-G, Galiffe. Qiielques pa-
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niftration de leur faufl'es doctrines dedans ladicle ville. Car ce iafeur affetté & effronté babillard, en vne Tienne préface au commentaire dlceluy Caluin fur le liure de Jofué efcrit la vie, mœurs, acftes, & trefpas de fondid predecefleur lequel il appelle fon maiffre, amy, & père, l'exaltant fur tous autres qui furent onc au monde en genre de fainéleté de vie, de fcience. Et en fon difcours femble affermer, que Dieu eft tenu 6c fort obligé au- didl Caluin comme à celuy qui feul a foultenu fon hon- neur & gloire : & maitenu la foy chreflienne en cefte aage : & fans lequel Dieu perdait fa gloire, & la foy perilfait. Voyant donques telles menfonges & detefta- bles blafphèmes auoir tant de cours & authorité par la France, & pais circonuoifîns au trefgrand deshonneur de Dieu, vitupère de noflre Seigneur Jefus-Chrifl, fon filz : plus à la ruine d'infinis pauures idiots qui abufez par telles rufees mêteries lailfent le vraye trouppeau de la mère fainéle Eghse, pour fe retirer & dédier à la fede & faulfe doélrine de Caluin. J'ay mis ce petit liure en auant à fin de faire congnoiftre qui & quel fut ledidl Caluin, & combien font loin de ce qu'ils fe perfuadent de la vertu, mœurs, faindleté, & doélrine d'iceluy, tous ceux qui par legiereté, & zèle mal accompagné de fcience fe font vouez et liez à fa fede & doélrine. Laiffant donques a vne autre œuvre qui enfuyura inconnnanc cefte-cy, la vie dudicft de Bèze, & cornent d'vn poète lafîif, desbordé en tous genre de vices & voluptez fenlliellcs, il a elle changé en dodeur tout fubitemét, voire de la faincle efcriturc, mefme de Tepillre de Saindl-Paul aux Romains qui eft la plus difficile, &. de plus d'importance entre toutes les œuvres dudict
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apollre : Je réfuterai les tiltres d'honneur qu il donne à fondit père^ maiftre & amy faulfement prouuant tout le contraire de ce qu'il en efcrit protellant deuat Dieu, & toute la cour célelle, & toutes perfonnes de bon, & fain efprit que cholere, ne enuie, ne maleuolence ne me feront dire, ou efcrire chose qui foit contre vérité, 6c ma confcience. Ains que ie me reputeroy ingrat à la grâce de Dieu, & rebelle à ma confcience, fi ie ne mettoy laditte œuure en lumière. Car i'ay attendu longuement à la mettre hors efpcrant toufiours quelque amendement & reformations mais voyant les chofes aller de mal en pis : & le menfonges obfcurcir la vérité ie fuis prefle, ôc contraint en mon esprit de mettre fin à mon long defir :
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CHAPITRE m.
Platon docleur, & philofophe non à defprifer comme doue de grandes grâces de Dieu, compofa vne cité pour la garde de laquelle il conftitua crainte, & vergongne : ians lefquelles eft fort difficile de garder modeftié : ains tout à l'inllant, que ces deux gardes font endormies ou du tout perdues tout fe pert : & chafcun fc foruoye : & fort hors des termes de raifon faifant à fenuy auec les plus barbares & inhumains qui furent onc au monde, voire auec les diables mefmes en genre de menfonges, &; defguifements de vérité. Or Théodore de Beze monftre bien clairement auoir banny de foy crainte, & vergongne entre ces autres efcrits en faditte préface, finguUèrement en laquelle il s'efforce de faire croire chofes diametralle- ment contraires à vérité : & louer fon maiftre, père, & amy fi hautement, qu il femble auoir furmÔté tous ceux qui l'ont précédé de temps, en genre de vertus, & doc- trine. Entre autres qualitez qu'il luy donne, illuy attribue vne exellente doulceur, bénignité, facilité à pardon- ner à fes ennemis : combien qu'il fut très cholere, malin, & perfeuerant en malignité (i), ne remettant iamais
(i) Des jirofélytes de Calvin ont bre des défauts qu'on ne faurait pas
eu le bon efprit de renoncer à en plus dénier en lui qu'en tout autre
faire un faint infaillible & ont bien homme.
voulu lui reconnaître, &. cela de De la Marre, miniRre à Genève,
l'aveu même du P. Réformateur, un difait de Calvin, en 1546 : a II eft
efprit rancuneux, vindicatif, au nom- un peu bien fujet à fo» affeiîlions
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fon ire depuis qu'il Tauoit vne foys conceuë contre quel- qu'un. De cecy rendra bon tefmoingnage Thyrtoire de Michel Vilanouanus autremét appelle Seruetus médecin : homme vrayement fort arrogant, & infolent comme tef- tifient ceux qui l'ont congneu à Charlieu, ou il demoura chez la Riuoire enuiron l'an 1^40. Contraint; de fc
(paffions); homme impatient, hai- neux, vindicatif, quand il a la dent contre quelqu'un, ce n'eft jamais fait. I)
Enfin, nous pourrions dire de Cal- vin qu'un Anglais voulant l'appré- cier dans fon français expreffif, mais qui n'efl pas le nôtre, difait que c'était un bon haijfeur ; Calvin pa- raît avoir pris pour une de fes de- vifes pratiques la première partie du vers du Sénèque : Prima ejl ulclfci lex.
Calvin nourriirait de ces haines implacables, auxquelles, malgré les Regijîres, on aurait peine à croire fi fes propres lettres ne nous en avaient confervé les preuves multi- ples, conçues fouvent dans les ter- mes les plus ignobles.
Nous ferions curieux de favoir à quelle malheureufe viflime de fon intolérance fe rapportent ces épou- vantables paroles de Calvin, dans une lettre fans date, à M"" de Cany, mais que M. Jules Bonnet croit des l)remiers mois de 1552 : » Madame, « il me fait bien mal que l'adte fi B louable c|ue vous fites, il y a en- » viron demi an, n'a mieux rencon- « tré. C'eft que quelque bon &. » vrai ferviteur de Dieu ne s'étoit
« trouvé à l'endroit d'un tel fecours a qu'a reçu une auffi méchante & « malheureuse créature qu'il y avoit « au refle du monde. Sachant en « partie quel homme c'étoit, j'euife « voulu qu'il fut pourri en quelque « foffe, fi ce eut efté à mon fouhait, « & fa venue me resjouit autant, « comme qui m'eut navré le cœur « d'un poignart, mais jamais je ne « l'euffe cuydé un monftre fi exécra- « ble en toute impiété & mefpris de « Dieu, comme il s'efl icy déclairé, « & vous afTure, madame, s'il ne fe « fut fitôt échappé, que, pour m'ac- « quitter de mon devoir, il n'eut pas « tenu à moi qu'il ne fut pas paPPé « par le feu. » {Lettres de Ctilvin, t.I,p. 35^)
Il fuffit, au refte, de parcourir la correfpondance latine & françaife de Calvin, pour fe convaincre du peu de cas qu'il faifait de la vie de fes adver- faires.
Son humeur était fi infupportable, que beaucoup de fes difciples allaient jufqu'à dire qu'ils aimeraient mieux aller en enfer avec Théodore de Bèze, coadjuteur & fucceffeur du Reformateur, qu'en paradis avec Cal- vin. Edit.
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partir de Charlieu pour les folies lefquelles il faifoit il le retira à Vienne en Dauphiné. duquel lieu il efcriuit à Caluin ellant à Geneue & ce fut Fan 1^46. & luy enuoya vn liure escrit à la main auec trente epiftres fiennes, efquelles il reprenoit ledidl Caluin, & corrigeoit certaines fautes, & erreurs lefquels il auoit recueillis en fon inftitution chrétienne : et autres fiennes œuures au grand vitupère dudicft Caluin, & de fa dodrine. Dequoy iceluy Caluin fort irrité conceut contre Seruet haine mor- telle : & délibéra en foy mefme de le faire mourir : ce qu'il manifefta des le mefme an par vne letre efcritte de fa main propre à Pierre Viret (i) eftant lors à Laufane
(i) Lettre de Calvin à Viret : L'exinence de cette lettre avait été obflinément niée, malgré les affer- tions deGrotius, Varillas &i Ulembo- goert. Mosheim, dans fon Hijloire des he'rejîes, s'efforce de prouver qu'elle efl apocryphe; & quand on a lu quelques-uns des arguments de l 'écrivain allemand, il efl difficile de ne pas douter. Il importait d'éclair- cir un fait d'une auffi grande impor- tance. M. Audin a découvert l'origi- nal de cette lettre ; elle efl à la biblio- thèque du Roi, falle des manufcrits n" loi &. 102 de la coUeétion Du- puy. Elle efl tout entière de la main de Calvin, &. fort difficile à lire, com- me tout ce que le Reformateur a écrit; elle efl datée de Genève, des ides de février 1 1J46. En conféquence, & il ne faut pas l'oublier, elle efl antérieure de plus de fept ans au procès de Servet. On doit remar- quer que les citations faites par Bol-
fec ne font pas textuelles, mais qu'elles contiennent rigoureufement le Cens. Nous allons tranfcrire cette lettre en entier à caufe de fon impor- tance, elle prouve la véracité de Bolfec, qui en cite des pafTages dans les chapitres III & IV de la Vie de Calvin, & combien le biographe était bien renfeigné. Ed.
S. De fratribus quieto nunc animo eris poft acceptas Claudii litteras. Nuncius qui attulerat, cum a con- cione redirem pofl horam nonam, rogavit an meae elTent paratse. Ne- gavi, fedjufTi ut domi meae prande- ret cum uxore (eram enim ipfe invi- tatus a Macrino). Statim a prandio ad futurum me promifi ut paucis refponderem. Non venit , fed mo- mento fe proripuit ut fluperem tam fubito difcefTu. Et tamen vifus mihi fuerat juvenis alioqui non malus. Utinam cogitent fratres fibi omnes difficultates ita expediri Dei manus
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le jour des Ides de Feurier. de laquelle lettre la fuperl- cription eft Eximio Vowini nôjiri Jefii Chrijii feruo Tevo Virero Laiifanenfïs eccleficp pajiori SymniJIe charijfimo. Et entre les autres chofes lefquelles il meél en laditte letrc
quo citius feftinent. Non oportuit cefTare Ifraelitas cumpatefaiflus illis effet exitus, quin mox ad fugam fe accingerent. Hoc fuilTet epidolae ar- gumentutn nifi nuncius me fefelilTet. Vemm ultro eos ardere confido.
Nunc venio ad veftra certamina. Si quid adhuc moleftiœ vobis improbi facefiant, cum iftee litterœ venient, hreviter complexus fum quonam agendi ratio mihi piaceat. Velim au- lem primum agi viva voce; deinde hoc fcriptum aut fimiie tradi. Ride- bitis forte quod nihil nifi vulgare pro- Teram, cum a me reconditum aliquid & fublime expeflaveritis. At ego me veRra opinione obflringi nolo, neque etiam sequum eft. Malui tamen inep- tus efie ita fcribendo quam tacendo committere, ut preces veRras a me negleftas putaretis. Si rationibus &. hac légitima via nihil fuerit afîeflum, clam apud Bernâtes agendum erit ne feram illam ex cavea emittant. De fœdere non fatis affequor men- tem tuam, nifi, quod fufpicor, quo Bernâtes auxilio vobis fint te ad ali- quam conjundlionem animum adji- cere. Ut quem admodum jure civi- latis libertatem populi tuentur, ita honeflo aliquo titulo tueantur minif- tros in oFRcio fuo. Si idefl; non im- probo; modo menimeritis ad hac extraordinoria remédia tune demum
ejje confugiendum, ubi ultimœ ne~ cejjitatis ejl exciifatio. Deinde ut omnes cautiones adhibeatis nequid in poflerum vobis noceat feme! fuifle adjutos, ac paflionis nunc tranf- iatae magis vos pceniteat quam priRi- née fervitutis. Marcurlius certe jam locum fibi defpondit. Fratrum etiam confenfum nihil fe morari prsedicat quia a magiRralu & populo expeâa- tur, iiec fremere inte dubitat. Deni- quecum ante tempus malitiam animi fui probat, machinis omnibus repel- lendus eR, ne emergat in locum unde efficerequodminatur poffit. De iis qui fub prcefidii fpecie perpetuam dominationis fedem figere hic vole- bant rumores Jlnamus in utramque partem hic vagari. Civiliter & placide occurfumeReorum impudentice,ila ut eos fui pigere debeat ; fpero quieturos noRris quantum pafTum fuadere ut fecuri dormiant. Servetus nuper ad me fcripfit ac litteris adjunxit longum volumen fuorum deliriorum cum Trafonica jactantia me Rupenda & haftenus inaudita vifurum. Si mihi piaceat hucfeventurum recipit. Sed nolo fidem meam interponere ; nam Ji venérit, modo valeat mea autho- ritas, yiyuin exire nunquam patiar. Jam elapji funt ultra quindecim dies ex quo Cartularius in carcere tenetur, propterea quod tanta pro-
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dudit Seruct il dicl ainfi Seruetus cupit hue venire, jed à
me accerciïus. Ego autem nunquam commitiam vijîdem meam
eaienus objiriélam habeaî. Jam enim conjlîmtum apud me
haheo fi veniai nunquam pari vt faluus exeai : C'efl à dire
Seruet defire de venir icy (aiïauoir à Geneue), mais il veut
eilre appelle par moy : mais ie ne ferai iamais fi grand'
faute que il aye ma foy afhrainte, ou liée iusqucs à
cela : Car i'ay délibéré en moy melme, s'il vient, ne
permettre que iamais il forte fauue. Quels termes ie vous
prie font ceux-là d'homme fi doux, & facile à pardonner
à ceux qui luy font defplaifir? La lettre dudidl Caluin eft
venue en mes mains par volenté de Dieu, & I'ay
monflrée à plulieurs perfonnes honorables, & encores
fcay ou elle eft : Mais ferait peu d'auoir vfé de parolles
fi peu chreftiennes, fi reffecfl ne fût enluyui : car lediél
Caluin chercha ce pendant tous moyens pour nuyre
audid: Seruetus, & pourchafTer fa mort : aufquelles fins
il efcrivit vne letre au Reverendifîime feigneur Cardinal
de Tournon pour lors vice roy en France, & en icelle
letre il accufoit Seruet d'herefie : dequoy lediél feigneur
tervia domi fuœ inter cenandum ad- runi me negavi, nifi his duabus ex-
verfum me debacchatus eil, ut conf- ceptionibus, ne quœ fufpicio in me
tet non fuiffe lune mentis compotem. rejïderet, atque ut Chrifti honor
Ego diffimulanter tuli nifi quod tef- maneret falvus. Jam defundtus fum.
tatusfumjudicibus, mihi nequoquam Expeélo quid fenatus pronunciet. gratum fore fi cum eo fummo in re Vale, frater & amice integerrime;
agerent. Volui eum invifere, Senatus cum fororibus noRris omnes vos falu-
decreto prohibitus fuit aditus. Et tant. Fratribus dices plurimam falu-
tamen boni quidam viri fcilicet me tem meo & fymmiftarum nomine. crudelitatis injîmuhint, quod Mm Dominus vobis femper ac veflris
pertinaciter meus injurias ulcifcar. fanftis laboribus benedicat. Rogatus Jum ab ejus amicis ut de- Genevae, idibus februarii 1546.
prccatoris partes fu/picerem, faâu- Joannes Calvin us tuus.
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Cardinal Te printfort à rire difant, qu'vn hérétique accu- foit l'autre. Celle letre me fut mÔftree & à plufieurs par monfieur du Cabre fecretaire dudi6l feigneur Cardinal. Cuillaume Trie efcriuit aufll à plufieurs à Lyon, & Vienne à rinftigation de Caluin fur ce propos, dont ledid Seruet {lit mis en prifon dont il échappa.
C^Ai>
CHAPITRE IV.
Or puis après l'an if ^3, Seruet échappé de prifon & fuyant de Vienne, fe retiroit en Italie, & palTa par la ville de Geneue vn iour de dimanche, auquel iour mefme il fe déliberoit d'en partir pour la crainte qu'il auoit de Caluin, s'afleurant toutesfois de n'eftre empefché ce iour-là fur les flatus & priuileges de la ville : nonobftàt lefquelz Caluin aduerty de la venue de Seruet, envoya incontinant fon feruiteur appelle Nicolas, pour faire donner les arrêts audiél Seruet, & fe faire partie contre luy, ce qui fut faiél le iour mefme : Et le lendemain Caluin envoya fon frère Antoine pour eftre caution de fon feruiteur (i). Or le pourchas de la mort de Seruet fut fi chaudement mené, & follicité par Caluin & fes adhérens, qu il fut brullé tout vif à petit feu au
(i) Il efl à remarquer que dans ce procès, auquel s'eft inféparable- ment aflbcié le nom de Genève, le prévenu (Servet), comme fes accufa- teurs (Calvin & Nicolas de la Fon- taine, Français employé par le pre- mier comme fecrétaire intime), étaient des étrangers.
Albert Rilliet, t. III, p. 26.
Le public peu inflruit était accou- tumé à n'imputer au parti calvinifle que le fupplice de Servet, M. l'an- cien pafleur Goberel, quoique tout dévoué aux réformateui'S étrangers,
indique crûment, dans fon Hijîoire de l'EgVife de Genève, quatorze exé- cutions capitales dues à ce parti juf- qu'en 1555, & à ce nombre il faut, pour rendre juflice à Calvin, ajouter les viélimes qui ont fubi leur fort avant le 27 mai 1564. Il efl à pro- pos de rappeler ici que lors du règne de Calvin & de fon parti, on fit mou- rir plufieurs citoyens innocents, pour lefquels on inventa des cas de lèje- majejîé, fondés fur Vintention ou la penfc'e de défobéir aux magiflrats. Calvin, l'apôtre & le réformateur.
grand contentement de ce fi doux & facile à pardonner père maiflre & amy du vénérable Théodore de Beze. le Icay bien qu'il me fera refpondu ce que Caluin efcrit pour fes excufes au liure lequel il cÔpofa après la mort dudidl Seruet contre fes erreurs : car entendant que plu- fieurs perfonnes efloyent fort fcandalifez de telle exécu- tion en Geneue, ayant peu de iours par-auant, iceluy Caluin mis en lumière vn liure par lequel il difoit que les hérétiques ne deuoyent eftre mis à mort : compofa dy-ie lediél liure contre les erreurs d'iceluy Seruet, excufantles Efcheuins & chefs de luftice de Geneue & foy mefme, de telle feuere exécution : allegant que lefdiéls Geneuesans ne dÔnerent telle sentence de mort contre Seruet, mais les cglifes de Zurich, Berne & Rafle. De manière que ceux de Geneue félon fon dire, ne furent que exécuteurs de la fentence defdiéles eglifes : ce qui efl; friuole & menfonge trop apparent, félon ce qu'on peut recueillir dudid: liure : auquel entre autres chofes, il dit que les eglifes des Souyfl"es l'auoyent condamné à mort. Et à fin (dit-il) qu'il apparoifl^e à chacun que ce que ie dy foit véritable ie mettray icy la letre des feigneurs de Zurich qui pour caufe de briefueté feruira de tefmoingnage pour toutes les autres qui font de la mefme teneur. Or qui aura ledid hure de Caluin de la mort& erreurs de Seruet, qu'il con- fidere dihgemment la fufdiéle letre de Zurich contre
fe Iranfportait fans ceffe au Confeil, blâme fur fa conduite ou fes paroles, dont il ne faifait pas partie, pour J.-i.-G. Gali??e. Notices, t. U\,
obtenir des fentences de mort, me- p. 226.
naçait, dans fes fermons, de faire Tout reproche adreffé à Calvin
pendre les jeunes genevois par cen- ou aux miniftres était confidéré
taines, &l pourfuivait à outrance ceux comme un blafphême contre Dieu
qui avaient ofé jeter le moindre &. l'Eglife réformée.
I
2f
Serucc, il n'y trouuera chofe plus griefuc ny concernant la mort d'iceluy que cefte fentence feule. Veftrum fit videre quomodo temeritatem hominis hiiius coercearis, c'efl à dire, fera à vous à regarder comment vous reprimerez la témérité de cefl homme : mais il n'y a aucune mention de le faire mourir (i). le n'efcri point ces chofes pour defplaifir que i'aye de la mort d'vn fi ord, & monftrueux hérétique que fut Seruet, car il efloit du tout mefchant & indigne de conuerler auec les hommes : & defireroy que tous fes femblables fuiïent exterminez : & feghfc de noftre Seigneur fut bien purgée de telle vermine (2) : Mais ie prefle cecy pour monftrer Fafluce de Sathan, qui pour deceuoir les pauures ignorants trop crédules, à fuf- cité vn iafeur affetté : & induit à louer du tiltre de dou- ceur, bénignité & facilité à pardonner vn trefmaling, cruel, & vindicatif perfonnage. De la malignité duquel on voit encores vn autre manifefte figne en la mefme letre fienne à Pierre Viret par ces parolles exprefles Vnumprœ- rerieram Teirum oAmeiim Canularium, îeneri mea caufa in
(1) En 1758. Voltaire écrivait de {Lettres inédites de Voltaire, éd.
Laufanne, en 1758, à Jacob Vernes : de Cayrol, Didier, 1856, t. I, p.
« Continuez l'hinoire de votre pa- 278.)
« trie, ce travail vous fera beaucoup (a) BolTec, en émettant un pareil
« d'honneur; vous avez raifon de vœu, vœu de nouveau converti, a le
« dire que Calvin joue le rôle de grand tort, à notre avis, d'oublier
« Cromvvel dans l'affaire de i'affaffi- cette belle parole de Notre-Seigneur
0 nat de Servet. Hélas! ce pauvre Jéfus-Chrift à fes apôtres, qui lui
« Servet avoit déclaré nettement que demandaient de faire defcendre le
a la divinité hcibitiiit en Jéjus- feu du ciel fur ceuxqui refufaient de
» Chrijl, & plus nettement qu'on le le recevoir : Vous ne. Jave-ç pas de
a déclare aujourd'hui. PuifTe l'Etre quel efprit vous êtes. Le Fils de
« éternel faire miféricorde à Jelian l'homme nejl pas venu pour perdre
« Chauvin, de Noyon, en Picardie, les âmes, mais pour Ics/auver. 0 pour un fi grand crime! » (S. Luc, IX, 5^)
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carcere iam vitra quinJecim dics. D^imc crudeliiaris accu for à quibiifdam qiiod vUionem lam ohjlinato animo profequar, ro gants fum vt me deprecatorem velim interponere . tHjgaui me id faâurum, donec mihi conjlet quihiis me calumnijs graiiauerit. C'eft à dire, Taucy pafle en filence vne chofe, ceil que Pierre Ameau, faileur de Cartes, efl par mon infiance en prifon dés quinze iours en ça. Maintenant ie luis accufé de cruauté par aucuns, de ce que ie pourfuy la vengeance de couraige fi obftiné. le fuis prié de m'en- tremettre pour intercéder contre ce que pourchaiïoy : i'ay dit que ie ne le feroy point, iufques à ce que i'aye certitude de quelles calumnies il m'a chargé. Sont ce pas paroUes & fentences dVn homme doux, bénin, & facile à pardonner les iniures qui luy font faiéles, tel que le dcfcrit ce bon & fainél prophète de Bczc.
'^jji£)
CHAPITRE V.
Or c'efl trop demouré fur ce point, il faut pafler plus outre de la vie & faits dudiél Caluin tant exalté en la préface de Théodore de Beze en genre de vertus, fincerité de vie, & de doélrine. Voyons premièrement de fes mœurs, & aéles : puis nous dirons de fa doétrine. De fa natiuité en la ville de Noyon en Picardie l'an i ^09. le né dy autre chofe (i) : De fon père Girard Cauuin^ pareil-
(i) Généalogie de la famille de Calvin.
I. Gérard Calvin ou Cauvin, de Noyon, en Picardie, eut de Jeanne Lefranc :
1° Ciiarles Cauvin, décédé le 3 1 oftobre 1537;
2° Jean Calvin; il prit le nom de Calvin vers 1 540. Il n'eut pas d'en- fant, mais il fut marié; il avait, pendant fon féjour à Strasbourg, époufé Ideletle ou Odelette de Bu- res, veuve d'un anabaptifte nommé Stoerder, dont elle avait plufieurs enfants. Calvin n'eut qu'un enfant de fa femme, encore celui-ci mourut-il en venant au monde en 1546; s'il eût vécu, M. de Falais devait en être le parrain. 11 fut reçu bourgeois de Genève le 25 décembre 15") 9, &• mourut le 2 7 mai 1 5 64 ;
3° Antoine, qui fuit :
II. Antoine Calvin, reçu bourgeois de Genève le 3 août 1546, gratis,
en confidération de fon frère, du confeil des Deux-Cents en 1558, des Soixante en 1570, i" 1573. Il tefta le 28 mars 1569, époufa : 1° Anne, fille de Nicolas Le Fert, di- vorcée pour adultère, en 1557, &. remariée à noble Jean Louis Ramel ; 2° le 14 janvier 1560, Antoinette Commelin, veuve de noble Jean de Saint-André, miniflre, fille & héri- tière de ToulTaint Commelin, bour- geois de Douay. Il eut du premier lit:
1° Samuel Calvin, fils défobéifTant réduit à un tiers de portion hérédi- taire, vivant en 1590;
2° David Calvin, encore plus dé- fobéiffant, réduit à un fixième, né en 155 1 ;
5° Anne, femme de Firmin Ba- chelier, qui fut reçu bourgeois de Genève, gratis, en 1565, pour l'amour de fon beau-père ;
4° Suzanne, morte de pede, à 21 ans, 1 571.
2S
lemcnt ie n'en diray finon que ielon vne acteftation faide des plus apparats de laditte ville de Noyon, Ôc baillée par efcrit de notaire iuré à vn Bertelier fecretaire de la Seigneurie & cÔseil de Geneue, fut vn très-execrable blafphemateur de Dieu. le puis dire cecy pour auoir veu laditte atteftation es mains dudit Bertelier, qui auoit efté expreflement enuoyé pour avoir information de la vie & mœurs, & de la ieuneife dudit Caluin : Et en laditte atteflatiÔ eftoit contenu que ledit Caluin pourueu d'vne cure <Sc d'vne chapelle, fut furprins ou conuaincu du péché de Sodomie, pour lequel il fut en danger de mort par feu, comment eft la cômune peine de tel péché : Mais que TEuefque de laditte ville par compaffion feit modérer laditte peine en vne marque de fleur de lys chaude fur fefpaule (i), iceluy Caluin confuz de telle
Et du fécond lit :
5° Jean, qui fuit :
6° Dorothée;
7° Judith;
8° Marie.
Toutes trois mortes de pefle en 1571. Marie, fuivant le tedament de fon père, avait été oubliée dans le teflament de fon oncle, parce qu'elle n'était pas née.
III. Jean Calvin, du Confeil des Deux-Cents, en 1590, -{• i6oi,te[la le 10 juillet 1690, en faveur de fa mère à laquelle il fubftitua Pierre de Saint-André, fon frère.
Le cachet de Calvin, qu'on voit à une de fes lettres de 1 542, portait une main &. poignet fortant du flanc dextre de l'écu, & tenant un cœur en pal.
(i)Le cardinal de Richelieu dit fagement : « Ce qui doit pafTer pour a une convi(5lion indubitable des cri- ci mes imputés à Calvin, efl que de- « puis qu'il a été chargé de cette a accufation, l'Eglife de Genève, « non-feulement n'a pas juflifié le « contraire, mais même n'a pas nié « l'information que Bertelier, envoyé K par ceux de la même ville, fit à « Noyon. Cette information était « fignée des plus apparents de la « ville de Noyon, & avait été faite
0 avec toutes les formes ordinaires a de la juflice; & dans cette même
1 information on voit que cet héré- « fiarque ayant été convaincu d'un a crime abominable, que l'on ne <c punit que par le feu, la peine » qu'il avait méritée fut, à la prière
29
vergongne & vitupère, fe défit de fes deux bénéfices es
« de fou evêque, modérée à la fleur
« de lys Ajoutez à cela
« que Bolfec, ayant rapporté la « même information, Berteiier, qui « vivait encore au temps de Bolfec, v ne le démentit point; ce qu'il eut 11 fait fans doute s'il eût put le faire " fans trahir le fentiment de fa con- « fcience & fans s'oppofer à la « créance publique. Ainfi, le filence « & de toute une ville intéreffée &. a de Ton fecrétaire, ert, en celte •< occafion, une preuve infaillible « des dérèglements imputés à Cal- <■ vin(i). »
Varillas (2) parle de deux enquê- tes qui furent faites à Noyon, par Turbes, l'une fous le règne de Fran- çois l", &. où quarante-huit témoins
irréprochables dépofent ; l'autre par ordre de Henri II, fignée par cin- quante-deux témoins &. qui renfer- me les principales circonflances qui manquaient à la première. Et cet hiftorien rapporte fur la foi de ces deux enquêtes, qu'il dit avoir lues à la Bibliothèque du roi, à Paris, ce que d'autres écrivains avaient publié longtemps avant lui : « Je ne connais « rien de plus véridique, dit-il, ni de a plus authentique que ces deux aâes, n 6- d'ailleurs aucun calvinijîe juj- « qu'à prefent ne s'eji infcrit en a faux contre l'un, ni contre Vau~ « tre. » Varillas, en outre, entre dans des détails qui ne fe trouvent pas dans le livre de Bolfec.
Maimbourg(5) nous apprend qu'i
(i) Voyez, pour l'examen de cette quef- tion hidorique : i" l'Ombre de Roujfeau en reponje à l'ombre de Calvin, in-S", Genève, ifi;5; 2° Une favante differtation de M. Magiiiii, dans les pièces juflificatives de fon Hifiûire de l'ctabliJJ'ement de la Réforme il Genève; 3° Difcours fur le crime contre nature & la Jltiriffiire reprochés à Jean Calvin, par ROISSELET DE Saucliéres fils, de Nîmes ; cette brochure de 107 pages forme un fupplèment au 111' volume de l'Hiftoire du Protejlantifme en France, depuis fon origine jufqu'à nos jours, Montpellier, qua- tre volumes in-fS", 1837 à 1839. L'auteur y difcule fèrieufement lesnombreufes pro- babilités de crime imputé à Calvin, & éta- blit la véracité de Bolfec par de nombreux documents ; en outre, il prouve que l'accu- fation avait déjà été portée par Surius, en i')(i(j; par Turbes, fous Frauçois l" & Henri 1 1 , par Simon Fontaines, en 1557, par Stapleton, en 1558; par Lavacqiicrie,
en 15O1; par de Mouchi, en 1562; par du Préau, en 1569; par Whitaker, avant 1570. Et malgré l'exiftence de ces divers auteurs qui ont tous paru avant 1577, époque de la publication de l'écrit de Bolfec, les cal- viniftes s'obflinent toujours à vouloir le re- garder conune la feule autorité, le fonde- ment de cette terrible accufation.
On peut confuller fur le même fujet Joly, Remarques fur Bjyle , pages 257 & fuivantes, où la queflion eft férieufement difcutée & les auteurs cités à l'appui.
De tout cela il réfulte que Bolfec n'a rapporté qu'un fait généralement accré- dité, à lui affirmé par Berteiier qui avait vu les enquêtes, & que, le fait fùt-il faux, ce dont il eft permis de douter, la bonne foi de Bolfec ferait entièrement justifiée.
(2) Hijloire Je ihéréjie, t. I, à la fin de la préface.
(3) Hijioire du catvinifme, p. 312.
mains du curé de Noyon, duquel ayant receu quelque fomme d'argent s'en alla vers AUemaigne & Itallie : cherchant fon aduenture, & paflfa par la ville de Ferrare^ ou il receut quelque aumône de Madame la Ducheiïe. Mais ie ne vueil pas laiiTer paiïer que fe partant de Noyon, il changea fon furnom de Cauuin en Caiuin prenant ce nom, ou ignoramment ny confiderantpas plus outre (j) : ou deliberemët par ce que ce nom côuenait
fait grâce aux calvinifles du crime imputé à Calvin, mais il ne démentit pas l'accufation foutenue par des hommes auffi Tavants que Leffius & Riclielieu.
Ce n'efl pas feulement à Noyon que des contemporains de Calvin l'ont accufé d'avoir des mœurs dé- pravées.
a On dit, raconte Florimond de « Rémond (page 883), &. plufieurs « autres l'ont écrit, que le principal « du collège de Boncourt accufa « Calvin du grand &. vilain crime, u &, fur la plainte que de jeunes « gens lui firent, il y eut fenteiice par >< contumace donnée contre lui. »
M. J.-B.-G. GalilTe(i}, auteur gene- vois inftruit & confciencieux, exprime l'opinion que les vices, reprochés à tort à Calvin dès fon jeune âge, con- cernaient un autre membre de cette famille noyonnaife, portant le même nom de baptême que le Réformateur, & chapelain comme lui dès l'âge de douze ans, qui aurait été fon ne- veu. Notre impartialité nous oblige
à mentionner cette opinion que nous n'avons aucun moyen de contrôler ; nous favons auffi que c'efl celle de LevafTeur, qui entreprit auffi de jufli- lier Calvin (2). Cela prouverait donc que les regiRres de Noyon renfer- ment un afle de condamnation con- tre un Jean Cauvin, dont les apolo- giRes ne font aucune mention par des motifs trop faciles à apprécier.
(i) Nous remarquerons, pour ceux qui ne le favent pas encore, que ce ne fut qu'à fon retour de Strafbourg, que le Réformateur changea défini- tivement fon nom français de Cau- vin en celui de Calvin. La première orthographe efl invariablement em- ployée, jufqu'à fon arrivée, par le fecrétaire du Confeil.
Le 21 novembre 1841, on rem- plaça pour la première fois le titre de Maître, qui lui avait été donné jufques-là, par celui de Monjîeur, qu'on ne donnait alors qu'aux gens de qualité.
Peu de temps avant, on lui avait fait cadeau d'une jolie robe de drap,
(1) Quelques pages d'hijioire exaâe, p.igc II».
(2) Annales du chapitre de l<!olre-Dame- de-l^oyon, Regijires du chapitre.
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auec fes mœurs conformes à celles d'vn Caluinus malin, & vindicatif perfonnage, auquel Juuenal efcrit fa tre- ziefme fatyre luy attribuant ce vers. c4t vindklabonum quo non fœllicius vllum(]). c'efte à dire, vengeance efl vn bien plus heureux que tout autre. Il fut auffi vn temps qu il fe faifoit appeller Charles de Heppe ou Happe ville : & ainfî fe foubfignoit en toutes fes lettres.
garnie de fourrures, le tout coûtant huit écus (environ 450 fr.).
J.-B.-G. Galiffe. Nouvelles Pj- Ses, p. II.
(i) Bolfec efl rarement textuel dans les citations qu'il fait; on pour- rait croire qu'il s'en rapporte à fa mémoire, toujours efl-il que le fens des paroles qu'il cite efl toujours par- faitement analogue à celle de l'ori-
ginal. Le vers 1 80 de la fatyre XIII, de Juvenal eR ainfi conçu : At vin- dida bonum ejî viîà jucundius ip/à.
La traduélion en efl facile, mais pour exprimer le moyen de favourer le bonheur qu'indique le vers cité, un auteur difait :
« La vengeance efl un mets qui gagne à être mangé froid. »
CAî^
CHAPITRE VI.
Or il ne nous faut arrefler en fi beau chemin, venons à fa venue en la ville de Geneue enuiron l'an if 37- ^ des menées fubtiles lefquelles il feic peu après y auoir eflé receu pour miniflre ambitieux, & defireux de nouueau- tez qu'il cftoit (i), induid: les autres miniflres de la ditte ville fes compagnons afTauoir Guillaume Farel, & vn Courault, que pour deitruire la Papauté il falloit chan- ger le iour du Dimanche au védredy : & en iceluy vaquer de toutes œuures, 6c faire le iour de fefte. Plus qu'il falloit bailler la cène en pain leué : & non pas en pain iaune comme eft partout la couflume. Ces deux compaignons menés d'vn mefme efprit auffi toft confen- tirent à fa fuafion : & de faid: tous troys d'vn accord prefenterent requefte au confeil de la ville lur ces deux points. Il fut conclu entre les feigneurs du confeil, que c'eft affaire feroit cÔ.muniquee aux feigneurs de Berne leur cÔbourgeoys & alliez, auant que d'en déterminer. Meffagers furent enuoyez auifufdits feigneurs defquelz la refponfe fut, qu'il ne falloit facilement innouer, ne rom- pre les enciennes couftumes : ôc que cela ne feroit finon J exciter fcandale fans befoing ne prouffit aucun : mais ' que bien toft ils feroyent aflembler un Sinode en la
(i) Lorfque Calvin vint à Genève pas créé prorelTeur de théologie,
en 1536, Farel & Veret lui donnèrent comme dit Bèze, puifque l'Académie
la place de Minijfre de la pLirole de n'était pas encore fondée. — Sene-
Dieii & le chargèrent de faire des hier, HiJJ. Litt., t. I, p. i8j. leçons de théologie, mais il ne fut
33 ville de Laufanne, auquel ilz feroyent propofer ces deux articles, & l'on obferueroic ce qui en feroit conclu & arrefté, A la ledlure de cefte refponfe furent appeliez en conieil les trois miniflres Farel, Caluin & Courault, & fort aimablement priés d'aquiefcer au vouloir des feigneurs de Berne, 6c de ne changer chofe aucune. Caluin mal aifemét fouffrant cÔtradi(5lion, chercha tous moyens pour paruenir au but de fon entreprife, déli- béra ôc arrella auec fes deux compagnons qu'il falloit exciter trouble & diflenfion entre les citoyés, & inciter le peuple de foy aiïes enclin à mutination contre les gouuerneurs, (indiques, & feigneurs du petit confeil, efperants en quelque dilTention & difcord de ville, de mettre en exécution ces deux points fans contredite.
<:aM:)
CHAPITRE VII.
Pendant ce aduint que du moys de feurier i5'37, Un Legier Befchauc^ & quelques autres ieunes follaftres enfans de la ville furent mis en prifon pource que vn iour ilz fe promenerét par la ville tous portans chafcun vn porreau au bônet pour vn bouquet. Farel les alla trouuer en la prifon & leur diél mille parolles rudes & oultrages côme aufïï il efloit fort excefTif en cholere, & de cerueau peu rafiîs au rapport de tout homme qui Tha congneu & pratiqué. Or cÔgnoilTans les feigneurs du cÔfeil la(fte de ces prifonniers procéder plus de ieuneiïe & follie que de maligne entreprinfe^ après quelques remontran- ces, & corredions de parolles, les mirent hors de prifon. Sur ce lefdits miniftres prindrent argument, & occafion de crier en leur prefches contre les feigneurs du con- feil. Courault entre les autres s'efcarmouchoit en chaire, & difoit infinis opprobres d'eux. Le dizielme de Mars, vn dimanche auquel iour on deuoit tenir confeil gênerai, Caluin prefchant à Riue diél ces mots exprès, que le confeil qu on debuoit tenir efloit confeil du Diable : & diél: plufieurs opprobres, & villanies contre les feigneurs du confeil tendant à diffention, & tumulte. Fay recité cecy quafi de mot à mot, cÔme elles ont efté tranfcrittes du liure Rouge qui efl en la maifon de la ville, & fcay ou en eft ledit efcrit au commandement de qui le voudra veoir. Le douziefme dudit moys de Mars, furent appor- tées lettres des leigneurs de Berne à ceux de Geneue, pour les aduertir que le fmode duquel ilz leur auoient
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parauàc efcrit feroit tenu à Liufanne le dernier iour du mefme mays de Mirs. Et furent leuës ces lettres en prefence de Farel & Caluin, à cède caufe appeliez au confeil en la maifon de la ville : & leur fut fait com- mandement d'y aller : en femble prières amyables de n'oultrager, & mefdire ainfi en leur prefches publi- quement du magiftrat : Mais que s'ilz congnoifîoyent aucuns d'eux vicieux & maluiuants, après auoir vfé en leur endroicfl de la correction fraternelle félon la doctrine euangelique : & iceux vicieux ne s' amendant, le faifant fauoir au magillrat, il en feroit faiél ce qui apertiendroit à iuftice pour toutes ces remÔftrâces, & prières, ledit Farel, Caluin, & Courault miniflres, ne voulurét defifler de crier en leurs prefches contre iceux feigneurs du confeil les blafmant vitupérant, & diffa- mant. Dont ilz vferent de menaces & defences rigoureu- fes fur peines : Mais tout cela fut en vain, ne pour toutes defences voulurét ceffer : fur tous Courault vfoit de ter- mes fort ellranges, & piquants les appellant iurôgnes pourceaux & encores pis.
Caî^
CHAPITRE VIII.
Le vint & fiziefme dudit moys fut faite eledion dVn des feigneurs du confeil pour aller audit finode à Lau- fanne^ comme AmbafTadeur de la feigneurie de Geneue : & tomba Teleélion fur vn feigneur lean Philippin^ auquel fut deliuree fomme d'argent pour les defpends fiens & des deux miniflres Farel& Caluin ; auxquelz comme diél: efl, auoit eflé faid: commandement d'y aller. Vray efl qu'ilz allèrent à Laufanne : mais par vn mefpriz orgueilleux ilz ne fe retrouuerent onc en ralTemblee des autres miniflres : ains s'alloyent efbatre par la ville & dehors fans y afîif- ter vne feule fois : duquel ade ie laiffe le iugement à toutes perfonnes de fain entendement de quel efprit eftoyent menez telles gens. Le dimanche feptiefme d'Auril^ Courault en fon prefche criant plus que deuant contre lefdids feigneurs les blafmant & vitupérant^ pro- nonça ces propres paroUes : les fmdiques ont les pieds de cire. Puis peu après il dit qu ilz penfoyent totallement que le royaume de Dieu fut vn royaume de grenouilles. Le dixneufiefme dudit moys fut apportée vne lettre des feigneurs de Berne, par laquelle ilz prioyent ceux de Geneue quilz miffent peine à la cÔformité de leurs eglifes, & feiflent tenir les cérémonies, & ordonnances conclues au fufdit finode de Laufanne. Farel, & Galuin appeliez au confeil, furent prefens à la lecfture de ladidle lettre : puis leur furent faides prières fort affedionnees, de n'innouer chofe aucune, mais de fe conformer entie-
37 remet aux cérémonies des Eglifes de Berne;, lefquelles iceux feigneurs de Geneue, & toute la ville auoyet pro- mis de obferuer & tenir. Et parce que lefditz deux minil- tres monflroyent en leurs chères : & donnoyent à enten- dre par lignes qu'ilzne fi accordoient point, leur furent adiouftees aultres prières de la m.efme teneur de n'inno- uer pour le moins en celle felle de Pâques qui eftoit deux iours apreSj aflauoir le vingtvniefme d'Auril ou Ton com- mençoit à conter Tan de grâce 1^38. Et leur fut promis que au Sinode qui deuoit élire tenu à Surich auant la penthecolle on aduiferoit de faire quelque chofe plus à leur contentement.
z^ià:)
CHAPITRE IX
Ce iour mefme dixneufiefme Auril fut faiéle confé- rence auec les Baillifz de Ccx, & de Ternier, & promi- rent tous de faire obferuer vne conformité-de cérémonies en Texhibition de la cène fans changement aiilcun : & parce que le matin dudit iour nonobflant les charita- bles, & affeélionees prières qui avoient efté fouuent faiéles par auant tant a luy qu'a fes compagnons : plus defenfes rigoureufes de n'vfer pour faduenir d'inuedli- ves, opprobres & iniures contre le magiflrat. Courault auoit faiélpis que parauant. Il luy fut faiéle inhibition de plus prefcher, & cÔmandement de fe contenir de la chargée & office de miniflres. Ce mefme iour dixneu- fiefme Auril, le grand Saultier alla par commifTion des Sindiques, & Seigneurs du cÔfeil trouuer Farel & Caluin en leur logis, pour les prier de donner la cène le diman- che prochain iour de Pafques félon la manière accoutu- mée des Eglifes de Berne fans innouation aucune : Hz refpondirent abfolument audit grand Saultier, qu'ilzn en feroient rien : & qu'ilz ne fe gouuerneroient félon les ordonnances de Berne. Iceluy grand Saultier feitfon rap- port en confeil. Le iourfuyuàt vingtiefme Auril veille de pafques, Courault contre la defcnfe qui luy auoit efté faiéle le iour précèdent de prefcher ny exercer le minif- tere alla prefcher à faint Geruais, difant plus d'iniures contre le magillrat qu'il n'auait encore faidl parauant : pour laquelle contumace, & rébellion il fut mis en pri-
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fon. Ce que ayant entendu Farel ôc Caluin, s'en vindrent à la chambre du confeii ou entre plufieurs fort arrogan- tes & audacieufes parolles qui ne fentoyent aucunement la dodrine, & modeflie chreftienne, Farel prononça de grande cholere ces mots exprès. Que ceux qui auoient faidl mettre Courault en prifon, & en efloient confen- tans auoient mal & mefchamment faiél comment mef- chants & iniques. Nonobllant ces oultrages diéles auf- di6l Seigneurs en leur prefences affis en confeii : Hz furent de rechef fort humainement priez de vouloir faire ce que les Seigneurs de Berne leur auoient efcrit. Ce qu ilz refuferent de faire tout a plain, & s'en allèrent en leur logis. Lefdits feigneurs du confeii fort fâchés, crai- gnans que fcandale ne furuint en leur ville fi on ne donnoit la cène félon la manière accouflumee & recom- mandée par les feigneurs de Berne leur alliez & com- bourgeois, renuoyerent reprier pour la troifiefme fois Farel & Caluin par ledit grand Saultier comment deifus efl did, ce que ilz refuferent abfolument de faire. Pour la quatriefme fois cherchants lefdits feigneurs du confeii tous moyens d'euiter fcandale en leur ville, & d'entrete- nir lamitié des feigneurs de Berne par la conformité des cérémonies obferuees en leur Eglifes : allèrent retrouuer le feigneur Louys de Diefbach gentilhomme Bernoys, d'honneur, & authorité qui d'auanture elloit arriué à la difnee à Geneue, & lui monftrerent la fufditte lettre des feigneurs de Berne, fur la conformité des cérémo- nies : & luy feirent entendre la proteruité, & rébellion obftinee de leur miniflres Farel & Calvin, qui n'y vou- loient entendre. Dont ilz le prièrent de daigner prendre la peine de leur remonftrer & exhorter à laditte obfer-
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nation de conformité;) pour euiter Icandale & moquerie qui en pourroit aduenir entre les eftrangiers circonuoi- fms. Mais iceux miniftres Farel & Caluin, feirent auflî peu pour ledit Seigneur de Diefbach que pour les autres entièrement : nyants & refufans de le faire. Voilà fort bel argument pour prouuer la belle comparaifon laquelle fait Théodore de Beze en fa préface fufditte de fon père, maiftre, & amy Caluin auec faindl Paul, qui di<5l, quieft celui qui efl troublé entre vous : & ie nen brufle? Il voit toute la ville troublée pour le changement de céré- monies qu'il veut faire : on luy remonllre l'inimitié qui en peu t aduenir, & naiftre des feigneurs de Berne contre ceux de Geneue : Et nonobftant ce, il demeure inexo- rable & à urté opiniaftre. N'eft-ce pas pernicité Diabo- lique 6c infernale obftination? Le iugement en foit à toutes perfonnes de bon & fain entendement.
CA3*ei;
CHAPITRE X.
Confiderans lefdits findiques & feigneurs du confeil, la dureté & contumace de ces deux miniilres^ pour mettre ordre que la cène le donnait le lendemain fans fcandale & changement de cérémonies, leur feirét defence de plus prefcher en leur ville & iurifdicfliô : & cÔmirent la charge de prefcher & dÔner la cène le lédemain iour de pafques à vn maillre Héri de la Mare. Laquelle chofe, ayant entendu Farel & Caluin, allèrent retrouuer ledit de la Mare en fon logis, & luy dirét infinis oultrages Fappellant oultrecuidé, téméraire & prefumptueux d'en- treprendre telle office & charge. Et plus Fexcommunie- rent & anathematizerent de la congrégation des fidèles & reformés en feuangille : le menaçant du rigoureux lugement de Dieu voire de damnation s'il acceptoit celle office. Le pauure de la Mare efpouuenté de telles mena- ces, leur promit de ne s'en empefcher : & de faicft il ne fe retrouua pour le lendemain prefcher, s citant caché ou retiré hors la ville. Mais Farel, ôc Caluin contre la deffence qui leur auoit elté faiéte allèrent prefcher, Caluin à Riue & Farel à fainét Geruais : & ne donnèrent point la cène dont vint vn trefgrand fcandale & bruit entre le peuple de la ville & des circonuoifins, qui eftoyent venus pour prendre laditte cène. Et d'auantage, ilz dirent mille opprobres & vilanies contre les findiqucs & feigneurs du confeil, tachants à efmouuoir fedition 6c d'enflammer le peuple contre les gouuerneurs 6c ma-
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giftrats : Entreprinfe vrayemenc Diabolique fentant les rufes de Tencicn père de difcorde & tumultes. Théodore de Beze en fa belle préface fufditte, en parle bien aultre- ment & à faduantage de fon maiflre^ père & amy : cachant toute cefte hyftoire efcritte bien au long au liure Rouge de laquelle ie me vante auoir veu la copie & fçay ou elle fe peult retrouuer encores. Et didl fimple- ment que il fut banny pour n auoir voulu bailler la cène en vne cité fi troublée^ diuifee, & meflee. Mais cefte couuerture efl par trop legierement fardée : par ce que fon feul but eftoit de faire bailler la cène en pain leué, & en à toufiours eu le defir comment caché en fon efprit, ce qu'il à manifefté ces ans derniers aufquelz ont efté od:royes les prefches en quelque lieux de France : car par fon ordonnance, la cène ell ainfi baillée par leur iTiiniftres iufques à prefent : Et à fon retour à Geneue encor feufl il fai<5l obferuer n euH eflé la promefle & délibération des Geneuefans de tenir les cérémonies des Eglifes des Berhoys : Toutesfoys n'ont ilz fceu tant faire que ledit Caluin, tant il eiloit defireux de changements & nouueaultés, n'aye remué & changé plufieurs chofes defquelles lefdits Bernoys ne tiennét rien. CÔme pour les fpecifier en premier lieu, il à conllitué la fefte le mer- credy iufques après le prefche ce qui n'eft obferué ez pais de Berne, dont comment par moquerie lefdits Ber- noys appellent ce iour du mercredy la fefle de Caluin. Secondement, il à ofté les felles de la natiuité de noflre feigneur lefus-Chrift, de la circoncifion, de fannuncia- tion, de l'afcenfion lefquelles les Bernoys font obferuer en leur païs, & font punition des trangreffeurs qui tra- uaillent ces iours la en leurs terres ôc feigneuries, com-
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ment au contraire font chaflicz 6c mis à Famende voire en prifon ceux qui ferrent boutiques & ne trauaillent lefdits iours à Geneue. Tiercement il à inflitué que la cène ne fe donne pas à Geneue, ne aux paroifTes, fu- hiedes le iour mefme de la natiuité : mais le dimanche plus proche deuant ou après ledit iour : ce qu'ilz obfer- uent encor en toutes les eglifes vouées à la religion dudit Caluin : Mais les Bernoys enfuyuent toufiours leur en- cienne Couftume. Quartement, n'a il pas ordonné de donner à Geneue la cène le premier dimanche de feptem- bre, ce que les Bernoys ne font pas, ne les autres can- tons qui ont laiiTé la mefle. le laiiïe pafTer la diuerfité des cérémonies au facrement du baptefme, & plufieurs autres fatras, qu'il à inuenté pour paroir plus que les autres : 6c d'auoir drefle quelque chofe de mieux qu'il n'ya aux autres lieux qui fe difent reformez. Dont il appelloit les paroiiïes des Bernois petits cabarets 6c les miniftres frippons : Tels termes il tenoit parlant ou efcriuant lettres famillieres à quelcuns les incitant de fe retirer a Geneue : Et me vante d'auoir veu les lettres fiennes au fieur de Fallais eflàt à Strasbourg, efquelles il vfoit de ces propres mots : fi vous délibérez de vous retirer en ces quartiers de Sauoye, ie vous confeille de ne vous arrefler aux terres des Bernoys, ou ne font que cabarets mal ordonnez, 6c leur minières la plus part frippons : Mais venans en Geneue laquelle vous verrez ornée comme vne Hierufalem de perfonnages dodles, 6c de qualitez fïngulieres, vous receurez incroiable ioye, 6c confolation. le conclu donc que ceft trop entreprendre à Théodore de Beze de vouloir endormir les gens par iaferies 6c par langages fardez, defguifer la vérité.
CHAPITRE XI.
Or il faut entendre ce qui aduint touchant le ban- niflement de Caluin félon qu'il efl efcrit au liure Rouge. Le lendemain de pafques vintdeuxiefme Auril, fut tenu le confeil des deux cens : auquel fut raporté amplement tout ce qui auoit efté faid: touchant les exhortations & amiables prières enuers les miniftres Farel & Caluin : com- ment ils auoyent efté non feulement inexorables^ & obfti- nez : mais encor rebelles & contumacieux contre les defences à eux fai6les comme cy deuant à efté traicflé. Et outre, le fufdit maiftre Henry de la Mare ne peut cacher les iniures, & menaces faidles par Farel & Caluin en fon endroit. Et tout cela bien confideré fut faiél déli- bération en ce confeil & aflemblee des deux cens, que lefdit Farel, Caluin & Courault, feroyent bannis de la ville & feigneurie pour leur obftination & contumacieufe oultrecuidance : & que les cérémonies receues & accou- ftumees aux Eglifes de Berne confirmées au finode der- nier célébré à Laufanne, feroyent obferuees en TEglife de Geneue & aux paroiffes à eux fubieéles fans y rien changer, ne innouer. Le iour fuyuant vingtroifieme Auril, fut tenu le confeil gênerai auquel fut arrefté, & conclu tout ce que les deux cens auoyent délibéré. Et aduertis Farel & Caluin qui fe tenoyent cachez en leur logis, de leur banniffement : & de firritation du peuple contre eux, s'en fuyrent lecretement hors la ville, & fe fauuerent de vifteiïe. Voila la vraye & fincerc caufe du
4f banniiïement de Caluin : & doibt eflre plus donnée foy à vn magiflrat & à refcrit faici: par Ton commandement au fecretaire ordinaire, que à vn particulier affeClionné enuers celuy de qui il efcrit : mefmes quand la vie, & mœurs dudit particulier efcriuant font notez icy. Or de la vie actes, & mœurs du perfonnage, i efpere comme dit eft, d'efcrire amplement & vifuement en peu de iours au grand contentement des gens de bien ôc de bon iuge- ment : mais au regret de ceux qui font lyez & vouez à leur doclrine & deuodon. Or comment il retourna à Geneue, Ihyfloire efl toute au contraire de ce que Théo- dore de Beze en à efcrit, comme gens de bien & d'au- thorité en font très bien certifiez. Car par l'importunité de fes lettres : lefquelles il efcriuoit, & enuoyoit aux prin- cipaux de Geneue, au nom toutesfoys de plufieurs per- fonnes de qualité d'Allemaigne, il feit tant par fes fubtiles & cauteleufes inuentions ou pratiques, que lefdits Geneuefans le renuoyerent chercher & quérir à Straf- bourg ou il s'efloit retiré aiïez fimplement : & touchât ce que ledit de Beze efcrit que fut outre fon vouloir qu'il retourna à Geneue, ôc que pour le faire confentir qu'il fallut venir aux menaces des iugements de Dieu s'il n'obeifToit à cefle vocanon : Ce font vrayes baleuernes, & comme on dicft brides à veaux pour tromper trop crédules, & idiots, femblablement infinis autres iaferies qu'il entremefle pour exalter fon père, maiflre, & amy aifauoir qu'il fut receu à Strasbourg des Dodles comme vn trefor. Qu'il lifoit en Théologie auec admiradon dVn chafcun : Qu'il fut efleu aux iournees impériales à Vuormes & Ratisbonne des premiers par faduis de tous les Théologiens AUemans. Que Melandon des lors fap-
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pelloit ordinairement le Théologien par vn fingulier honneur. Que les feigneurs de Strasbourg feirent diffi- culté de le laiiïer partir. Qu'ilz le retindrent pour leur bourgeois & voulurent qu'il retint le reuenu d'vne pré- bende laquelle ilz luy auoyent affignee pour vu gaige de profefTeur. Mais que luy eflongné de toute cupidité des biens de ce monde, n en voulut retenir la valeur dVn denier : de mille telles baueries mifes par luy pour amufeller les fimples, ie ne feray autre conte : mais ie me veux bien arrefter à ce qu'il aiïeure fi impudem- ment que à l'exemple de Saincft Paul il auoit ferui à l'Eglife à fes defpens, car le contraire eft tout évident à tous ceux qui l'ont congneu & conuerfé auec luy à Geneue. En premier lieu il auoit cent efcuz de gages par an (r), lecondement il prenoit des impruneurs qui
(i) Quant au traitement de Calvin, nous n'en dirons que le firiét nécef- faire, pour réfuter une fois pour toutes les inconcevables abfurdités qu'on a émifes à ce fujet. En falaire fixe, il avait le double de fes collè- gues, c'efl-à-dire 500 florins, le flo- rin à 13 fols, foit 50 centimes de valeur aftuelle, au dire M. M. Haag, à qui nous rappellerons que tous les hilloriens français, allemands, fuilTes & italiens, qui fe fout occupés de cette queflion, s'accordent fur ce point que le fol du XV° fiècle, &. celui de la première moitié du XVI*, répondent refpeftivement à un franc & demi & à un franc au moins de
notre monnaie. Calvin avait de p'ais la jouiffance de l'une des meilleures maifotis de la ville, dont le mobilier & le ménage avaient été complètes avec ceux de l'une de nos plus an- ciennes &. plus riches familles, prof- crites par le gouvernement Guiller- min (i), & d'un jardin produftif y attenant. Il avait en outre fon bois de chauffage, douze coupes de fro- ment & deux bofTets foit chars de vin de douze fetiers chacun. Voilà pour le traitement fixe, qu'on peut bien, fans exagération aucune, eflimer de 9 à 10,000 francs par an.
Le cafuel fe compofait en premier lieu de fes préfences au ConfiRoire &t
(1) Le terme Guillermius, doit s'appli- de Calvin, c'eft-à-dire de la Réforme fran- quer aux feAateurs de Guillaume Farel 8c çaife.
47 imprimoyent fes œuures à Gencue deux foulz de celle
au Confeil (où l'on fait qu'il venait fort fouvent) & de fes confultations en matière civile & criminelle, fi bien payées, qu'elles fuffifaient largement à l'entretien (&. au-delà) des jurifcon- fultes français & de leurs familles; nous comptons encore dans ce cas les gratifications continuelles et con- fidérables (jamais au-defTous de la valeur de lo écus, foit 5 à 600 francs) que le Confeil lui faifait en numéraire & en provifions, furtout en vin, dont le Réformateur ufait, non pas par goût, cela va fans dire, mais comme excitant & comme compenfation à l'extrême faibleffe de fa conflitution. Il faut bien encore faire entrer dans ce cafuelj l'entretien aux frais de l'Etat de fes fecrétaires, celui, dans certaines occafions, de fa domefiicité & de fon ménage entier, notamment en cas de maladie, ou lorfqu'il rece- vait des vifites de marque. On fait auffi que le Confeil tenait à honneur de le défrayer dans tous fes voyages, même dans ceux qui n'avaient aucun rapport avec les affaires de la ville, &. de lui fournir pour cela, non-feu- lement les chevaux & l'efcorte nécef- faires, mais chaque fois des héraults aux armes de la République. On pourrait auffi dire un mot de toutes les gratifications que la Seigneurerie fit à fon frère Antoine par amour pour lui. Après cela, il ne vaut pas la peine de parler encore des innom- brables cadeaux & gracieufetés de moindre valeur, qu'il recevait foit du gouvernement U des particuliers,
foit furtout de l'étranger, tels que venaifon, friandifes de toute efpèce, vins de choix, dîners d'apparat (dont nous poITédons les notes détail- lées, &c.). M. Gaberel ajoute « que Calvin jouilTait encore d'un crédit illimité auprès des princes proteflants de l'Europe. » Nous trouvons tout cela très-naturel; il eût été indigne de Genève de léfiner avec le grand Réformateur. Mais comme fes enne- mis même fe font plu à rendre juftice à fon complet défintéreffement en matière financière, il était peu liabile à fes biographes de mettre tant d'in- fiflance à s'étonner qu'un homme fans famille, qui avait joui d'une po- fition auffi exceptionnelle, n'ait laiffé qu'une douzaine de mille francs à fes collatéraux. Il était bien plus mala- droit encore & même honteux pour Genève, de repréfenter le grand Ré- formateur (ainfi que M. Bungener l'a fait), comme un pauvre anachorète, fe réfervant à peine de quoi vivre, refufant tout fecours &, quoique ma- lade, jufqu'à l'argent de fes hono- raires tr fi bien que, s'il avait vécu quelque temps encore, il aurait fallu qu'il vendît fa bibliothèque, feiil bien quil pojfédait. (Sic.)
J.-P.-H. G ALI FF E fils. Quelques pages, p. 89.
Nous voudrions bien favoir fur quoi MM. Gaberel & Bungener fe fondent, quand ils prétendent « que Calvin donnait la plus grande partie de fon falaire aux indigents. »
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monnoye pour feuillet ou fueille entière. Tiercement il eiloit gardian de la bource des pauures en laquelle Te mettoyent de bonnes Ibmmes de deniers. Car outre ce que pour vn coup la royne de Nauarre defunéle fœur du feu Roy Françoys premier de ce nom, y enuoya qua- tre mille francs : & la duchelTe de Ferrare vne autre bonne fomme, & plufïeurs autres feigneurs, & Dames, auec des marchans en l'intention de leuer à Geneue fart de la drapperie de laine dequoy ledit Caluin auoit fait courir le bruit pour mieux attrapper deniers. Et quartement, mourut à Geneue vn appelle monfieur Dauid de Hay- nault qui eiloit venu en ladicfle ville pour la religion, & mourant laifTa deux mille efcuz pour les pauures : ordon- nant les exécuteurs de fon teflament vn hannoyer appelle Maldonnal & vn autre di6l Saincft André qui eiloit, ou bien fut toil après miniflre de Geneue, le tiers exécuteur de fon teflament il ordonna Caluin auquel comme gou- uerneur & diflributeur de l'argent des pouures, fut com- mife ladi(fle fomme de deux mille efcuz : defquelz cinq cents furent diflribuez à aucuns de fes plus intimes amys comme à Viret vingtcinq, à Farel vingt, & quelque autre fomme auffufdits Maldonnal, Sainél André & autres : mais on ne peut fcauoir que deuindent les quinze cens dont fe leua grand murmure entre les pauures, mais ceux qui en parlèrent trop auant, furent contrains de fortir de Geneue, & feit on à croire qu iiz efloyent libertins, & atheiffes : C'efloyent les communs crimes qu on attri- buoit à tous ceux qui cÔtrilloient Monfeigneur. Mais fon auarice fut fort defcouuerte par gens de bien & de bon entendement flir le faiél d Vn Nicolas de fer, qui ayant faidl bancqueroutte à Anuers de la fomme de troys mille
49 liures de gros, fe retira à Geneue & s adreiïa à Caluin & luy conta fon affaire amplement, luy demandant confeil comment il fe deuoit gouuerner aduenant que fes crédi- teurs le vinfent pourchaffer iufques audit lieu de Geneue : Le confeil d'iceluy Caluin fut, qu'il achetât dudit argent des biens immeubles au nom de fa femme & de deux filles fiennes : Ainfi que lefdiéls créditeurs n'auroyent moyen de luy rien oller, n'ayant rien à luy : & qu'il mariât fes deux filles à deux perfonnages qui le peuiïent fecourir contre iceux créditeurs. Ledid Nicolas s'arrefta à ce con- ieil, & pour auoir plus de crédit en ville de Geneue, feit prefent d'vne notable fomme d'efcuz à ce bon feigneur Calum, fi contempteur de biens mondains que nonobf- tant les fceut fort bien prendre & moyenna que fon frère Anthoine Caluin euH en mariage fvne de ces deux filles (i). Voila comment ce vénérable feigneur Caluin félon le tefmoingnage de Théodore de Beze, mefprifoit les biens caduques, & mondains. Toutesfoys comment pour-
(i) Le beau-père d'Antoine Cal- aveu du pafTe-droit que le Confeil fe
vin fut Nicolas Le Fert ou de Fert, permettait au mépris de la loi la plus
comme le faifait appeler fon ami Cal- précife.
vin, qui faifait auffi donner le titre La famille d'Antoine Calvin, frère
de Noble à fon frère Antoine, à lui- bien-aimé du Reformateur, donna
même celui de Seigneur, & à tous l'exemple d'une défunion complète &
les prédicants celui de Maître, le- de grands écarts. Ainfi , Anne Le
quel n'appartenait de droit qu'aux Fert, fille de Nicolas &l belle-fœurdu
deux ou trois qui pofTédaient un grade Réformateur, fut divorcée en 1557,
académique. Le Fert, dont la récep- pour adultère non prouvé, avec un
tionàlabourgeoifiefutl'unedesprin- ancien valet français de fon mari
cipales caufes des affaires de 1555, Antoine Calvin ; on fait que des trois
était un banqueroutier frauduleux. Il fils ifTus de ce mariage, les deux aînés
eft vrai qu'on lui fit payer la bour- furent defhérités pour inconduite &
geoifie dix fois plus cher qu'aux défûbéilTance ; les autres enfants
autres; mais ce fait même était un moururent de la pefle.
roit il cacher le tour du leune prouuençal leruiteur d'yceluy Caluin qui lui Jefrobba pour vn coup la valleur d'enuiron quatre mille francs : part en flafcon, taffes, & cuilliers d'argent & part en argent monnoyé qui elloit en vne bourfe. Car cela fut diuulgué par toute la ville de Geneue & hors la ville. Et pour fon honneur did que cefloit argent qui luy auoit elle baillé en garde par quel- cuns qui s eftoyent retirez ou vouloyent fe retirer en Geneue : mais foit ce qui en peut élire : fut plus eilrange que Caluin ne voulut permettre qu'on allafl après, com- bien que plufieurs de fes amys fe prefentaffent pour y aller : craignant parauanture, que fi ledit garçon eufl elle prins, & ramené il n eut reuelé des chofes qui n eftoyent guieres à l'auantage de fon honneur, cela engendra grande fufpicion que ledit Caluin ne abufaft de ce ieune garson fmgulierement pour le cas qui luy eftoit aduenu à Noyon comment à efté did par auant. Mais ie laiflTe cela au iugement de Dieu, qui reuelera les chofes cachées ôcfecrettes.
En 1^60, Antoine Calvin intenta pofrefr.on de cette dot, mais Ramel un procésà Jean-Louis Ramel, fécond ne fut libéré que moyennant une eau- mari de fa première femme, Anne tion pécuniaire confidérable. [Quel- le Fert, pour échapper à la reflitu- ques pages, 66. - Nouvelles pages, tion de dot, réclamée depuis trois 17- ans. Non-feulement Antoine refla eu
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CHAPITRE XII.
le retourne au dire de Théodore de Beze en fa dide préface afiauoir qu'il paflera condamnation au moindre argument allégué de l'ambition de fondiét maiftre, père & amy Caluin, & luy en veux mettre deuant plufieurs daffez importance. En premier lieu, ie luy allègue famende honnorable que luy fut publiquement faide par vn Pierre Ameau nud en chemife, la torche allumée en la main : luy demandant pardon d'auoir did mal de luy. Et les paroUes dides par ledit Ameau ne furent autres finon que fouppant chez foy auec certains fiens amys qui exaltoyent merueilleufement la dodrine de Calum il leur did ces propres parolles, vous faides trop de cas de cefl homme & faides mal de tant l'exalter : vous le mettez fur tous les prophètes, Apoftres & doc- teurs qui furent onc : mais ce n'efl pas fi grande chofe que vous en faides : car entre les bonnes fentences qu'il did il en mefle encor de bien cornues, & friuoles. le demanderoye voulentiers à Théodore de Beze & à tous ceux qui fe font vouez à la dodrine de Caluin, & en font tant d'eflime fi de foUiciter l'emprifonnement de ce pouure homme & fi obltinement vouloir que amende honorable luy fut faide en la manière fufdide en pubhq nud, & la torche en la main eft argument de humihté, & mefpris de gloire & honneur mondain ou bien d'am- bition, orgueil & vaine gloire.? Hz pourront dire que cela ne fut pas à l'inftance, & pourchas dudit Caluin tant il
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efloit doux, bénin, humble, & facile à pardonner les iniures qu'on luy faifoit : mais les paroUes fiennes en l'epiflre laquelle il efcriuit à maiftre Pierre Viret le iour des Ides de Feburier Tan 1^46, lefquelles i'ay par ci deuant récitées & monllreray efcriptes de fa propre main quand il en fera befoing tefmoignent affez que le mefme Caluin le feit mettre en prifon & ne voulut par- donner audit Ameau tant qu'il luy eufl faidl amende honorable comme did efl. Quelle ambition, & barbare oultrecuydance efl ce en vn miniflre de ne vouloir per- mettre qu'on puifTe librement dire ce qu'on fent de foy? Or li ceft argument n'eft fuffifant ie demande fi c'eft figne d'humilité, & abiedion de vaine gloire de fe faire peindre, & permettre que fon pourtraiél, & image fut attachée en lieux publiques de Geneue, & portée au col de certains folz, & femmes qui en faifoyent leur Dieu? Si Beze ou autre de leur feéle me refpond que ledit Caluin n'en fauoit rien ie tefmoigne Dieu qu'ilz par- leront contre vérité & leur confcience : car cela elloit tout commun & publiq en Geneue & luy fut remonflré par paroUes de gens de bien & authorité. Plus luy fut mandé par lettres qu'ayant condamné, & fai6l abbatre les images des Sainds, de la vierge Marie, & de lesus- ChriH mefme ce ne luy elloit honneur de lailTer drefTer la fienne en publiq & porter au col : Et que pour le moins lefus-Chrifl le valloit bien à quoy il ne feit autre refponce fmon que qui en aura d'efpit en puiffe creuer. Le tiers argument de fa vaine gloire, & ambidon ell qu'il ne pouuoit fouffrir d'eflre corrigé, reprins, ne ammoneflé de fes fautes ne d'eflre refuté de fon opinion. Et de cecy l'exemple en fut bien manifefle entre autres : il auoit eflé
5-3 vn dimanche inuité par vn miniftre d'vne paroi (Te de dehors la ville à vn difner ou feflin qui luy auoit eflé apprefté ou furent auffi inuitez aucuns feigaeurs amys fiens recirez en ce païs la pour leur religion. En difnant fut efmeu propos de l'eleflion au miniflre fur quoy vn feigneur de Sainél Germain qui auoit cfté con- feiller de Thoulouze bien eftimé en iurifprudence di6l librement qu'il luy fembloit que le miniflre d'euft eftre efleu par le peuple, laquelle parolle Caluin ne peufl endurer par ce qu'il pretendoit auoir celle authorité de mettre au miniflere ceux qui luy plaifoit : & fe leua de table par vn defpit fans dire chofe aucune à perfonne : finon qu'il demanda fa monture & s'en alla tout à fheure mefme mettant tout l'appareil du banquet, & la compa- gnie en grand defordre. Le lendemain il feit remettre, c'eft à dire adiourner ledidl feigneur de Sain(5l Germain pour fe trouver au cÔfifloire qui fe tenoit le iour deieudy. Iceluy de fainél Germain bien fâché de fe veoir ainfi trai(fté & adiourné au confifloire ou communément font adiournez fornicateurs, & adultères defpefcha fon laquay auec vne lettre au fieur Baron d'Ausbonne qui parauant eftoit Evefque de Montauban. Ledit baron incontinent arriué à Geneue alla retrouuer Caluin ne pour remonf- trances amiables, & prières très affeélionees peufl amollir le cœur d'iceluy tant que le ieudy fallut que lediél fieur de Sain6l Germain vinfe & comparufTe au confifloire duquel il fut renuoyé deuant les feigneurs du petit confeil en la maifon de la ville : ôc tant s'en faut qui le condemnalTent à peine aucune, qu'ilz le reuere- rent, chérirent & honnorerent en leur confeil le priant de perfeuerer en fa manière de vie, & probité couflumiere
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pleine d'exemplarité. Dequoy Caluin aduerti cuîda cre- uer de defpit. Le fieur Baron d'Ausbonne s'en retourna tort mal content de Caluin & ne peull faire qu il ne s'en plaignifl; à plufieurs gentilz-hommes Françoys venus en cespaïs la pour leur religion : defquelz vn gentil-homme beau-frere du feigneur de Fallais vint retrouuer Caluin & luy diél fort choleriquement quil ne penfafl pas de traiéler ainfi les gendlz -hommes & comme petis compa- gnons les faire aller pour fon plaifir au confiftoire : & qu'il entendift bien que tout l'honneur, & grandeur qu'il auoit en la ville de Geneue dependoit de l'afîiflence & faueur laquelle il receuoit defdits gentilz-hommes Françoys eflrangers : fi grande cholere & creuecœur en receut Caluin qu'il defifta de prefcher plufieurs fepmaines tant qu'il fallut venir aux menaces de luy ofler le gage qu'il auoit de la ville : & qu'on le donneroit à vn autre s'il ne feruoit au ministère. Pour le quart argument de fon ambi- tion & outrecuydance ie laifTe à penfer & iuger à toute perfonne de bon entendement de quel efprit il eftoit con- duit quand s'acheminant hors de Geneue vers Berne ou autre lieu il eftoit accompagné de vint cinq ou trente hommes à cheual bien empifloUez. Sainél Pierre, Sain(51: Paul, & les autres apoftres alloyent ils par païs portant l'Euangile en tel équipage? De Beze ou quelque bon difciple de Caluin pourra icy dire que c'elloit à fon regret, & que de luy il ne cherchoit pas tel honneur, mais que cela procedoit del'affeélion que luy portoyent beaucoup de gens de bien qui s'elloyent retirez à Geneue & ne fe pouuoyent faouler de luy faire honneur & feruice : Aquoy ie refpon que vrayement plufieurs luy faifoyent honneur voire plus qu'il ne conuenoit & en faifoyent leur
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idole : Toutesfoys appercenoit à vne prudence & mo- deftie chrefliêne de refufer, & ne permettre telles fuper- fluitez & grandeurs. Car non feulement les Apollres & difciples de noflre Seigneur : mais encor payens & Ethniques ont reiedé, & fuy : ains abhorri telz honneurs, & gloire mondaine, & touchant ce mot que c efloit à fon regret ie l'accepte. Car ie tien pour certain que s'il n eufl eflé aduerty par Maiftre Pierre Viret & par d'autres que les feigneurs de Berne trouuoyent fa gloire trop puante, de manière que par mocquerie ils Fappelloyent Pape de Geneue il eufl mené en fa fuyte plus grand, ôc plus braue train .
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CHAPITRE XIII.
Pour le cinquiefme argument de fon ambition qui efl: ou fut iamais prédicateur, ou doéleur modefle & vraye- ment comtempteur de gloire mondaine qui vfafl de telles parolles que par plufîeurs fois il pronnonça publiquement prefchant, affauoir ie fuis prophète, fay fefprit de Dieu, ie fuis enuoyé du Seigneur, ie ne puis errer, & fi ie fuis en erreur, c'ell toy ô Dieu qui me trompes & déçois pour les péchez de ce peuple? Ainfi vouloit il que fes parolles & efcrits fufîent tenus pour articles de foy à quoy il fallut s'arreller & foubfcrire (i). La plus part des pères enciens qui ont enfuyui les Apoftres & difciples de noftre
(i) Calvin, en 1 546, dans quatre fermons confécutifs, traitait fes ouailles de o P..., de batteurs de pavé, de pendards, plus que bctes, loups inf attables & chiens, » & fai- fait excufer fes paroles par le Con- feil ; voire même tourner en perfé- cutions au criminel contre les accu- fateurs, en prétendant 0 que ces 0 malédidions (Jic) n'avaient point a été proférées à la mauvaife part, a mais par remontrances, & que lui a & fes collègues ne prêchaient pas o d'eux-mêmes mais de Dieut » On peut apprécier par là quelle était la licence de langage que les minières étrangers pouvaient fe permettre impunément dans la chaire chré- tienne, tandis que les moindres
paroles de mécontentement profé- rées, même en famille, par des Gene- vois contre les « eflrangiers fran- çois » étaient immédiatement suivies d'emprifonnement, pourfuivies au criminel & frappées de peines tou- jours plus févères, jufqu'à l'époque où, les jurifconfultes français aidant, on réuffit à clafTer ces paroles & les reproches adreffés aux minières, dans la catégorie des crimes de lèfe- majejîé ou de blaj'phêmes contre la fainte Réformation & contre Dieu, &. à leur appliquer, comme tels, la peine de mort, ni plus ni moins. J. B. G. Galiefe, fils. Quelques pages, p. 86.
Danslaféancedu i j octobre i$47) Calvin déclara que celui qui l'offen-
Seigneur, ayant efcrit fur quelque liure de la fainde efcrip- ture ont eu cefte modeflie & humilité de fe remettre au iugement de TEglife en ce qu'ils auroyent efcrit : & difans que fi leur œuures & fentences eftoyent conformes à la faindle efcripture qu'elles eftoyent receuables & deuoyent eftre approuuees non comme leur efcritz 6c œuvres : mais comme parolle de Dieu. Au contraire, fi elles n'eftoyent conformes, & accordantes à icelle faindle efcripture, qu'elles fuiïent auffi toft reiedlées & con- damnées que temerairemeut & legierement elles auoyent efté introduises fans appuy & tefmoignage exprès d'icelle faindle efcripture. Et puis dire après perfon- nages dodles de bonne vie, & authorité que Saind: Auguftin ayant trauaillé & infignement efcrit fur la Bible autant que doéleur qui ayt efté deuant luy & après : toutesfois recongnoiifant fes erreurs, & mettant en lumière fon liure des rétractations il a plus glorifié Dieu : & édifié l'Eglife donnant par ce vray tefmoignage de fa probité, ôc fincerité chreftienne que par tout le refte de fes liures & compofitions. Mais ce vénérable doéleur Caluin eftoit félon le récit de Théodore de Beze,fi refollu, & parfaiél qu'il ne fe retrada iamais : ie adioufterai encor cecy que grand partie des Geneuefans, & eftran- giers habitans de ladidle ville le tenoyent en plus
fait (lui, Calvin) offenfait ie Père, le s'explique que parla sincérité de Cal- Fils & le Saint-Efprit ; & plus tard, il vin qui croyait férieufement qu'on ne quaWfîalt de blafphèmes contre rhon- pouvait être contre lui fans être en Tieur de Dieu les propos qui étaient même temps contre Dieu, échappés au pauvre Ameaux contre Cette ^/jnct'Vif^', monfieur Galiffe, fa perfonne &. fon régime. Nous ne ne confinerait-elle point à l'orgueil? penfons pas que l'orgueil humain {Note de l'éditeur.) puiffe s'élever plus haut. Cela ne
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grand' cftiine que Sainél Paul, Tefmoing que en la ville de Thonon on feit faire amende honorable à vn fol dcuot dudit Caluin qui auoit prononcé ces mefmes parolles en bonne compagnie monfeigneur Caluin efl plus do6le, & fcait plus des fecrets de Dieu que iamais Saind: Paul n'en fceut. Mais fon ambition fut encores plus ouuerte- ment defcouuerte par la congrégation quil feit tenir follennellement au temple de Sainél Pierre à Geneue le vendredi auant la felle de la natiuité de noftre Seigneur Tan iff 2. Quand ayant efté aduerti que les Eglifes de Surich, & Bafle n approuuoyent fa doélrine de la pre- deflination auant que le Hérault arriuaft à Geneue auec les lettres des feigneurs defdittes Eglifes il feit affembler tous les miniftres qu'il peull tant de la ville de Geneue que des paroifTes de dehors & feit par eux approuuer fa- di6le doélrine, & tout ce qu'il auoit efcrit de la matière de la predeftination éternelle des damnez & fauuez de laquelle fienne doélrine il fera trai(flé cy après auec la grâce de Dieu. Mais furie point de fon ambition ie ne puis, ne doy laiffer pafler en filence la rufe & piperie de laquelle il vfa voulant relTufciter fhomme d'Ollun appelle le brullé pour fe faire efliimer faincft homme & glorieux prophète de Dieu operateur de miracles (i). Le faicl fut
(i) Ce fait relatif à la prétention de Calvin de faire un miracle eR cité par plufieurs auteurs antérieurs à Bolfec. L'érudit Laurent Surius, dans fes Mémoires hijîoriques fur les affaires du temps, depuis Van 1500 jufquen 1567 (page 416). — Féli- cien Ninguarda, dans fon livre con- tre Anne de Bourges, imprimé à Venife en 1563. — Guillaume Lin-
danus, dans le dialogue intitulé : Duhitantius, ou deVorigine desSeâes de ce Jiède, imprimé à Cologne en 1571. ■ — Guillaume Alain, Libro 7° Dialogorum.
L'anecdote de Calvin efl d'autant plus croyable, que Luther lui avait donné l'exemple de cette rufe, rap- portée par un grand nombre d'au- teurs (Voir Michelet.)
19 tel cefl homme duquel eft mention eftoit venu d'Oftun à Geneue pour la religion^ & auoit indigence des biens temporelz tant que luy & fa femme s'efloyent recom- mandez à monfieur Caluin pour eflre participans de la bourfe des pauures & de leur aufmones : auxquelz ledit Caluin promit fecours de biens temporelz, & autres faueurs s ilz vouloyent luy seruir fidèlement & fecrete- ment en ce qu il leur diroit : ce qu ilz promirent & félon que iceluy Caluin les auoit inftruict : le pauure Brullé contrefeitle malade & fe mit au liél. Il fut recommandé aux prefches qu'on priait pour luy & qu'il fut fecouru d' aufmones : toll après il contrefeit le mort dequoy Caluin fecretement aduerty 5c comme celuy qui en eftoit ignorant s'en alla promener accompaigné c'eft à favoir félon fa couftume d'une grande trouppe de fes deuots & amys plus intimes fans lefquelz il ne s'acheminoit guieres hors fon logis. Entendant doncques les cris, & l'amenta- tions que faifoit la femme contrefaifant la bien defollee il demanda que ceftoit & entra en la maifon ou il fe myt à genoux avec fa trouppe & feit oraifon à haute voix priant Dieu de monftrer fa puiftance & faire reflufciter ce mort pour donner entendre à tout fon peuple fa gloire & que ledit Caluin eftoit fon vray feruiteur à luy aggrea- ble & vrayement de luy mefme efleu, 6c appelle au minif- tere de fon Euangille pour la reformation de fon eglife. Ayant finy fon oraifon il vint prédre ledit pouure homme par la main luy commandant de la part de Dieu & de
Les incrédules au prodige tenté cardinal Bellarmin, liv. IV, furies par Calvin peuvent encore confulter notes de l'Eglife, cliap. XI V, n" iSi, le tome II des Controverfes du p. 125. — Edition de Prague, 1721.
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fon filz noilre Seigneur leius-Chrift qu'il fe leuafl 6c qu'il feit manifeftation de la grâce de Dieu : mais pour quel- que répétition & haut crier fefdiéles paroUes par Caluin le mort ne parla ne remua car par le iulle iugement de Dieu qui ne veut ne peuft approuuer les menfonges ledit contrefaifant le mort mourut pour vray : ne pour pouf- fement que fa femme luy feult faire il fe remua ne refpon- dit ains eftoit tout froid, & roide de quoy eftant certaine faditte femme commença à braire & vrler à bon efcriét criant cotre Caluin, & Tappellàt pipeur, & meurdrier de fon mary déclarant à haute voix le faidl comme il efloit paifé celle femme pour exhortations ne menaces qu'on luy feit ne fe voulant taire. Caluin la laifTa avec fon mary trefpafle, difant qu elle efloit tranfportee de fon entendement pour le trefpas de fon mary & qu'il la falloit excufer : fi efle qu'il luy conuint fortir la ville, & vuider le païs 6c s'en retourna à Ollun 6c puis fut femme d'vn minillre appelle la Couldree : 6c quoy que les deuots de Caluin nyent cecy, il a eflé toutesfoys bien fceu, 6c vérifié, ains confirmé par la femme melme qui n'elloit rien tranfportee d'efprit mais parlant bien à propos auec bonnes raifons. Or il fautpaffer plus outre fur fon ambi- tion, 6c cupidité de vaine gloire, il efcrivoit 6c compofoit lettres, 6c opufcules aufquelz il n'oubfioit chofe aucune qui fut pour fon honneur 6c gloire, ains auançoit louan- ges extrefmes de foy mefme : Mais il attribuoit lefdiéles lettres, 6c opufcules à quelque autre, empruntant leur nom pour mieux couurir fa rufe, 6c faire fon bruiél plus gràd 6c excellent entre les hommes. Et qui vouldra dire que cela eft calummie ie luy prouueray par vne lettre laquelle il efcriuit à maiflre Pierre Viret, miniflre de Lau-
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fanne aux mains duquel efloyent venues telles lettres, & opufcules mis en lumière au nom dVn Galafius autre- ment appelle monfieur de Saule : & au nom d'autres ; mais ledit Viret bien recongnoiffant le flile de Caluin comme Ibuuent receuant de fes lettres fut fort esbahy, & fcandalifé de l'ambition lienne, & ne peut faire de moins que de luy efcrire ce qui luy fembloit fur telle manière de faire : auquel Caluin refcriuit luy allegant quelques raifons alTez friuoles, & legieres pour quoy il faifoit cela & foubs le nom & tiltre d'autruy il s'exaltoit, & prefchoit fes dignitez, mérites, & louanges : & qu'il deliberoit d'en faire autant pour l'auancement de l'honneur & louage de Farel, & Virer auflî pour accroillre leur crédit : car ilz ef- toyent comment troys coulomnes qui fupportoyent l'hon- neur de Dieu, & la reformation de la religion chreflienne. Or celle lettre fut trouuee entre plufieurs autres au ca- binet dudit Viret à Laufanne lors qu'il abfenta le païs de Berne fans prendre congé ne des feigneurs Bernoys, ne du BaiUif de Laufanne ne du peuple, & s'enfuyt plus vifte que le pas poui ne receuoir la honte, & vergongne laquelle il méritoit pour fa contumace. Cefte dide lettre auec bien quarante autres furent portées aufdits feigneurs de Berne, aufquelles lettres iceux feigneurs congneurent de fort grandes rufes, pratiques & menées dudit Caluin & des fiens dont ilz furent efmerueillez & fort indignez contre telz ambitieux qui ne cefToyent d'imaginer & baftir nouuelles inuentions & fubtihtez pour s'agràdir. Finallemét quelle plus grande outrecuidance : & puâte ambition pourrait on rechercher que celle laquelle il monflre en vne fienne refponce prefentee aux (indiques & confeil de Geneue le ieudy fixiefme du mois d'odobre
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l'an iff3j contre i'efcrit produit le lundy deuant par vn leigneur Trouillet? Car en cefte refponce il fe vante mer- ueilleufement & prepofe à Melàdon l'appellant plus phi- lofophe que Théologien : difant quiceluy Melandô nageoit entre deux eaux, mal refolu en Théologie & quand tout eft bien cÔfidoré beaucoup inférieur à luy. Auffi c eftoit fon commun langage en compagnies priuees d'ainfi defprifer chafcun doéleur tant ancien que moderne à fon refpedl : & ne faifoit cas que de Martin Bucere fon précepteur. Plus en fes œuures déclarant quelques point de Tefcripture faind:e& recitant les fentences d'au- cuns do6leurs qui ont efcrit deuant luy en faiél auffi peu de conte que rien : puis apportant fa fentence il vfe dVn braue Ego vero comme on peut veoir entre autres lieux au proëfme lien furfepiftre aux Hebrieux. Mais s'il vient à parler de quelcun qui l'aye contredit^, ou piqué il le iette fi bas qu'il femble n'eftre digne d'eftre de luy regardé l'appellant le plus fouuent ignorant, befle, fot, iurongne, & chié mort : voyla les beaux termes defquelz on veoit fes liures farcis. Et puis Théodore de Beze le veut exalter en genre d'humilité bénignité, & clémence difant en fa belle préface que l'homme eft encores à nayllre qui par luy à efté vitupéré & calumnié. Dieu en foit iuge & toute perfonne de bon efprit & entendemét. Or c'ell afléz demouré fur c'efl article de fon ambition.
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CHAPITRE XIV.
le veux parler de la fobrieté laquelle Théodore de Beze lotie extrêmement difant Tauoir veu deux iours entiers en abftinence, de viandes corporelles. Plus que ledit Caluin n'a iamais changé de forme de viure, de moeurs, ne de doélrine. Dont ie ne me puis aflez efmer- ueiller de Timpudence dVn tel iafeur qui veut faire paroir le noir eflre blanc : & Sathan eftre un ange de lumière : mais c'eft l'office couflumier des enfans du père de men- fonge. C'ell chofe certaine que tous les gentils-hommes Frâçoys & riches venus à Geneue habiter pour leur reli- gion ne pouuoient faire plus grand plaifir, ne mieux aquerir fa faueur & amitié que de lui faire banquetz & feftins tant au difner, qu'au fouper. Et chacun faifoit à l'enuy de le banqueter au mieux qu'il efloit poffible, tant en abondance qu'en dèhcate ITe de viandes. En manière que le gibbier & bons morceaux commencèrent à enchérir, dont fe leua double murmure, & fcandale en Geneue pour la gourmâdife des eftrangers finguliere- ment des Francoys qui leuoient tout ce qui efloit apporté au moulard. Car aucuns elloient offenfcz que chreftiens, fortys de leur pais pour viure plus religieufe- ment & en la profeffion de l'Euangile fuITent fi abandon- nez à la volupté de leur gorge. Autres comment les pau- ures indigens,& neceffiteux indignez de veoir & entendre les fuperfluitez des viandes aux bancquets qu'on fai-
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foit à ce monfieur Caluin (i), Les deuotz de Caluin, dirôt que le bon homme n'y prenoitpas plaifir : & qu'il fe fut
(i) En fuppofant, contre toute vraifemblance, que les feftins du temps de Calvin aient été moins luxueux 8t acceffibles à moins de monde que ceux qui eurent lieu immédiatement avant ou après lui, toujours efl-il que cette diminution ferait amplement compenfée par le nombre vraiment incroyable de ces repas vers cette même époque. Bref, en mettant les chofes au plus bas & en les jugeant avec toute la modéra- tion poffible, on n'en arrive pas moins aux conclurions fuivantes : A une époque où Genève était grevée d'une dette énorme, où les lamenta- tions des autorités fur la pénurie de la ville & la difette des campagnes étaient pour ainfi dire journalières ; lorfque, fous ce même prétexte, les magiflrats calvinifles chafTaient par troupes les réfugiés pauvres, comme nous le verrons plus loin, & ren- voyaient de mois en mois & d'an- née en année le payement des em- ployés de l'adminidration ; — à cette même époque, une partie très-con- fidérable des revenus publics fervait, fans utilité aucune, à régaler à tout propos une vingtaine de fonction- naires, déjà prefque tous débiteurs de la ville, & une douzaine de minif- tres étrangers, plus graffement payés que tous les magiflrats nationaux. Et ce qu'il y a de mieux, c'efl que tous ces fonctionnaires privilégiés, qui
faifaient même payer aux payfans le tribut de la communion, étaient pré- cifément les principaux repréfentants du parti qui avait impofé à Genève les lois fomptuaires qu'ils étaient chargés de faire obferver, tout en donnant eux-mêmes l'exemple public, officiel pour ainfi dire, d'un train de vie diamétralement oppofé. Il ferait néanmoins bien ridicule de vouloir appliquer des confidérations de cette nature à un homme tel que Calvin, à qui un feflin ou quelques écus de plus ou de moins devaient être de la dernière indifférence. Cependant, quand d'une part on fe rappelle que le Réformateur était bien effec- tivement de tous ces repas, dont la plupart fe donnaient en fon honneur ou en celui de fes amis en paffage, et qu'on penfe aux cadeaux conti- nuels en venaifons, en friandifes et en vins qu'on le forçait d'accepter en fus de provifions déjà plus que fuffi- fantes ; et quand, d'autre part, on réfléchit à fes habitudes fédentaires, à fon travail prefque furhumain, à l'acre pauvreté de fon fang et à fa faible conflitution, on ne faurait s'em- pêcher de convenir qu'il fuivait là une étrange hygiène pour tous ces maux internes St externes dont il fe plaignait fans ceffe.
J. B. G. Galiffe. Nouvelles pages, p. 48.
6f bien contenté de beaucoup moins : mais que cela pro- cedoit de Taffedion laquelle chafcun lui portoit : qui ne luy pouuoient mieux demonftrer Thonneur & leur amour enuers luy. le feroy bon cela ne fut que l'office d'vn pafteur vray, & fîncere miniflre de la parolle de Dieu ell de reprimer telz bobans & banquets excefîifs & de ne fi retrouuer tant pour monftrer de ne les approuuer : comme pour ne donner fcandale aux pauures & neceflî- teux. Mais nous fommes bien informez par gens de bien & dignes de foy du train qu'il tenoit chezfoy. Caries meilleurs & plus friants morceaux luy efloient refer- uez pour fa bouche chez luy ou bien présentez : Et des vins il n'y en auoit point de plus exquis en toute la ville : Car tous les ans il luy en falloit quoy qu'il couftall du Sauuagin ferrier de monfieur de la Flechiere de CÔcife près Thonon & quand il faifoit la faueur à quelque amy d'aller difner, ou foupper auec luy il luy falloit porter de fon vin en vn petit flafcon d'argent : & cela eftoit referué pour la bouche de monfieur. AulTi auoit il fon boulengier qui le fourniflbit de pain faiél; expreflement pour luy de fine fleur de fourment paiflri auec eaue rofe fucrCj canelle & anys : & après eftre tiré du four bif- cotté : Et eftoit cedit pain par finguliere excellence appelé le pain de monfieur. Or que Beze & les affedion- nez difciples contredifent ou nyent cela à leur plaifir ce m'eft aifez que les feigneurs de Berne en font bons tefmoins : qui ayant bonne information de ce que j'allè- gue furent fort olfenfez de telle delicatefle bien certifiez de la grande quantité de confitures molles, & feiches d'Efpaigne, & Portugal des plus exquifes qu'on pouuoit retrouuer qui lui eftoit prefentee de plufieurs perfonnes :
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& defquelles il mangeoit plus que beaucoup de pauures de la ville de morceaux de pain. Il ne fault point que Beze nous cache^, ou deguife, la vérité : Car les men- Ibnges ont les pieds cours : & la vérité à la fin efl def- couverte & creue les yeux de ceux qui la veulent détenir en ténèbres. De fa fobrieté ie ne diray autre chofe finon qu il ne fut jamais efcrit, ne entendu de Dodleur fincere & vray pafteur de l'Euangile fi délicatement nourry ny fi à fon aife quoy qu'en efcriue Beze.
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CHAPITRE XV
Svr le point de fa chafleté, & continence ie n'en puis affermer, ny auffi nier : toutesfoys, diray ie bien qu'on en murmuroit fort. Oultre leieune prouençal lequel il tenoit & qui le defrobba comme âiéï efl par auant : Et plufieurs perfonnages de bon iugement en eflimoyent bien autre- ment que Théodore de Beze n'en efcrit non pas parauan- ture en ces derniers iours qu'il eftoit fi fort malade & griefuement tourmenté. Mais du temps que la damoyfelle de ville Mougis lailfa fon mary à Laufanne fans luy dire à Dieu pour aller faire refidence à Geneue, ou fon mari ne s'ofoit retrouuer. Et deuant ce temps la encores ie fcay bien qu'on murmuroit de plufieurs dames & damoi- felles qui affez domefliquement l'alloient trouuer chez luy fans compagnie fors que d'vn petit enfant que elles me- noient par la main auec vne bible foubs leur bras & quand par le chemin rencontrées de quelques leurs parens ou amis efloient interroguees ou elles alloient, refpondoient iollyment d'aller retrouuer ce fainél homme pour auoir folution d'vn doubte : Et y faifoient long feiour. Singu- lièrement grand eftoit le bruid: & murmure de la femme d'vn feigneur eflranger venu pour la religion en ces païs là du nom duquel ie me tay pour bon refpedt : Mais fon habitation eftoit fort près de Geneue quafi ioygnant les franchifes près de Saconnay en la terre de Gez. Celle damoyfelle eftoit ieune, belle & gaye : Or alloit Caluin fort fouuent foupper la, & y demouroit au coucher voyre
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le mary eflant abfent de la maifon, & païs. Et fcay bien auec d'autres que la seruante qui efloit lors auec laditte damoirelle reuella auec ferment qu'elle auoit trouué deux places de perfonnes au liél de fa maiflreffe combien que fon mary fut abfent du païs : Mais Caluin y auoit fouppé & couché ce foir là. Pour lefqu elles parolles laditte ser- uante fut fort menalTee : & chaflee de la maifon. Or foyt comme vray ou non : Mais ie diray auec gens de bien, & de bon iugement que pour le moins il deuoit auoir en mémoire, & mettre en exécution le di(?t de fainél Paul au Theifalonicenfes cinquiefme chapitre. Abftenez vous de toutes efpece de mal. Surtout ie ne veux laifler pafler vn point bien feur & notoire à plu- fieurs cell de madame lolland de Brede rode qui fut femme du feigneur laques de Bourgongne, feigneur de Fallais cy deflus mentionné. Ledit feigneur depuis qu'il fut arriué à Geneue fut fort mal difpofé de fa perfonne & quafi continuellement entre les mains des médecins : Caluin l'alloit quelque foys vifiter & par plufieurs fois dicl à la fufditte Dame lolland femme d'iceluy feigneur de Fallais que penfez vous faire de cell homme fi mal difpofé iamais il ne fera pour vous faire feruice fi vous me croyés laifTez le mourir aulTi bien eft il comme mort : mais s'il peult mourir nous nous marierons enfemble. Defquelz propos laditte dame fort indignée, & fcanda- lizee perfuada à fon mary de fortir hors de Geneue & s'en aller tenir aux terres de Berne ce qu'il feit. Et icelle Dame ne peult celler cela & fa di6l à plufieurs bons & honorables perfonnages : ôc l'ay ouy mefmes de fa bou- che en prefence dudit feigneur fon mary. Et fault noter que homme viuant habitant en Geneue ou en la iurii-
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didion n ofoit murmurer ne parler contre Caluin fur peine d eflre banny & chaiïe de la Seigneurie de Geneue, ou mis à mort(i). Car il trouuoit milles rufes pour fe deffen-
(i) Lorfqu'on établit un principe, il faut favoir en accepter les confé- quences. Or, ce n'ell pas en confé- quence du principe de charité & de libéralifme que Calvin fit périr Ser- vet & d'Argillère (i 5 $3-1 562) ; con- damnera mortGentilis (i 5 58); mar- quer au fer rouge & bannir les imprimeurs Narbert & Billonet (i 561-1563); torturer ou fouetter publiquement, & puis bannir F. Bel- lot, G. Dubois Si le Bolonais Tho- mas Alexandre (1545-47-59); ban- nir, fous peine de la vie, T. Mefquin, J. P. Alciat Si Telio (15 58-1 5 59); bannir, sous peine du fouet, J. Bol- fec, G. Gudinier, F. Le Teinturier & M. Antoine (1551-52-56); bannir encore Si ruiner ou chafTer à force de perfécutions les illuflres italiens M. Grimaldo Si G. Blondrate (avant 1555- 58); leurs compatriotes Carignan, Gallo, GiuRinioni Si Zucchi, le célè- bre Caflalion, C. Damont Si autres de leurs fucceffeurs dans le redorât des écoles ; enfin, les miniftres Caroli, de La Mar, Aymé Mégret, Champe- reau, Veyron, Effautier, M' Morel de Villiers, Si tant d'autres viftimes moins connues, mais non moins infor- tunées de l'intolérance dogmatique du Réformateur. Car il ne s'agit ici que d'étrangers, réfugiés comme lui pour la religion, généralement aimés U appréciés des Genevois, 8t à qui (fauf à Servet) il ne trouva à repro-
cher que des opinions un peu diffé- rentes des fiennes, mais encore très- orthodoxes félon nos idées actuelles, fur certains dogmes plus ou moins obfcurs, notamment fur celui de la Prédeflination. Voilà des faits que les panégyriftes de Calvin devraient avoir le courage d'accepter comme abfolument irréfutables, au lieu de vouloir toujours, en réduifant ces exemples à deux ou trois feulement, les atténuer par de véritables fophif- mes, tels, par exemple, que celui allégué par M. Bungener « que ce « n'était pas condamner les réfugiés « à une peine bien grave, que de les n chafTer de la ville où ils n'étaient « établis que depuis peu de temps. « D'ailleurs, il faute aux yeux que de renvoyer par une fentence infamante, comme Calvin le faifait chaque fois, des coreligionnaires qui avaient déjà été bannis de chez eux (bon nombre même de deux ou trois pays différents et dont plufieurs étaient bourgeois), c'était leur infliger le châtiment le plus févère qu'ils puffent encourir après la peine de mort ; car c'était les expofer derechef à tous les dan- gers auxquels ils venaient d'échap- per, ou les forcer à retourner à la foi qu'ils avaient quittée. On fait auffi que les perfécutions de Calvin à l'égard des principales viflimes que nous venons de citer ne s'arrê- tèrent pas aux portes de Genève,
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dre contre fes accufateurs faifant courir le bruidl qu ilz efloient melchans, atheiftes, libertins ou qu ilz vouloient trahir la ville tant qu'il conuenoit mourir, ou vuider le païs. De quoy ie reciteray quelques exemples bien mani- feftes à plufieurs perfonnes bien fages & qui obferuoient diligemment la manière de faire & les rufes defquelles il vfoit (i). le nem'amuferay à parler de Caftellio, Caroly,
mais qu'elles furent les atteindre juf- que dans les pays les plus éloignés ; on fait ce que Caroli, Caflalion, Gri- maldo, Alciat, Blandrate, Gentilis &. d'autres eurent à fouffrir, dans leur retraite, de la haine du Réforma- teur. Sous ce rapport, l'exemple de Bolfec, qui a infpiré à M. Bungener fon étrange argumentation, était on ne peut plus mal choifi ; car il eft bien connu que ce ne fut qu'après avoir été repouffé, à l'infligation de Calvin, de plufieurs autres commu- nautésprof^jnf^5, que cet infortuné chercha un refuge dans le catholi- cifme.
Remarquons que nous n'avons indi- qué ci-deffus qu'une partie des réfu- giés étrangers chafTés par Calvin. Que ferait-ce fi nous voulions y ajou- ter la lifte des centaines de Genevois qu'il fit périr ou chaffer à l'aide de fes jurifconfultes français, unique- ment pour caufe politique, & dont plufieurs avaient été, comme Perrin, Vandel, Claude Genève, etc., de fes plus réiés difciples & de fes plus fer- mes appuis?
J.B. G. Galiffe. Quelques pages. P. 78.
Dans fa lettre au duc de Wurtem- berg, du 21 février 1558 {Lettres françaifes, tome II, page 183 &. fuiv.1, Calvin fait une defcription des fouffrances qu'enduraient à Paris les Réformés emprifonnés oucondamnés pour leur foi. En lifant cette lettre & quelques autres, nous nous fommes demandé quel accueil aurait fait Cal- vin aux letres qu'on lui aurait écrites en faveur de tant de malheureux qu'il a pourfuivis à Genève, foit pour vengeance perfonnelle, foit pour caufe d'opinions religieufes. Il con- nailTait bien les fouffrances deséglifes réformées, mais il ne s'eft jamais expofé à les confoler autrement que par lettres : la prudence le retenait à Genève.
(i)Enjuillet 1 545,Calvinpréchantà Saint-Gervais prétendait « qu'il fal- o lait élever deux gibets pour y pen- « dre fept à huit cents jeunes gene- « vois, » menace qui, le 30 mars 1 546, lors de l'indignation générale caufee par le procès Ameaux, reçut un commencement d'exécution. Une berche ou potence fut dreffée ce jour-là fur la place de Saint-Gervais, en préfence de tout le confeil, du
71 & Bernadin Ochin : & de Pierre Morand lefquelz il n'a peu endurer près de luy. Car il ne vouloir ne maiftre ne compaignon. Mais ie diray d'vn Aufmonier de la feu Royne de Nauarre appelle Montoufet iceluy craignant le Roy de Nauarre qui luy portoit hayne pour caufe de la religion ou mieux pour la do(5lrine Lutheriane laquelle chaudement il fouftenoit, & prefchoit. Il fe partifl donc de Challel lalloux. Et ne s'eftimant feur es terres de France, ne de Nauarrois il fe retira auec congé & par le confeil de laditte Royne fa maiftrefle à Geneue ou peu de iours par auant elle auoit onuoyé quatre mille francs à la bourfe des pauures pour fecourir les indigens qui nauoient moyen de gagner leur vie. Cefluy Montoufet là arriué auec lettres de recommandations de la Royne fut bien veu, 6c receu de Caluin & autres pour amour de fa maiilreiTe : Mais prenant garde, & diligemment confiderant le gouernement de Caluin diftributeur des Aufmones & le peu de fecours qu auoient les pauures il ne fe peufl: contenir d'en parler à quelcuns lefquelz il tenoit pour fes amiz fe complaignant à eux. Cela vint auflî tofl aux oreilles de Caluin. Car il auoit plufieurs fauoris & deuots qui luy feruoient d'Efpies finformant ôc aduertiflant de tout ce qui fe faifoit, & difoit de luy par la ville. Incontinent le bon Montoufet fut abandonné de tous, mal vcu de Caluin : Et nonobflant les recommandations
lieutenant et des officiers, tous armés, citoyens et à faire connaître & empri-
MM. Gaborel et Bungener nous fonner ceux dont le caractère indé-
difent qu'on ne pendit perfonne et pendant fe révoltait contre de
qu'elle ne fervit à rien. Elle fervit, pareilles mefures. comme le chapeau de Gedler, àjau- J.B.G.GfiL\ff£.Quelque!:pjges.
ger l'étendue de la fervilité des P. 85.
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de la maiflreiïe délaissé d'amys & fecours. Reduidl en necefïïté il efcriuit bien amplemét à la Royne fa maiftreiïe du gouuernement des miniilres de Geneue finguliere- ment de Caluin, & comment les deniers enuoyés pour les pauures efloient diftribuez fe recommâdant à fes bon- nes grâces (Scfur tout implorant fon fecours & libéralité. Bien toft après la Royne enuoya homme exprès auec lettres à quelques perfonnages des plus apparents eftran- giers retirés à Geneue comme au fufdit feigneurs de Fal- lais, au Magnifique Megret & aultres les aduertiffant qu on print garde à Caluin & qu'il efloit à craindre qu il ne fufl quelque nouueau caffard qui vendoit du fard aux chreftiens : & qu'elle efloit bien informée de la mauuaise foy fienne en la diftribution des aufmones. Cecy fut diuulgué par la ville entre les eftrangers : & Caluin aiiffi tofl aduerty de tout qui fe doubta bien que cela procedoit de quelques aduerdiïement dudit Montoufet à la Royne fa maiflreife imagina vne fort subtille rufe pour appaiffer le courroux de la Royne & luy ofler la mauuaife opinion qu'elle auoit conceuë de luy. Car la nuiél fuiuant il efcriuit deux lettres à ladiéle Dame def- quelles fvne eftoit fort douce, humble, & gratieufe en laquelle il la prioit de ne adioufter foy aux paroUes ou efcritz d'aucuns medifant, mal uiuants & libertins qui pour la rigueur, & feuerité de quoy il vfoit les reprenant & corrigeant leurs vices luy vouloient mal & efcriuoient faufement contre luy pour le mettre en maleuolence des feigneurs, & dames. Mais que en brief elle cognoiflroit de quel zelle il adminiflroit & la parolle de Dieu & les affaires de FEglife. Celle lettre ainlï efcritte ferrée & feurement cachettee fut gardée en la poche de fon faye.
73 Mais Taucre au contraire ejftoit fuperbe, aigre & poin- gnante en laquelle il l'appeloit Atheifle, libertine, hypo- crite fautrice des Anabaptiftes voire qui celoit & entre- tenoit en fon cabinet deux infignes hérétiques aiïauoir vn Quentin, & vn Anthoine Poque auec leurs femmes. Et qu'il auoit tant d'affeurance en Dieu : ôc elloit tant appuyé fur fa confcience qui luy feruoit dVn rempart, & muraille d'Erain contre toutes puiifances mondaines qu il fe foucioyt peu des menaces & maleuolences des Roys, & Roynes, & potentats terriens. Et qui plus ell la menaf- foit d'vn grief iugement de Dieu qui en brief luy deuoit tomber fjr la telle. le ne croy pas que homme viuant de quelque condition grande qu'il peull eflre eull voulu, ou fceu efcrire plus ignominieufement à la plus ville per- fonne du monde. Celle féconde lettre ainfi efcrite & fubfignee de fon fein manuel fans la cacheter il monllra le matin à plufieurs enfemble cÔgregés en la fin de fon prefche, entre lefquels fut prefent ledit MÔtoufet. Diuers cerueaux iugeront en eux mefmes diuerfement de celle letre : les plus accors & prudens furent efbahys de fi grande audace d'efcrire en un tel llile à une grade dame & fellimerent imprudence. Autres moins difcou- rant le trouuoyent fort bon, & fattribuoyent à conf- tance & magnanimité chreilienne Ô le grand perfonnage qui ne craint de dire la vérité aux princes & grands fei- gneurs. Or ayant acheué la leélure de celle féconde lettre il s'achemina hors le temple de la Magdelene ou il venoit de prefcher & en prefence de ceux qui auoyet ouy la teneur il la cacheta & mit en fa gibbelfiere, ou pochette près de l'autre douce, &jhumble. Et à Fheure mefme l'homme de la Royne de Nauarre luy fut monilré
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lequel incontinent il appella & luy bailla la première letre aiïauoir la douce, & humble comme diél efl luy recommandant & le priant de la bailler en la main pro- pre de la Royne ce qu'il promit & après difner fe partit vers ladidle dame eftimant ceux qui auoit ouy la ledlure de Fautre que fut celle la mefme. Ainfi le bon preu- d'homme amufa la Royne par vne letre fardée & feinéle apparence d'humilité : & ferra la bouche à ceux qui pou- uoyent eflre fcandalifez de luy par la letre de ladide Royne.
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CHAPITRE XVI.
Mais cefle rufe & fubtilité fut bien toft defcouuerte : parce que lepauures Montoufet plus fuy, hay, & delaifie que parauant fut contrainél de laiiTer Geneue, & s'en retourner vers fa maiflrelTe aymant plus toft fe mettre en péril de mort : ains mourir vne foys que languir lon- guement en telle neceffité & anguille. Retourné doc qu'il fut vers fa maiflrelfe il luy recita de bouche bien au long de la manière de viure de Geneue, des a<5les & de l'ad- minillration des deniers vouez aux pauures. La Royne bien congnoiiïant l'intégrité & fincerité de fon aufmo- nier^, & tenant pour certain qu'il n'eftoit point n'y fot n'y affetté luy monllra la letre laquelle Caluin luy auoit dernièrement enuoyé par fon homme mandé exprès : Et voyant qu'elle elloit du tout contraire à celle qu'il auoit monflree, ôc leuë deuant plufieurs en Geneue comme di6l ell rogue, fuperbe, contumelieufe & iniu- rieufe il afferma à la royne que Caluin en auoit efcrit vne autre toute contraire à celle-là. Et luy fpecifia ceux qui auoyent eflé prefens à la ledure : furquoy ladidle Royne defpecha vn homme exprès pour eftre certifiée du faiél auec la lettre de Caluin pleine de miel & fucre efcriuant particulièrement à aucuns honorables perfonnages habi- tans à Geneue lefquels iceluy Montoufet affermoit auoir elle prefens quand Caluin auoit leu fa letre laquelle il feit entendre de vouloir enuoyé à la Royne. Le meffa- gier alla & retourna auec les refponfes toutes conformes
à ce qu'en auoic dicfl iceluy Montoufet. Dont non feule- ment la Royne fut mal contente de Caluin : & ne feit plus de luy cote que d'vn rufé & malicieux hypocrite : Mais encores ceux qui entendirent telles truffes neuret pis après telle deuotion en luy & laifferent la ville de Geneue pour habiter es terres de Berne fort fcandaliféz de luy quechafcuniourmonfl;roit nouueaux exemples & monftrueux tefmoignages de fa diabolique malice & frau- des infernales defquelles l'en reciteray vne qui a elle fort diuulguee à tous les feigneurs du confeil de Geneue & aux feigneurs de Berne. C'efl que Caluin confiderant vn fei- gneur Amy Perrin IVn vrayement des plus apparents, & infignes de la ville de Geneue des premiers du confeil & cappitaine gênerai de la ville contredire le plus fouuent à fes entreprinfes, & rompre fes deffeins, délibéra de le faire mourir par quelque fubtil moyen foubz prétexte de trahifon contre la ville. Cherchant donc la commodité, & oportunité de mettre fa délibération & defîr en exécution pafla le feigneur Cardinal du Bellay par Geneue retour- nant de Romme pour aller en France en la cour : les Geneuefans s'efforcèrent de Fhonnorer félon la couftume du lieu lui enuoyant les grandes cimaifes du meilleur & plus excellent vin & le courtifant les plus apparent de la ville. Apres fon partement Se arriuee en la cour Caluin pourfuyuant fon entreprinfe cÔtrefeit des lettres dudiél feigneur Cardinal ou de quelque fien bien fecret amy par lefquelles il faifoit entendre à ceux de Geneue que le Roy effoit en bÔne voulenté de receuoir leur aUiance & amitié & qu'il feroit bon qu'ilz enuoyaffent quelcun des leurs en Ambaffade vers fa maiefl;é pour requérir de la part de la ville ladiéle aUiance, <5c combourgeoifie.
77 Ces pauures folz receurent cefle nouuelle fort legiere- ment & fans plus penfer cefle affaire feirent elecftion d'vn Ambaifadeur pour aller à la cour & traiéler de cela auec le Roy. Or à celle charge fut elleu le fufdit Amy Perrin comme vrayement le mieux parlant & plus idoyne de leur ville. Caluin bien ioyeux de cefte eledion fe perfua- doit pour vray que ledit Perrin n'en retourneroit iamais pour l'inimitié laquelle le Roy & fon confeil auoyent con- ceu contre ladicfle ville qui eftoit le refuge des plus ini- ques de France banqueroutiers, faux monnoyeurs, faul- faires, & apoftats. Et pour vray ledi6t Perrin euft très mauuais vifage du feigneur de Montmorency Connefta- ble qui ayant entendu la caufe de fa venue, & la charge de fon Ambaifade luy diél fort brufquement qu'il eftoit vn fot téméraire : & qu'il dit à les beaux feigneurs de Geneue qu'ilz s'en vinfent nuds en chemife, la corde au col profterner aux pieds du Roy requérant fa mifericorde non pas oultrecuidement demander fon alliance, «5c ami- tié. De ces parolles & plufieurs autres autant ou plus rudes fe trouua lediél Perrin fort eftonné & feiourna quelque iours encor en France auant que retourner à Geneue.
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CHAPITRE XVII.
Ce pendant le pauure Perrin efloit ignorant de ce qu'on luy braiflbit & des chats qu'on luy iettoit aux iambes par lettres enuoyees par defloubs terre au nom de plu fleurs de la fe(5le Caluiane demourans en Paris & autres villes de France. La teneur de toutes ces letres efloit qu'on fe prind garde à Geneue : car leur Ambaf- fadeur pradiquoit auec le Conneftable de rendre fa ville entre les mains du Roy : & letres fur letres efloyent mandées à Geneue de la mefme teneur au nom de diuers perfonnages eflans en France à plufieurs qui s efloyent retirez en ladiéle ville dont naquifl crainte & fufpicion entre les Françoys habitants la, & inimitié cotre iediél Perrin, qui quelque peu de iours après retourna fans auoir fait aucune chofe. Après fon retour autres nouuelles letres contrefaiéles au nom de plufieurs de la religion eflans en France furet enuoyees au magni- fique Megret, & à d'autres retirez à Geneue certifiàts eflre vray que lediél Perrin auoit abfolument promis de rendre la ville au Roy (i) : & qu'il y auoit des capitaines.
(i) Laurent Megret, dit le Magni- naux & ceux de fes alliés & combour-
fique, en apparence réfugié français geois.
à Genève, était en réalité un agent Calvin connaiffait 8t protégeait
fecret & un efpion du roi de France, fes intrigues & mit tout en œuvre
grafîement payé pour intriguer dans pour fauver 8t réhabiliter leur auteur
cette ville contre fes intérêts natio- (lors du procès qui lui fut intenté à
79 & foldats defpechés pour ceft affaire qui feignans d'aller en Piedmont fe deuoient ietter vne nuiél en Geneue par intelligence. Eflant donc lefdits eflrangers Françoys reti- rés en Geneue en grand doubte, & fufpicion pour ce bruit qu'on faifoit faufement courir de celle trahyfon & furprinfe fut portée vne lettre forgée en la mefme bouti- que ou les autres fufdittes, au feigneur Amy Perrin fubfi- gnee du nom du prefident de Sauoye nommé Pelifîon : & la teneur efloit telle. Seigneur Capitaine i'ay commàde- ment du Roy mon maiftre de vous efcrire, & aduertir de ne faillir à luy tenir promefle, & qu'il vous fera le pre- mier homme de Sauoye. Le porteur de cefte lettre bien
Genève en 1547, pour haute trahi- fon)j avec lequel il refta enfuite dans les meilleurs termes, — car trois ans plus tard, on le retrouve compère du Magnifique, au baptême d'un enfant de ce dernier, fon filleul.
La raifon repoufle naturellement l'idée d'une complicité vulgaire entre le grand Réformateur & l'ef- pion de François I" & de Henri II ; mais rien ne s'oppofe à admettre que Megret, qui avait pu trahir la patrie adoptive qu'il habitait, dont il rece- vait une penfion & à laquelle il était lié par des ferments, ait auffi put trahir, à un bien moindre degré, la Cour de France, qui ne pouvait l'at- teindre que par des bienfaits pécu- niaires.
Calvin veut réunir Genève à la France.
Tout porte à croire que Calvin, le grand Réformateur, qui n'aurait eu qu'un mot à dire pour faire pen-
dre le Magnifique, dont il connaifTait fi bien la trahifon, ait eu, au con- traire l'idée de profiter de cet homme, de fes intelligences en cour 8t de fa pofition exceptionnelle dans l'intérêt de sa propre caufe ; cette opinion devient d'autant plus proba- ble, quand on réfléchit que la caufe de Calvin, telle qu'elle réfulte de ce que nous favons de lui jufqu'à cette époque, & même après, n'était en aucune façon fimplement la caufe du protefiantifme fuifTe ou Genevois, & encore moins celle de l'indépen- dance nationale de ces pays, pour lefquels il n'avait au fond qu'une très-médiocre fympathie, — mais que fa caufe était avant tout celle de la Réforme françaife tout entière, qui le reconnailTait pour fon chef religieux &. politique. Ceci une fois admis, perfonne ne s'étonnera que le Réformatenr ait pu confidérer le Refuge de Genève non-feulement
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aprins & recordé vint chez ledit Pernn le chercher lors qu'il fcauoit certainement qu'il n'efloit en la maifon . 11 parla donc à la femme dudit Perrin & luy bailla laditte lettre la priant de la bailler à Ton mary & non à aultre. Et qu a fon retour de Laufanne ou il difoit aller en grand hafte il viendroit prendre la refponce. Fort efbahy Perrin lifant cefte lettre & ne fe doubtant de la trahyfon qui luy eftoit drefTee vint trouuer Caluin en fon logis ou par cas d'auanture le magnifique Megret efloit & leur com- muniqua la lettre qui luy auoit eflé apportée leur deman- dant confeilj & attefhant Dieu qu'il ne fcauoit dont procedoit celle lettre & qu'il n'auoit aulcune intelligence auec perfonne de France. Caluin feul congnoiiïant le
comme un afile & comme une forte- reffe offenfive & défenTive du protef- tantifme français, tant que celui-ci était opprimé ou profcrit dans la mère-patrie, — ainfi donc, non-feu- lement comme un moyen, comme un inftrument puiffant, mais encore au befoin comme un gage qu'il favait être affez ardemment convoité pour que fa remife définitive eût pu améliorer ou changer confidérable- ment la condition des réformés en France.
Telle efl notre opinion, &, nous délions les panégyriftes de Calvin de trouver aux faits qui relTortent des procès de Perrin & de Megret, &. de plufieurs autres incidents analo- gues, une explication tout à la fois plus naturelle &. moins compromet- tante pour la bonne réputation du grand Réformateur.
J.-B.-G. G A L I F F E. Quelques-pages, P. 66.
Après une vie entière de lutte & d'efforts, Calvin dut .enfin recon- naître que la France, telle qu'ill'avait rêvée, lui échappait de plus en plus.
On remarquera que fa réception définitive à la bourgeoifie genevoife & les principales créations qu'on lui attribue dans cette ville ne précédè- rent fa mort que de quelques an- nées. P. 12 1 .
Elles n'eurent lieu qu'après 1559, époque où tout efpoir de pefer fur une décifion du gouvernement fran- çais était évanoui ; on s'explique faci- lement qu'il a pu avoir cet efpoir &. qu'il ne voulut prendre d'engagement contraire par l'acceptation de la bourgeoifie & des ferments qu'on faifait en cette circonllance, qu'alors & pour fe confolider lui-même.
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tout comme autheur de Tinuention luy feit quelques remonftrances de belles parolles. Qu'il eufl Dieu deuant les yeux : & qu'il fe recommandaft à luy : Et que efcou- tant encores vn peu de iours il auroit pofTible aduertiiïe- ment plus certain de cecy, & pour le moins qu'il attendift le retour du meflagier qui auoit apporté lefdittes lettres. Perrin s'arrefhant à ce confeil ne communiqua celle lettre à perfonne, mais la cachea en vn lieu fecret de fon cabi- net. De la enuiron vne heure Caluin qui n efloit rien paref- feux vint feulet retrouuer ledit Perrin en fon logis le priant de luy remÔftrer laditte lettre feignât de vouloir vn peu confiderer quelque fentence dedans contenue. Iceluy Perrin ne fe doubtant de trahyfon le mena (împlement en fon cabinet & tira la lettre du lieu fecret ou il fauoit mife lequel Caluin remarqua bien, & l'ayant quelque peu leuë luy rendit & s'en retourna chez foy : Et foudaine- ment il mill la main à la plume & reforgea vne nouuelle lettre adreflTee audit magnifique Megret au nom d'vn certain feigneur de France qui l'aduertiffoit de la trahifon baflie par ledit capitaine Perrin & l'exhortoit à le faire entendre aux feigneurs de Geneue qui fe prinfent garde de leur ville. Car pour certain elle efloit vendue : Et que près dicelle elloient gens au guet par la Sauoye pour fe getter dedans. Ledit Megret ayant receu le foir la fufditte lettre fort eflonné fans y penfer plus oultre vint retrou- uer Caluin & luy monllra celle lettre de laquelle il fembla eflre tout efmeu difant qu'il fe retireroit hors la ville aux terres de Berne ou de Bafle : Megret le recon- forta & luy promill d'aller le lendemain matin au confeil & de fe faire partie contre iceluy Perrin ce qu'il feit de grand zelle & porta deuant les Sindiques & Seigneurs
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du petit confeil plufieurs lettres lefquelles il auoit comme il difoit receuëes de diuers liens amis de France : plus allegant que ledit Perrin en auoit receu vne du prefident de Chambery PelliiTon fur la promelTe qu il auoit faide au Roy & que ledit Perrin Tauoit monflree le iour précè- dent à monfieur Caluin & à luy. Tout à l'heure fut enuoyé le grand Saultier vers Caluin pour l'amener au confeil : & n'alla ledit grand Saultier loing pour retrouuer Caluin car il efloit à la porte de la maifon de ville attendant ce qui en aduint. Entré dôc en la falle du confeil fut inter- rogé s'il auoit veu laditte lettre du fufdit prefident de Chambery refpondit que ouy & que s'il plaifoit aufdits feigneurs de commander au capitaine Amy Perrin de bailler la clef de fon cabinet : & luy bailler des fei- gneurs du cÔfeil en fa compagnie qu U iroit quérir ladidle lettre car U fauoit le lieu ou iceluy Perrin fauoit cachée. Cela luy fut accordé dont incontinant la lettre fut apportée & leuë deuant le confeil : après la leélure de laquelle le pauure Perrin fort confuz, & eftonné fut mené en prifon affez eflroiélement dequoy fe leua mer- ueilleux brui(fl par la ville entre les citoyens & eftrangers. A la requefte des amis & parens dudit Perrin il fut mis à fes defenfes : & entre aultres chofes fut remonflré au confeil que s'il euft eflé confentant, & coulpable de telle trahifon & crime il n'euft pas communiqué telle lettre ne à Caluin ne au magnifique. Or il fut refolu en confeil que la lettre feroit portée audit prefident Peliflx)n, pour fcauoir s'il l'auoit enuoyee ou nÔ. Abfolument il refpondit la lettre n'eftre fienne ny efcritte de fon commandement ne vouloir : Sans cela le pauure Amy Perrin efloit en grand danger de fa vie. Mais on congneut que c'efloit vn ftra-
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tageme inuenté par quelque fin maiftre duquel toutesfois on ne pouuoit auoir certaine probabilité. Fut donc mis ledit Perrin en liberté & reftitué en fes degrés, & hon- neurs de capitaine gênerai de la ville comme par auàt(i). Etnonobftant que celle menée contre ledit capitaine Per- rin fut conduiéle fi fecretement& finemét qu elle nepeuft eflre plainement defcouuerte : toutesfoys la fufpicion fut bien grande, ôc les coniecflures bien vehemétes qu'elle procedoit de Caluin : & des adherens fur quoy on voit l'ingratitude d'iceluy Caluin, & la petite recompenfe qu'il feit audit Perrin pour les peines & trauailz qu'il print pour le faire reuoquer de fon baniffement, & de l'aller quérir en perfonne à Strabourg pour le ramener en Geneue. La femme dudit Perrin ieune, cholere & coura- geufe faillit plufieurs foys de tuer Caluin & en parloit publiquement & haultement le vitupérant, & appellant traiUre & mefchant. Mais commandement luy fut faidl de la part de la Seigneurie foubs peine afTez rigoureufe de laifTer ledit Caluin & de n'intenter contre Ion hon- neur & perfonne.
(i)M. James Fazy, dans fon Pré- dont M. Fazy apprécie les procès
cis de Vhijloire de h République de pour des opinions erronées, de pré-
Genève, émet fur le procès d'Ameaux tendus a£les de forceilerie, ou même
(tome 1", page a68), fur Amy Per- de fimples infraélions aux mœurs;
rin (p, 371), Servet (p. 275), Ber- il efl impoffible de trouver dans fes
thelier (p. 283), des opinions entiè- paroles autre chofe qu'un blâme
rement conformes à celles de Bolfec, motivé U même une condamnation
&. fouvent même plus févères. On prefque continuelle de la conduite 8t
peut voir furtout (p. 266) la manière des principes de Calvin.
CHAPITRE XVIII.
Caluin coufiours perfeuerât en fa hayne contre Perrin comme il efloit irréconciliable & immuable en mauuaile voulenté;, cherchoit tous moyens pour le faire mourir, ou pour le moins chalTer hors la ville, & attendit touf- iours temps commode & oportun pour exécuter fon mauuais defir. Cependant il s'efforça de gaigner aucuns des feigneurs du confeil donnant de la bourfe des pau- ures dons fecretement à aucuns du nombre defquelz fut vn Lambert qui efloit necefîiteux auquel fut quelque foys reproché qu'il portoit parpoin de fatin de la bourfe des pauures. A d'aultres il preftoit d'argent affez gràd fomme pour traffiquer : combien que Beze affirme qu'il efloit fort pauure : toutesfoys entre les autres vn Claude du Paon apotiquaire eut pour quelque temps cinq cents liures en prell à quelle condition que ce fut ie ne fçay. Aultres il entretenoit par promefles d'auancement d'honneurs, & faueurs. Dont par le moyen de telles perfonnes il elloit aduerti de tout ce qui fe faifoit au confeil de la ville : & auoit les voix des eleélions d'offices, & dignitez à fa deuotiÔ. D'autre collé il mit ordre & moyenna par fes fub- tilitez queplufieurs des eflrangers venus habiter à Geneue tant de la nation Françoife, que Flamande, Angloife, ou Italienne furet receux bourgeoys de la ville paflez par le petit confeil feulement fans fadueu des deux cens : ce qui engendra murmure entre les anciens citoyens & bourgeoys. Mais on ne feit conte de leur murmure car
les eflrangiers défia furmontoyent en nombre, puifTance, & richefles les enfans natifz de la ville : & pour mieux les tenir bas on leur ietta le chat aux iambes par vn bruidl qu'on feit courir malicieufement que les Geneuefans enfans de la ville faifoyent fecrette délibération de tuer en vne nuid: tous les etrangiers. Dont les eftrangiers com- mencèrent à fe tenir fur leurs gardes & faifoyent quel- ques promenades auec armes par la ville de nuicfl conduicfls, & accÔpagnez neantmoins d'aucuns enfans & citoyens de la ville des plus favoris & deuots de Caluin : entre autres vn Cotti Baudichon homme afîez cÔgneu de génération, de vifage de pelage, & de faits fans que autremét ie m'amufe à le déclarer alloit vn foir bien tard en compagnie de quelques Françoys armez ce qui fut auffi toll rapporté par la ville de maifon en mai- fon. Et incontinent furent alTemblez grand nombre d'en- fans de la ville qui vindrent rencontrer lefdits eftrangers & leur demandèrent à quel propos, & de quelle authorité ilzalloyent ainfi par trouppes & armez de nuiél. Le bruiél & tumulte fut grand par la ville & peu s'en fallut qu'il n'y euft effufion de fang. A ce bruid: courut vn des quatre ' efcheuins ou findiques, appelle Henri Haubert Apoti- quaire : car fa maifon efloit aiïez voifine du lieu ou fut ce brui(5l : & portant fon ballon findical tafchoit d'ap- paifer ce tumulte, mais on ne feit grand cote de luy ne de fes remonflrances iufques à tant qu'arriva Amy Perrin capitaine gênerai de la ville qui voyant la fedi- tion toufiours de plus s'efchauffer, & les cœurs de cofté & d'autre s'enflammer di6l au fufdid Henri Haubert findique qu'il vfaft de fon authorité, & commandaft aigrement en quoy il fe monftroit ford froid, & pufila-
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nime cÔme celuy qui nouuellement auoit efté efleu en ce degré, & fe fçauoit mal faire obeyr, & craindre. Lors lediél capitaine Perrin luy print le baftÔ findical de la main & le hauflant bien haut cria qu'on deult obeyr à iuftice répétant par plufieurs foys à haute voix s'ilz vou- loyent recongnoiflre le di(5l ballon & obeyr au magiflrat : à laquelle demande & remonflrance chafcun fe retira chez foy, ainfi fut appaifé ce tumulte & fedition. Apres que chafcun fe fut retiré, & tout ce trouble ceffé les quatre {indiques & les feigneurs du petit confeil furent alTemblez enuiron la minuiél en la maifon de la ville, ou ledit Haubert recita tout le fait comme il auoit veu : & donna louange audiél feigneur Amy Perrin, Affirmât que fans luy il fe fut commis grand meurdre & occifion en la ville. Pour l'heure délibération fut faidle qu'on informeroit des promoteurs de la fedition &. qu'ilz feroyent chaftiez. Celle mefme nuidl & le matin ledit Haubert Sindic fut tellement pratiqué par Caluin qui luy feit entédre mille folies, & baleuernes que au confeil du madn auquel lediél Perrin ne fe retrouua point pour quelques empefchemés furuenus particuUerement, il diél tout autremét qu'il n'auoit à la minuiél : car il feit queri- monie contre le dit Perrin allegant qu'il luy auoit ollé par force le bafton (indiquai de fa main : & qu'il auoit di6l malgré Dieu de toy & de qui tafaiél fmdiq. Les feigneurs du cÔfeil amys & deuots de Caluin femblablement pra6li- quez & follicitez pouffèrent à la Roue pour tourner le chariot contre ledit Perrin abfent & ignorant la trahyfon & menée. Or fut parlé audiél confeil contre luy voyre iufques à inférer qu'il elloit participant : ains autheur de la didle mutination & tumulte excité la nuicîT; prece-
8? dente : & qu'il deuoit eftre quelque chofe de ce qu'on murmuroit de tuer les eftrangers. Laffaire fut fi bien menée, & foliicitee par lefdicls amis ôc deuots de Caluin que plufieurs des enfans de la vUle furent prins & mis en prifon ce iour mcfme. Entre les autres deux patifTiers ieunes hommes appeliez les cÔparez auec plufieurs de leur compagnons qui auoyent elle la nuid précédente audicl tumulte.
C&J^
CHAPITRE XIX.
Amy Perrin fecretement aduerty de la trahilbn la- quelle on luy baftifloit viflement fe retira hors la ville aux terres des feigneurs de Berne : ce que feirent pareille- ment le feigneur Pierre Vuandel, les Baldazars, & d'au- tres de leur amis plus intrinfeques : contre lefquelz la par- tie fauorifant à Caluin qui eftoit la plus grande au confeil portoit fourde inimitié à la follicitation d'iceluy Caluin. Tout auffi toll furent retrouuez force tefmoings qui main- tenoyët eftre vray que la coniuration eftoit faide de tuer les. eftrangers. Soubs cefte fauife couleur, & impofture furent mys beaucoup des enfans de la ville en prifon aufquelz par force de tourtures & tourmés : part auffi par fubtiles praéliques, & belles promeftes on feit confelTer le cas eftre vray voire que lefdi6l Perrin, Vuandel & Baldafars eftoyent chefz de ladiéle confpiration. Et ayant cela confelfé fans plus attendre furent menez chaudemét au fupplice de mort. Mais quafi tous ces miferables fur fefchaffaut appelloyent Dieu en tefmoignage qu'il n'eftoit rien de ce qu'on leur impofoit, & qu'ilz auoyent confelfé telles chofes en partie par force de corde & tourmens & partie par faulfes promeiïes. Ce entendant lefdiél Perrin, Vuandel, Baldafars auec d'autres qui s' eftoyent retirez hors de Geneue s'en allèrent rendre aux mains, & luftice des leigneurs de Berne fe foubmettant à toute rigueur de iuftice s'ilz eftoyent trouuez coulpables du crime qui leur eftoit impofé à Geneue. Lefdits feigneurs de Berne
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ayant fai(5l diligente inquifition fur tout ce faicl, & bien congneu la vérité feirent remÔftrances par letres , & Ambafladeurs à ceux de Geneue de n vfer de telles inuen- tions, & cruaultez qui efloyent contre Dieu, & leurs pro- chains auec Tcandales des circonuoifins, pour quelques remonftrances, & exhortations que leur feiflent lefdits feigneurs de Berne il ne defiflerent : ains chafcun iour on prenoit nouuaux prifonniers, & les faifoit on con- fefler ce qu'on vouloit comme aux autres deuant men- tionnez puis les faifoit on mourir eux appellant Dieu en tefmoins de leur innocence, & déclarant les rufes, & cruau- tez defquelles on auoit vfé pour les faire dire chofes con- tre la vérité, & leur confcience au deshonneur & detri- mét defdit Perrin, Vuander, Baldazars, lefquelz ilz declaroyent innoncens de ce qui leur eftoit impofé. De quoy lefdits feigneurs de Berne bien informez, & certifiez receurent en leurs pais lefdits Perrin, & les autres fuitifz de Geneue les receuant pour leurs fubieds & les décla- ras innocens de ladiéle impofhure, & les exortans a viure pailiblement en pacience. Dequoy ie puis aiïeurer que iceux feigneurs de Berne feront bons, & fidèles tefmoins. Et par ce que Théodore de Beze en efcrit tout au con- traire en fa belle préface à faduantage de fon maiftre père, & amy, & au vitupère d'iceluy Perrin & des autres fuitifz de Geneue. le veux mettre en aduant deux chofes adue- nues ces iours là en Geneue lefquelles homme viuant ne pourroit nyer fmon qu'il fut le plus impudent du monde. La première fut du ieune Bertelier qui fut mis en prifon à Geneue pour la mefme impoflure, & calumnie que les autres delTufdits. Iceluy Bertelier généreux, ôc confiant ne peuft eftre induiél par remonftrances ne cauteleufes
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promelTes que luy fceuiïent faire les feigneurs de luflice, ne les miniflres qui à la fuafion de Caluin tafchoient de endormir les pauures calomniés par belles parolles, & promefles a faire ne dire chofe contre fa confcience dont il fut mis rudement à la queftion : mais pour genne, ou corde qu'on luy donnaft il ne peuft élire vaincu combien que pour la pefanteur des pierres qu'on luy pendoit aux pieds la corde en laquelle il efloit attaché par les mains rompifl par trois ou quatre foys. Ce que voyans les fei- gneurs du confeil cuyderent creuer de defpit : & en fut vn d'entre eux appelle Amblar Corne qui luy diél tu confelTeras cecy ou bien on te donnera tant de trai6l de corde qu'on t'arrachera les bras, & iambes : Car la feigneurie ne fera iamais vaincue par ton obllination : Ledit Bertelier nonobflant perfeuerant toufiours en fa confiance, & ne voulant dire chofe contre vérité, & fa confcience on trouua vne nouuelle cautelle qui fut d'en- uoyer vers la mère dudit ieune prifonnier qui s'efloit reti- rée au pais de Foucigni pour caufe des horribles cruaultés qu'on exerçoit en Geneue. Iceluy Amblar Corne vn des feigneurs du petit confeil très ardant & aflfeétionné difci- ple de Caluin print la charge d'aller vers laditte femme & l'induire à venir à Geneue pour le bien & honneur de fon filz qui eftoit en prifon refolu comme diél efl plus toft de mourir aux tourmens que de dire aulcune chofe contre vérité, fa confcience, & fon prochain. Ledit Amblar corne fceut fort bien charmer la pauure femme par feintes parolles & faulfes promefles de la part des feigneurs du confeil que non feulement fon filz feroit mis en liberté : mais encor exalté en honneur & degrez d'of- fices s'il vouloit obeyr aufdits feigneurs, & confefTer fim-
9^ plement ce qu'ils vouloyét : aflauoir eflre vray ce dequoy il efloit accufé. Et que Amy Perrin & les aultres fufdits fugitifs de Geneue faucient foUicité d'eftre de leur confpiration 6c encreprinfe : mais qu'il ny auoit voulu entendre, confeflant feulement ce peu il feroit mis en pleine liberté & efleué en dignité audit confeil. Or il Iceull fi bien dire qu'il endormift la pauure mère : & luy perfuada de venir à Geneue pour le falut & deliurance de fon filz. Arriuee en la ville elle s'en alla droict vers la prifon ou elloit fon filz fort cafîe & rÔpu de la corde. Et luy remonfi:ra la vdulonté & délibération du confeil de le faire pluflofi; mourir en prifon miferablement qu'ils vainquill les feigneurs du confeil : pource la miferable mère Texhortoit, & prioit de aquiefcer au vouloir des fei- gneurs & cÔfefi^er ce qu ilz defiroyét de luy, combien que fut contre vérité & fa cÔfcience & que par ce feul moyen il feroit mis hors de prifon & conflitué en digni- tez, offices, & honneurs. Et que telle promeifeluy auoit efté fai(fte par Amblar corne de la part de tout le confeil. Tant bien feut la miferable mère pleurer, & foliciter fon filz que s'il n'auoit pitié de foy mefme au moins qu'il feufl d'elle qui demouroit defolee fans enfans & appuy luy mourant : & faffeura tant fur la promeffe qui luy auoit efté faiéle de la part defdits feigneurs : que le pauure ieune homme di6l & promit à fa mère de le faire, dequoy elle aduertit ledicft Amblars & autres du confeil qui incontinét s'aiïemblerent finterrogans comme de- uàt des points fufdits lefquelz il confelTa hardimét fe con- fiant fur les parolles & promefl"es faides à fa mère. Mais il n'eull pas plufloft confeflTé & fa confeflîon mife par efcritque la fentence de fa mort ne fut arreftee, & publiée,
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& le iour mefme exécutée. La miferable & dolente mère voyant eflre aduenu tout au contraire de fon efperance & contre la promeffe à elle fai6le par vn des feigneurs du confeil & de la part de tout le confeil : voyàt di-ie fon filz mort confiderant qu elle en efloit caufe : & comme trahytreffe de fon fang fe cuida tuer de defplaifir & honte : or comme forcenée tout à l'inftant fortit hors de Geneue & s'en alla criant répHlTant fair de regrets & complaintes^ à Berne, Zurich, Fribourg, 6<. autres villes des càtons déclarant le defleflable & inhumain faicft par elle commis à la fuafion des feigneurs de Geneue fmgfu- lieremét dVn Amblar Corne leur meflagier & commis pour eftablir telle trahifon. Et demandoit iuftice à Dieu & aux feigneurs des Cantons contre la ville de Geneue. Nie cecy Théodore de Beze ou qui voudra, mais lefdits feigneurs de Berne & des autres villes en ferÔt bons tefmoins qui furent tellement irritez & animez contre ceux de Geneue après auoir entendu ce faiél qu'ilz eftoyent prefque délibérez de deflruire telle canaille de ges iufques à vfer de ces paroUes qu'il falloit getter à force de pelles vne fi malheureufe ville dedâs le lac, mais faduoyer de Fribourg qui fe mÔllroit au cÔmencement le plus en- flammé de cholere par le moyen de quelque prefent remit fa cholere & appaifa toute lire des autres fei- gneurs. Cependant Caluin & les autres minières de Ge- neue conformes à fon defir & intention ne ceffoyent de crier en leur prefches contre ces miferables mis à mort & contre les fufdits fugitifs les appellans mefchans enfants de Diables, garnements, trahitres & deplufieurs autres telles iniures leur prefches eiloyent farcys. Plus ilz efcriuoyent lettres particulières en France ôc ailleurs que Dieu les auoit
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deliurez de certains ennemys de religion & reformation qui auoyent confpiré contre les eftrangers de les tuer en vne nuiél i'enten ceux qui eftoyét venus pour TEuangile. Toutesfoys ilz ne peurent tant farder celle calomnie qu elle ne fut decouuerte & bien cÔgneue à plufieurs per- fonnages de bon entendement & iugement, voire venus à Geneue pour FEuangilc comme depuis à eflre bien entendu le faidt de monfieur Spiffame & les caufes de fa mort quelques faulfe couleur qu Ô luy euffe peu dÔner pour couurir la malignité des enuieux calomniateurs. Or pour dire des pauures miferables tourmentez^ & mis à mort : plus deffufdits fugitifs ie dy que pour leur iuflifi- catiô leur fert grandement contre les calomniez de leur ennemis Facceptation & recueil que leur ont faiél les fages & prudent feigneurs de Berne les receuant en leur terres en paix, & trâquiiité comme leur bons fubieéls. Caluin de cela fort fâché ne cefToit iours & nuidl de imaginer nouuelles inuentions & fubtilitez pour donner luftre à fes menfonges & donner à entendre élire vray ce qu'on imputoit à ces pauures fugitifz, & mis à mort. Aduint donc la deuxiefme hylloire à Geneue par l'in- uention de Caluin & fes adherens laquelle i'ay promis reciter qui ell telle.
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CHAPITRE XX.
Vn ieune homme (i) nouuellement venu habiter en Geneue de LÔbardie du feruice du Duc d'Albe lors gou- uerneur de Milan pour le Roy d'Efpaigne. Caluin aduerty de fa venue comme il efloit de toute autre chofe pour petite qu elle fut en Geneue l'enuoya quérir, & le folli- cita fi bien auec d'autres de fon païs qu'il cÔtrcfeit l'efpion comme enuoyé & commis exprefTement par ledit duc d'Albe fon maiftre pour remarquer la fituatiô de la ville de Geneue & pour pradliquer auec le capitaine Amy Perrin, Vuandel, & Baldafars qui auoyent promis à fon-
(i) Toute la première partie de ce chapitre efl entièrement confir- mée par ce que M. Galiffe écrit dans ses Quelques pages d'hijioire exade, pp. 115, 1 1 6 8t 117. Nous ne tranf- orivons pas fon récit qui tient près de deux pages in-4''. 11 en réfulte toutefois que cet Italien, nommé Sci- pion del Caftro, fut demandé par les magiftrats bernois, muni d'un fauf conduit, fut accompagné à Berne par le fyndic Aubert &. trois autres confeillers ; que la confrontation eut lieu en prefence des députés cahi- nijles de Genève 6- d'une délégation des deux conjeils de Berne.
La fcène, commencée folennelle- ment, fe termina par une huée gé-
nérale des accufés à l'adrelTe de l'efpion italien & des députés calvi- nifles. Le ij août 155$, les députés genevois vinrent rendre compte au confeil du fiafco complet de leur triRe miffion. Quant au jeune efpion del Caftro, il en perdit la raifon. Le 2 feptembre, on apprit qu'après être relié deux jours fans manger, il s'é- tait bleffé en voulant fe tuer avec un couteau. Le 10 feptembre fuivant, il fut condamné au bannifTement per- pétuel fous peine de mort.
Cela était néceffaire pour jouer la comédie jufqu'au bout & fauvegar- der les apparences, en ayant l'air de pourfuivre un faux efpion qui n'était qu'un agent de Calvin.
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did maiflre de liiy rendre la ville : lefdits Perrin, Vuan- del & Baldafars habitans es terres de Berne aduertys de celle nouuelle calomnie s'en allèrent à Berne Ôc feirent requelle à la feigneurie que ledit efpion fut mené à Berne & confronté aux accufés pour ibullenir fon dire. A la requifition defdits feigneurs Bernoys Tefpion fut cÔduidl & mené en leur ville foubs gardes : mais non trop rigoureufes & par chemin fut fort bien inflruiél de ce qu'il auoit à faire & dire^ auec contrefignes def- dits calomniez pour les recongnoiilrej & faire dillinélion entre eux. Il di6l fort bien tout ce qui luy auoit eflé enfeigné & recordé : mais il faillit aux marques qu'on lui auoit donné pour diflinguer l'vn de l'autre. Car ayat aflTeuré de les auoir veuz, & bien les congnoiUre il print l'vn pour l'autre, affauoir vn des Baldafars pour Amy Per- rin, & Amy Perrin pour Vuandel. Surquoy les fages feigneurs de Berne prudément conliderant bien enten- dirent que cefloit vne rufe, & menée de la pradlique de Caluin & fes adherens. Dot renuoyerent les commis de Geneue auec leur efpion & deliurerét les accufez & calomniez à tort, les laiffans aller librement en leurs mai- fons & habitations. Théodore de Beze & les liens pour- royent nyer cela ne fut que ledit efpion toft après s'enallant hors de Geneue vers ItaUe defguifé, & mafqué d'une fauffe barbe blanche fut à la pourfuyte diligente defdits fugitifz reprins près Euien : & de la remené à Berne, ou Ubrement, & entièrement il confeifa la vérité du faiél affauoir cÔment, par qui, & pour quoy il auoit ainfi elle pradliqué, & induicl à calomnier ceux lefquelz il ne cognoilToit, & par lefquelz il n'avait receu oncques defplaifir. Lefditz fugitifz de Geneue, & calomniez deman-
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derent a6ïe, & tefmoignage par efcrit du Secrétaire de la feigneurie ce qui leur fut accordé & l'ont monftré à plu- fieurs pour leur iuftification,